Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 09/03/2016
      • Deux élèves de 2nde7 sélectionnés pour le concours "Nouvelles avancées" 2016

          • Ils ont eu raison d'y croire !

            Comme le leur conseillait Laurence Decréau, organisatrice du concours "Nouvelles avancées" de l'ENSTA, les élèves de 2nde 7 du lycée Montaigne ont eu raison de ne pas se laisser décourager par les chiffres : deux élèves de la classe, Sam Papiernik et Yacine El Yamani, font partie des 11 élèves retenus sur... 435 candidats.

            Les titres de leurs nouvelles : "La Planche" et "Un Enfant en or".

            Ils sont invités, avec leurs camarades de 2nde7, à la soirée de remise des prix qui aura lieu à l'ENSTA le jeudi 31 mars.

            Au programme : table ronde de scientifiques et d'écrivains ("La vie des scientifiques fait-elle partie de la science ?"), cocktail, et palmarès.

            Bravo à tous les deux pour ce beau succès ! 

            En attendant le palmarès, vous pouvez découvrir ci-dessous le début de leurs nouvelles.

            Rendez-vous le 31 mars pour découvrir la chute.

             

            LA PLANCHE (Sam Papiernik)

            « T’es plutôt un méchant ou un gentil, toi ? »

            C’est la question la plus simple qu’on m’ait jamais posée mais il m’est finalement encore bien difficile d’y répondre aujourd’hui !

            J’avais rencontré celui qui m’avait posé cette colle en allant dîner chez ses parents. Ceux-ci participaient au même congrès que moi. Ils habitaient Sacramento ou Modesto, c’est un peu flou dans ma tête. C’était en 1952, probablement en avril ou en mai. Le petit garçon, alors âgé de huit ans, m’a reconnu sur le pas de la porte et s’est écrié bruyamment: « Einstein ! ». Il avait l’air ravi de me voir.

            Entre l’apéritif et le dîner, il m’a fait monter dans sa chambre en survolant les marches de l’escalier avec habileté. Ses boucles brunes valsaient à chaque marche. Il chuchotait « vitesse lumière ! » et on est entrés dans sa chambre. Je me souviens encore de mon émerveillement lorsque j’ai découvert ce lieu habillé de posters de science-fiction et de figurines de super héros toutes plus improbables les unes que les autres. Je me souviens de l’odeur de la gouache encore fraîche flottant autour de son bureau en bois et des planches de bandes dessinées posées en vrac sur son lit.

            «Pas trop dure ta vie, Einstein ? » me demanda-t-il d’une voix enfantine.

            Malgré son jeune âge, le petit Georges junior s’était approprié naturellement mon univers. Je remarquais même affiché sur sa lampe de bureau un post-it jaune sur lequel était marqué E=mc2. La vitesse de la lumière semblait le passionner.

            « Un jour je construirai le premier vaisseau qui ira à la vitesse de la lumière! ».

            J’étais fier que mon domaine d’étude puisse devenir l’univers de jeu d’un enfant de huit ans, preuve que j’avais au fond toujours un pied en enfance... Rapidement, le garçon en vint à parler de l’arme nucléaire. Je m’aperçus que Georges savait très bien que certaines de mes recherches avaient abouti à la bombe atomique.

            C’est après une petite hésitation qu’arriva la fameuse question :

            « T’es plutôt un méchant ou un gentil, toi ? (...)

            UN ENFANT EN OR (Yacine EL YAMANI)

             

            « Il est affreusement laid, extrêmement pauvre, c’est le pire orfèvre de la ville ! Je ne comprends toujours pas comment ma fille peut aimer un tel homme au point de vouloir l’épouser et vivre avec lui toute sa vie ! J’ai beau chercher, je ne trouve rien qui puisse le racheter. Aucune qualité, rien pour lui, c’est un pouilleux », me dit-il.

            Le soleil émergeait, cela faisait une semaine que j’écoutais ce vieux roi ivrogne se plaindre : les guerres contre Spartes, ses problèmes de jeu, le mariage de sa fille. J’en connaissais sans doute plus sur sa vie que sa propre femme en vingt ans de vie commune. Je ne l’avais jamais vu aussi effondré. Il avait oublié de se laver, de se changer et son haleine empestait l’alcool. À voir ses yeux rougis, on comprenait très vite qu’il n’avait pas dormi depuis plusieurs jours.

            « En plus, elle veut comme cadeau de mariage une couronne de deux kilos faite par son orfèvre bien aimé. » Il me regarda et soudain ses yeux s’illuminèrent : « Je veux te confier une mission de la plus haute importance. Il faut que tu me vérifies si la couronne que j’ai commandée à cet orfèvre de malheur est vraiment bien en or et ceci rapidement, dans la semaine qui vient. Qui sait, c’est peut-être un escroc et cet argument fera peut-être renoncer ma fille.»

            Il commençait à m’agacer : c’était la vingtième demande qu’il me faisait en deux semaines. C’en était trop ! Tout ce que je voulais, c’était pouvoir m’atteler à ma collection de statuettes de dieux. Il fallait que je trouve un moyen de repousser la date butoir. Mon correspondant, expert dans ces statues, m’avait contacté la veille : la statue la plus convoitée par les collectionneurs, la merveille des merveilles avait été trouvée à Delphes et tous les amateurs d’idoles allaient se ruer pour tenter de se l’approprier. C’était une statue d’Hadès, dieu de la richesse et des enfers, qui aurait été façonnée par le grand Ageladas ; cette statue ornée d’ivoire et de diamants avait le pouvoir de rendre riche et aimé des dieux. Préférant ne pas lui dire que j’avais une affaire à régler à Delphes je lui mentis sans scrupules :

            « Mon état de santé empire de jour en jour, les grandes pièces et les murs froids de ce palais ne me valent rien. Il faudrait que vous me laissiez le temps de me rétablir, un mois serait parfait » argumentai-je.

            Plus je tentais de le raisonner, plus son visage virait au rouge, ses sourcils devenaient broussailleux et un rictus figeait sa face, signe que son humeur changeait.

            « Tu es à MON service. Ne conteste plus jamais mes décisions ! Personne dans ce royaume n’est irremplaçable. Je te promets une mort lente et douloureuse si tu ne réponds pas à mon attente dans la journée ! Et ne pense pas que ta famille sera épargnée ! ».

            Ah oui, c’est vrai que j’avais une famille, je l’avais complètement oubliée. Cela faisait plus d’une semaine que je ne les avais pas vus, depuis que le roi me contraignait à répondre à ses demandes incessantes. Je dois malgré tout remercier mon seigneur d’une chose : m’avoir permis de partir. Je ne pouvais plus supporter ma femme avec ses simagrées perpétuelles, les surnoms ridicules dont elle m’affublait : « mon chichi d’amour le repas est prêt », «Archinounè chéri tu as l’air stressé, viens boire un thé avec maman », et bien d’autres expressions que je voulais oublier.

             

             

             

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