Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 24/08/2015
      • UNE RENTREE AVEC MONTAIGNE : Lauréats du concours "Montaigne qui suis-je ?" (édition 2015)

          • En cette rentrée,

            les élèves du lycée Montaigne vous invitent à

            porter un nouveau regard sur l'oeuvre de Michel de Montaigne

            grâce aux travaux réalisés à l'occasion du concours

            "Montaigne qui suis-je ?"

            (Lauréats et organisateurs)

            Un aperçu des productions des lauréats :

             

            1/Catégorie productions graphiques :

             

            "Chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage"

            "Ce n'est pas la mort que je crains, c'est de mourir"

             

            2/Catégorie productions écrites

             

            DE LA DÉCOUVERTE DE L’AUTRE

            (par Marie Balaresque)

            Lorsque Marco Polo débarqua sur l’île de Zanzibar située dans l’Océan indien, il fut étonné de constater à quel point ses habitants étaient différents des Européens. Ses récits témoignent de l’effroi qu’ont pu avoir ces derniers face à la découverte de nouvelles  civilisations. Mais la surprise fut probablement aussi grande chez ces peuples dont on oublie souvent d’évoquer le point de vue. Les découvertes suscitèrent toutefois chez les écrivains tels que Montaigne ou Jean de Léry une curiosité admirative. Nous sommes ainsi depuis des siècles amenés à découvrir l’Autre, c’est-à-dire l’homme dont les mœurs et les coutumes différent des nôtres. Il peut être notre ami comme il peut aussi être celui que nous appelons communément « étranger ». Or la découverte de cet Autre  est un besoin fondamental humain car c’est par sa reconnaissance et son regard que se fonde une partie de notre identité. Imaginons une rencontre entre deux personnes, qu’elles soient du même peuple ou non. L’un verra en l’autre ce qu’il n’a pas en lui et inversement. De plus, chacun renverra  une certaine image à l’autre qu’il intégrera dans sa conscience. C’est donc un échange constructif par lequel nous construisons notre identité ; l’autre nous dit qui nous sommes. Imaginons maintenant une rencontre entre deux personnes cette fois de nations totalement différentes. En plus de ce travail de reconnaissance se développera, pour celui qui refuse l’ethnocentrisme, une réflexion sur son système de valeur. L’un et l’autre se demanderont : lequel de ces modes de vie est le plus juste ? Il faut se connaître soi-même pour comprendre l’autre, et c’est en apprenant à connaître l’autre que l’on se comprend soi-même. « Cette longue attention que j’emploie à me considérer me dresse à juger aussi passablement des autres » écrit Montaigne dans les Essais. Ainsi certains hommes, épris d’un désir de connaître les richesses de l’espèce humaine, partent à la recherche de cet étranger dans ce que nous appelons « voyage ».  Seulement je distingue deux voyageurs ; celui qui part dans un but purement touristique, souvent égoïste, le « vulgaire voyageur » comme le dit Rousseau, et celui qui voyage  pour découvrir l’Autre au-delà des frontières de sa nation. Claude Lévi-Strauss explique ainsi que le voyage n’est pas un but mais un moyen, probablement le meilleur pour se connaître en se confrontant à la culture d’un autre peuple. Montaigne écrit justement qu’« il faut voyager pour frotter et limer sa cervelle contre celle d’autrui ». Mais les sociétés dans lesquelles nous vivons aujourd’hui tendent vers un  multiculturalisme de plus en plus marqué, et le développement et l’accélération des transports réduit les distances qui séparent nos continents. Ainsi la diversité culturelle qui fait la richesse de l’humanité et qui est souvent apparue aux hommes comme quelque chose d’effrayant  plutôt que naturel  a tendance à s’amoindrir. L’inquiétude que manifeste Montaigne sur l’effet néfaste de nos sociétés occidentales envers les peuples « sauvages » se confirmerait sans doute s’il voyait qu’il ne reste de nos jours que peu de ces peuplades, et que toutes ont tendance à s’aligner sur le même modèle. Chaque peuple conserve toutefois quelque chose d’unique, qui lui est propre, et cette diversité culturelle peut être source d’incompréhension. L’actualité le prouve ; alors que la caricature de Dieu apparaît pour certains peuples comme inconcevable, elle relève pour d’autres d’un droit fondamental de liberté. Cette différence de point de vue qui résulte d’une grande diversité de traditions et de coutumes dans lesquelles nous sommes élevés doit  nous amener à remettre en question notre système de valeurs, ainsi qu’à réfléchir sur les rapports que nous entretenons  avec l’autre. Le connaissons-nous vraiment ? 

             

            L’HOMME ET LA MORT  (par Laura-Line FADY)

             

            Il y a, me semble t – il, autant de façons de concevoir la mort que de façons d’arriver à cette fin. Qu’elle représente la fin d’une vie ou le repos éternel, il est intéressant de constater que certains d’entre nous en font le centre de leur existence comme s’il s’agissait de la préparer. D’autres diront que la vie est trop courte pour penser à ce qui nous tuera et qu’au contraire l’important est de ne la voir qu’uniquement comme un aspect lointain et inévitable. Mais, les Hommes attendent. Toujours en quête de quelque chose d’inaccessible au moment de leur attente, ils enlèvent toute saveur à leur vie et passent la plupart du temps à côté de quelque chose d’essentiel. Ceux – là font de leur vie une sorte de gouffre plus qu’une une vie qui mérite d’être vécue. Ainsi, cette attente tue lentement celui qui croyait vivre. Ce doit être cela la véritable mort. En effet, « Nous troublons la vie par le soin de la mort et la mort par le soin de la vie ; l’une nous ennuie, l’autre nous effraie ». L’attente de la mort se mêle à la peur d’y arriver. Ce qui est étrange, c’est cette peur de l’inconnu, cette sensation d’être vaincu et de ne pouvoir rien y faire qui nous submerge face à cette notion. Le fait de ne pouvoir la qualifier et la représenter précisément est terrifiant. « Ce n’est pas la mort que je crains, c’est de mourir ». En revanche la peur de ne savoir quand elle arrivera ou comment elle se manifestera est compréhensible et humain. En effet, l’inattendu provoque une certaine envie de tout faire pour qu’elle ne se produise pas, en agissant ou en espérant. « Il est incertain où la mort nous attend ; attendons la partout. » Cet accident soudain et redouté qui bouleverse infiniment plus qu’une fin de vie, justement à cause de ce caractère autrefois inconcevable qui, en quelques instants seulement vous fait perdre tout ce que vous aviez. Des questions différentes se posent alors à celui qui subit brusquement la mort de l’autre : il ne s’agit plus de continuer à vivre mais de survivre. Comment se confronter à la douleur, à la colère et aux regrets qui suivent ce moment ? La mort est inévitable, pour cela elle est acceptée, ce que l’on ne peut accepter c’est que le passage d’un Homme sur terre soit écourté par cet inattendu. « On peut, et par habitude et par expérience se fortifier contre les douleurs, la honte, l’indigence et telles autres fâcheuse choses ; mais, quant à la mort, nous ne pouvons l’expérimenter qu’une fois, nous sommes dans ce domaine tous des apprentis quand nous y venons ». Par ailleurs, cette chose inconnue, ce destin indéniable, provoque deux ultimes questions : quelles différences de perceptions de la mort y a – t –il selon les périodes de la vie, et d’autre part comment imaginer une suite à la mort. Elle est inconnue de tous. Pour l’enfant, elle n’a pas de réelle signification. Du moins, s’il a connaissance du terme, l’enfant ne se pose pas de questions rationnelles, pour cela, elle n’est pas abordée clairement quand elle se produit dans l’environnement de l’enfant, simplement parce que la conception qu’il a de cette notion est floue. L’adolescence est en quelque sorte une période de déni accentuée par un sentiment d’invincibilité, comme si la jeunesse était une barrière à la mort, comme si le fait qu’elle soit lointaine la rendait inimaginable. Puis, on se rend progressivement compte de ce qu’elle représente et, elle prend une place de plus en plus importante dans notre vie à mesure qu’elle se rapproche dans le temps, on y pense puis on commence à la prévoir. Certains l’acceptent, d’autres, après ce déclic, attendent qu’elle arrive, d’autres encore, continuent à tout faire pour la repousser car avant de mourir, on vieillit, et cet aspect de la vie doit être autant repoussant que la mort elle-même. Cependant, certains ne la prévoit pas uniquement au sens figuré mai aussi au sens propre, est – ce de la sagesse ? Les actions de ceux qui désirent laisser une trace rangée de leur passage en s’occupant de leur testament ou de leur pierre tombale, pourrait être prisent pour de la bienveillance, ils souhaitent sans doute accéder à une certaine paix, sans aucune impression d’imprévu. Aussi, la mort n’est pas toujours vue de façon négative, bien au contraire parce qu’elle peut, selon certaines croyances permettre une nouvelle vie, souvent meilleure, comme une sorte de renaissance. Il y a des pays où la vie sur terre a nettement moins d’importance que la vie après la mort car selon eux, la seule existence qui mérite d’être vécue est celle qu’ils vont vivre après. Alors, finalement la mort est- elle uniquement le bout de la vie ?

            Un grand merci aux élèves du CVL et du CA qui ont contribué à l'organisation du concours,

            aux membres du jury (élèves, agents, assistants d'éducation, professeurs) qui ont eu la difficile tâche de désigner les lauréats,

            et aux CPE qui ont préparé la remise des prix.

            Un grand merci également à la classe de 2nde2 qui a travaillé toute l'année

            sur l'oeuvre de Michel de Montaigne et a réalisé des affiches sur les règles de vie au lycée

            en s'inspirant de phrases tirées des Essais.

             

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