Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 22/03/2015
      • LA VOIX DES FEMMES : La Mégère apprivoisée (Shakespeare/Mélanie Leray/Théâtre de la Ville)

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            Dans l’obscurité, une lumière apparaît et rend visible une femme en tenue élisabéthaine, vêtue d’une robe somptueuse et d’une armure. Elle s’adresse à nous, parle de son peuple, de son statut, de son corps de femme qui cache un cœur d’homme : c’est la Reine Elisabeth Ière d’Angleterre. Mélanie Leray a modifié le prologue de la pièce : La Mégère apprivoisée commence normalement par une scène grotesque d’altercation à la sortie d’un bar, mais ici, c’est le discours de la Reine qui constitue le prologue. Mélanie Leray a choisi de nous rappeler que cette comédie, qui montre le dressage d’une rebelle, a été écrite à une époque où l’Angleterre est gouvernée par une femme. Le début de la pièce donne volontairement la parole à une femme, et par n’importe laquelle ! C’est une manière de démentir toute la pièce, et en particulier la fin, en montrant que le souverain est une souveraine, que les femmes peuvent accéder au pouvoir, qu’elles l’ont fait par le passé et que le discours de Catherine à la fin de la pièce doit être entendu comme un texte ironique. Les femmes devront jouer la comédie pour arriver au pouvoir.

            On découvre ensuite une sorte de deuxième prologue : Catherine est exhibée sur une table tournante lumineuse, la tête emprisonnée dans une cage qui lui maintient la bouche ouverte et l’empêche de parler et qui ressemble à une muselière, ou à un instrument de rites sado-masochistes. C’est une image très violente de domination par la force et d’une femme réduite au statut d’objet de désir. La caméra qui projette sur le mur de fond de scène son visage en un énorme gros plan nous montre ses larmes et sa souffrance.

             

            Une chanteuse noire avec une coiffure afro interprète des airs de jazz : c’est une voix de femme très présente et très puissante, l’image d’une femme décidée, qui prend la parole, qui parle de sa souffrance, de sa lutte, qui ne se laisse pas faire, qui prend le pouvoir.

             

            A l’ouverture de la pièce, on nous présente les personnages, en gros plan, leurs noms inscrits sur le mur de fond de scène, comme dans un générique de série télévisée ou de téléréalité. C’est une introduction burlesque.

             

            Une immense pièce recouverte d’une moquette à motifs géométriques, un bar, des canapés, des tables lumineuses, des machines à sous : on se trouve dans un grand hôtel ou dans un casino, un endroit où le luxe est ostentatoire. Les hommes ont des chemises voyantes et largement ouvertes, des gourmettes. Tout est laid, vulgaire, superficiel, l’argent coule littéralement à flots et apparaît comme le seul critère de valeur.

            Catherine place sa sœur Bianca sur un de ces chariots à bagages qu’on utilise dans les hôtels de luxe. Elle l’a habillée de manière grotesque d’une tenue verte avec de petites ampoules lumineuses, comme un sapin de Noël. Elle l’a attachée sur le charriot, lui maquille les lèvres d’un rouge à lèvres violent, met d’abord en valeur sa féminité puis la grime de manière grotesque comme un clown. Elle la déplace ensuite comme un bagage après avoir inscrit sur son front : « Soldes », comme si elle était à vendre. Elle est une marchandise.

             

            Bianca danse sur une table, elle est heureuse, une pluie de billets tombe sur elle et recouvre tout le plateau. On voit son visage réjouit en gros plan. Deux hommes se battent pour l’obtenir de son père et renchérissent l’un sur l’autre, énumérant leurs richesses. Le père de Bianca, Baptista, dirige les enchères. Les billets tombent sur scène. Bianca se met à pleurer. Elle prend conscience qu’elle n’est pas séduite mais qu’elle est acheté par son prétendant et vendue par son père.

             

            Au milieu du texte de la Mégère apprivoisée, Catherine prononce quelques répliques de Beaucoup de bruit pour rien, une autre pièce de Shakespeare (« si j’étais un homme, je lui dévorerai le cœur sur la place du marché ») : des paroles prononcées par Béatrice, qui dit son désir d’être un homme pour pouvoir se venger physiquement d’un autre homme. Manière de nous faire sentir la proximité entre ces deux femmes farouchement indépendantes.

             

            Au moment du voyage de Petruchio et de Catherine jusqu’à la demeure de Petruchio, il oblige sa femme à passer par-dessus les sièges des spectateurs, un trajet impossible à effectuer, alors que l’allée était à côté d’elle, libre. Une séance cruelle qui montre de manière comique le désir qu’a Petruchio d’imposer sa volonté à sa femme en lui faisant faire des choses absurdes. Le public est gêné de la voir passer au milieu de lui.

             

            A la fin de la pièce, Catherine vient dans le public et nous adresse sa leçon de manière très directe. Elle le fait avec ironie, nous invitant à terminer ses phrases. Elle joue avec l’idée de comédie. On est bien conscient de son ironie, pourtant, ce discours de soumission, même énoncé avec ironie, était d’une violence insoutenable.

            (Joy, Ines, Damon, Damien, Léa, Adèle, Romaric, Marie, Oriane et Yann)

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