Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 09/10/2016
      • PRESENCES A DISTANCE : Antoine et Cléopâtre (Tiago Rodriguès/Théâtre de la Bastille)

          • OUVERTURE :

            Au début, elle dit : « Antoine », il dit « Cléopâtre », et on a l’impression qu’ils se sont trompés ! Puis on comprend… qu’ils regardent l’autre, qu’ils sont entièrement absorbés par la pensée de l’autre. (Lorraine)

             

            SCENOGRAPHIE : LE BLEU, LE JAUNE, LE GRIS

            • C’est un décor abstrait, un cyclo éclairé par une lumière bleue au départ, une sorte de ciel, ou de mer. C’est la Méditerranée. Le sol est jaune : c’est le sable d’une plage, le sable de l’Egypte (Aurélien)
            • On voit un grand mobile à la manière de Calder sur lequel sont accrochés des disques transparents bleus et jaunes. Des astres ? Les amants sont comme deux astres. Comme le soleil et la nuit ? (Janet)
            • Pendant toute la pièce, les disques tournent, ils ne peuvent pas se toucher, mais à certains moments les disques se superposent et forment une nouvelle couleur, comme si les amants fusionnaient. Ils sont à la fois à distance et ensemble. Ces disques sont une image du couple, une image de la mise en scène : deux êtres, unis mais à distance. (Jules)
            • Cléopâtre interagit avec ces mobiles : elle se place au milieu, les fait tourner. Cela évoque l’idée de frontière, de seuil mobile : un amour qui ferait bouger les frontières. (Paul)
            • La lumière modifie l’aspect de ces disques : lorsque la scène est illuminée, on voit notre reflet, et les disques sont transparents, jaunes et bleus. Lorsque la lumière décroit, les disques deviennent opaques, sombres. Cela évoque le passage du temps, le jour et la nuit. (Théophile)
            • Ce mobile éclairé crée des ombres sur le cyclo, des ombres mobiles, comme des présences fantomatiques ou des présences cachées d’observateurs que l'on voit passer discrètement. Le reste du monde n’existe plus pour ces deux amants, et pourtant, il existe encore, il est comme une menace. (Thyl, Jules)
            • Ces mobiles translucides reflètent le public : nous nous voyons, comme les deux amants se voient l’un l’autre et sont le reflet l’un de l’autre (Camille, Lorraine)

             

            LA FIN DANS LE DEBUT : LE TRAGIQUE

            • La pièce commence par la fin : Cléopâtre décrit la mort d’Antoine dans une image très forte : Antoine est debout, Cléopâtre fait apparaître les éléments de sa mort : épée, sang, genoux à terre, une corde sanglante, Antoine attache cette corde à son corps qui se vide de son sang, pour être porté jusqu’à Cléopâtre. C’est un rêve prémonitoire : cette vision, cette image onirique, sera sa mort, à la fin de la pièce. Etonnamment, on ne nous raconte pas la mort de Cléopâtre. Pourquoi ? Pour se démarquer de l’œuvre de Shakespeare ? Ou bien parce que dès qu’Antoine meurt, tout s’arrête ? Il n'y a plus rien à raconter, même l'épisode mythique du suicide de Cléopâtre qui se fait mordre par un aspic. (Joseph)
            • La mort d’Antoine : Antoine apprend que Cléopâtre serait morte (c’est un faux bruit), il demande à son serviteur de le tuer, le valet refuse et Antoine se suicide : il se plante l’épée dans le ventre, mais ne meurt pas. Il apprend que Cléopâtre vit toujours, il décide de la rejoindre. Cléopâtre est enfermée dans un endroit élevé, elle le tire avec une corde. Antoine demande du vin. Il meurt dans les bras de Cléopâtre. On retrouve ici le rêve prémonitoire du début : cette mort mythique est répétée, elle devient théâtrale (Aurélien)
            • Il y a un jeu entre les amants au moment de la mort : tous deux répétent des mots qui se transforment progressivement ("le vin, le vin, le vin, divin divin divin,    encore encore encore le cœur le cœur le cœur accord accord… l’amour l’amour l’amour la mort la mort la mort… la corde la corde la corde encore encore encore…").
            • A un moment, un spectateur a toussé. Le comédien a intégré le mot «  il tousse il tousse » à son énumération : il a joué sur une forme d’interaction avec le public, sur une relation vivante avec ceux qui l’observent. (Emilia)
            • Cette énumération symbolise l’enchaînement inéluctable des événements, le passage de l’amour à la mort. Cet échange entre Cléopâtre et Antoine au moment de la mort d’Antoine, c’est ce qui maintient en vie Antoine : tant qu’il parle avec Cléopâtre, il vit. Ils prononcent ces mots ensemble : ils sont à l’unisson, c’est une image d’union très forte. (Dan)
            • Le tragique : le rêve du début (corps d’Antoine suspendu) se réalise à la fin. (Aurélien) Une mort en suspens (le mobile ?)
            • La mort d’Antoine est signifiée de manière euphémisée par un silence : on n’entend plus Cléopâtre dire « Antoine inspire, Antoine expire ».

             

            DIRE LA FUSION DANS LA DISTANCE

            • Pour une pièce qui raconte un amour fusionnel, la mise en scène joue paradoxalement sur la distance : les comédiens ne se touchent jamais, sont parfois dans une situation d’extrême proximité, bras entrecroisés, sans se toucher. (Vassilis)
            • Chaque comédien décrit ce que fait l’autre, c’est une relation généreuse : il ne joue pas son personnage, il observe l’autre (Aurélien)
            • Au début de la pièce, les rôles semblent inversés : Antoine décrit Cléopâtre et Cléopâtre décrit Antoine. Cela suggère une relation fusionnelle où chacun regarde l’autre.  (David)
            • Antoine dit : « Cléopâtre inspire, Cléopâtre expire » : cela suggère une fascination, une observation minutieuse. (Bastien)
            • C’est l’histoire d’une passion absolue, d’une fusion, mais il n’y a jamais de contact physique entre les deux comédiens. Ils sont proches mais ils ne se touchent pas. (Camille) Comme si la parole suffisait à les unir. (Lorraine)
            • Lorsqu’ils se séparent, ils disent « Antoine quitte le présent » ou « Cléopâtre quitte le présent » et lorsqu’ils se retrouvent ils disent : « Antoine entre dans le présent »… : lorsqu’ils sont ensemble, c’est la réalité et lorsqu’ils sont séparés plus rien n’existe. (Aurélien)

             

            EVOQUER PLUTOT QU’INCARNER

            • A chaque fois que les acteurs parlaient, ils avaient les bras tendus devant eux, comme s’ils montraient Antoine et Cléopâtre ou qu’ils mettaient en scène les personnages. Ils étaient moins des comédiens que des metteurs en scène. Ils répétaient sans cesse les noms « Antoine » et « Cléopâtre » comme dans un script où les noms des personnages précèderaient leurs répliques.  Le texte n’était pas constitué uniquement des dialogues, mais aussi des didascalies (Thyl)
            • Les deux comédiens sont habillés comme dans la vie de tous les jours, comme s’ils n’avaient pas de costumes. Cela donne l’impression qu’ils n’incarnent pas leur personnage, mais qu’ils parlent de lui, le mettent en scène. (Alice) Nous connaissons ce mythe, cette tragédie, c’est une manière de l’aborder différemment, avec des images nouvelles, de jouer avec ce mythe, de prendre une petite distance avec lui, pour mieux le voir ? (Camille).
            • On sait que ces deux acteurs sont des chorégraphes, on voit sur scène une pochette de vinyle et  un lecteur, on s’attend donc à voir des moments chorégraphiés… mais ce n’est pas le cas. Leurs gestes sont très simples, ce n’est pas une danse, au contraire, lorsqu’ils mettent de la musique, c’est pour faire une pause ! Comme s’ils abandonnaient leur domaine de prédilection, le domaine dans lequel ils sont à l’aise, pour aller vers une autre langue (la parole théâtrale, mais aussi le français pour des portugais), comme Antoine qui va vers l’Egypte, et Cléopâtre qui aime un romain ? (Thyl)
            • Chaque personnage parle de l’autre, met en scène l’autre, regarde l’autre, sauf lorsque le couple se quitte : ils parlent alors d’eux-mêmes, sont Antoine et Cléopâtre. (Aurélien)
            • Le jeu des comédiens instaure une distance avec l’illusion de réalité, avec l’univers fictionnel : les comédiens s’arrêtent parfois de jouer, s’assoient, boivent, nous regardent : ils se montrent en tant que comédiens, installent une distance avec les personnages et la situation  qu’ils évoquent. (Ulysse)
            • Au début on entend de la musique diffusée par un lecteur. Elle fait songer aux musiques de péplums et rappelle le film de Mankiewicz : Cléopâtre. Lorsqu’une scène se termine, l’un des comédiens met la musique, s’assoit, c’est une sorte de pause. La musique donne le sentiment que le temps passe, qu’une autre étape commence. (Felice)

             

             

             

             

             

             

             

             

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