Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 07/05/2014
      • "GERTRUDE EST FRUSTREE" ou tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les personnages d'Hamlet sans avoir jamais osé le demander

          • HAMLET ET SES REECRITURES CONTEMPORAINES :

            tel est le coeur du travail des élèves d'option théâtre cette année.

            B.-M. Koltès, H. Müller, A. Fichet, C. Bene, H. Barker : nombreux sont ceux qui ont écrit "leur" Hamlet.

            Et si nous nous lancions dans l'aventure ? Si nous aussi nous osions donner forme, par l'écriture, aux idées et aux images que fait naître en nous ce texte ?

            Une proposition de Sophie :

            "Gertrude est frustrée. Elle est furieuse, révoltée par la pression sociale à laquelle elle est constamment soumise, et surtout par l'autorité masculine ; elle essaie donc d'en exercer sur son fils, sans succès. Elle ne supporte pas l'idée qu'elle ne peut exister qu'à travers son mari, le roi. Elle est engluée à ce rôle dont elle ne peut se défaire, à ces devoirs de bienséance. Elle se voile la face, se camoufle sa propre frustration, ainsi toute sa fureur contenue et censurée se mue en une terrible frénésie sexuelle. Toute sa haine, toute la liberté qu'elle n'aura jamais, enchaînée à sa condition de femme, prennent corps et explosent dans sa sexualité. Elle hait les hommes et ne peut s'en passer: elle soutient le meurtre de son mari et en reprend un aussitôt, c'est un besoin vital. Finalement, Hamlet, son fils ne lui est qu'accessoire, c'est un devoir à remplir, une couverture de dame "comme il faut", elle n'a d'ailleurs aucune autorité sur lui. Son fils est le seul moyen pour elle d'avoir un rôle aux yeux des autres, à ses propres yeux.

             

            Gertrude a vieilli. Elle n'a jamais pu assouvir complètement son manque de sexe. Son ex-mari était coincé au lit et le nouveau a des problèmes d'érection. Ainsi, son unique échappatoire, sa seule possibilité de bonheur, de liberté, de défouloir, lui est obstinément refusée, inaccessible depuis toujours. Elle est seule, seule, seule. Collée à un homme qu'elle n'aime pas, Gertrude est fatiguée, s'accroche encore au sexe, sans trop y croire, elle est lasse, en a assez de devoir faire bonne figure sans même s'en rendre compte. Elle en a assez d'être réveillée toutes les nuits par les hurlements de Claudius qui, torturé par les remords, ne cesse d'être harcelé en rêve, poursuivi par son propre crime. Gertrude, elle, ne culpabilise pas, elle a congédié les remords depuis longtemps; lasse de tenter de les fuir, elle les a oubliés, tout simplement. Accepter le fait d'être une vicieuse égoïste, voilà pour elle qui est plus simple, moins lourd à porter. Maintenant qu'elle se trouve seule à seule avec une immense tristesse mélancolique, elle est plus calme, apaisée. Elle préfère cette peine, cet ennui mortel, cet abandon, à tous les tourments qui la submergeaient, aussi loin qu'elle s'en souvienne, depuis l'apparition de ses premières pulsions sexuelles; elles-mêmes accompagnées de cette colère qu'elle connaît si bien

             

            Pourquoi cherche-t-elle à séduire Claudius pendant la danse érotique alors qu'elle ne l'aime pas?  Il l'aime lui. D'ailleurs, ça le rend affreusement lourd, collant, insistant... On dirait un petit chien, un boulet. Mais pourquoi a-t-elle épousé un vieux ? Elle se pose la question maintenant. C'est vrai elle aurait pu prendre un jeune ; même à son âge, quand on a l'argent et le pouvoir, on trouve de tout. Ça aurait apporté de la fraîcheur, de la vie à ses nuits si mornes, elle lui aurait laissé une liberté totale la journée en échange de ces nuits. Mais un vieux, qu'est-ce qu'elle peut bien en faire! Il l'ennuie, mais il faut bien faire semblant de l'aimer, il a tué pour elle, un rejet si soudain le détruirait. Et puis ce serait très mal vu à la cour; déjà qu'il y a toutes sortes de ragots sur la relation entre Hamlet et Ophélie...

             

            Elle l'aime bien d'ailleurs, cette petite Ophélie, bien qu'elle en soit mortellement jalouse. Elle le connaît elle, le vrai plaisir sexuel, elle l'a entendue. Ce même plaisir que Gertrude a toujours recherché, en vain. Elle est folle de rage à l'idée que son propre fils soit capable de faire jouir une femme, alors qu'elle n'a jamais pu trouver que des impuissants! Ophélie est en quelque sorte ce que Gertrude aurait pu être si elle avait trouvé ce plaisir. Elle n'en peut plus de cette lassitude, de cette jalousie, de ce mari collant... Alors elle danse. Elle se déhanche, elle bouge; et ce n'est pas Claudius qu'elle cherche à séduire pendant la danse érotique, c'est elle-même. Quand elle danse, elle est seule, elle rit, elle vole, il n'y a plus personne autour et, enfin, elle peut accéder à cette liberté qu'elle chérit tant; celle dont jouit Ophélie dans sa folie et sa sexualité, et que Gertrude, du haut de ses 68 balais, n'aura jamais pu connaître autrement qu'à travers une simple danse.

             

             

             

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