Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 01/02/2016
      • "UNE BETE DE SCENE" : Richard III (Shakespeare/Thomas Jolly/Théâtre de l'Odéon)

          • COMEDIEN, CHANTEUR, STAR ROCK

            • Richard chante sur scène, comme dans un concert, il nous encourage à chanter avec lui, il « chauffe » la salle. Il fait en sorte que le public l'acclame et soit avec lui. On est mis dans la position de le soutenir. C’est à la fois drôle et troublant. (Léna, Sabrina)

             

            • Quand son frère Edouard est au pouvoir, il tient son sceptre qui devient un micro. Le pouvoir, c'est la popularité. Quand c'est Edouard, on entend une musique classique, calme. Avec Richard, ça change d'univers : on crie, le son est puissant. Richard apporte un changement fort. Finalement, être au centre du spectacle, c'est avoir le pouvoir. Richard est un homme de scène, une « bête de scène », il a quelque chose d’une rockstar, d’une star de glamrock, au style très étudié. Un côté steampunk aussi (une branche du gothique, qui allie le côté usine, mécanique, et le côté sombre (Juliette)

            • Dans les pièces de Shakespeare, il y a de manière générale un discours sur le théâtre. Dans Richard III, qui est une pièce de jeunesse, il y a un discours sur le théâtre autour du personnage de Richard III qui est présenté comme un être double, qui joue un rôle et construit des intrigues (« a plot » : complot ou intrigue. JM Déprats choisit le mot « intrigue » pour souligner ce sens théâtral). Le théâtre est présent comme image pour définir Richard III : il est un peu cabotin, fait des entrées théâtrales. C'est son hypocrisie qui est aussi dénoncée par la métaphore du comédien. Il a une identité trouble, il n'est pas en réalité ce qu'il prétend être. Dans Hamlet, la mise en abyme est au contraire très nette (des comédiens jouent une pièce devant Hamlet et le roi Claudius ; dans Le Songe d'une Nuit d'été, il y a  aussi des comédiens qui répètent une pièce). Georges Banu, professeur de théâtre à la Sorbonne III, est spécialiste de ces questions de mise en abyme du théâtre chez Shakespeare. Il parle de « nappe phréatique » des images du théâtre chez Shakespeare. (Lucie)

             

            SYMBOLIQUE DES COULEURS, SYMBOLIQUE DES COSTUMES

            • Le costume de Richard comporte des plumes noires sur les épaules, à la place de la bosse : un corbeau, un charognard, une chimère ? Un rapace ? Il ressemble aussi à Edward aux mains d'argent : pâleur, cheveux en bataille, plumes d'oiseau comme des ciseaux, laideur. Mais l’un est bon, l’autre mauvais.

             

            • Lorsqu’il devient régent de son neveu, son costume change : couleurs : blanc et rouge, symbole de prestige, de royauté, mais aussi de sang. Une fois vraiment roi, il est entièrement vêtu blanc. On observe les étapes de sa métamorphose grâce au pouvoir : c’était un vilain petit canard qui s’est métamorphosé en cygne. Pendant le combat, il porte une armure, un pantalon à paillettes argent, des plumes argent, comme une machine, ou un superhéros (Léna)

             

            • Paroles de la chanson, le refrain (chien, crapaud, hérisson) : le costume de Richard évolue, ses plumes s'allongent : l'ombre ressemble à celle d'un hérisson (Gabriel). Dans le « R3cube », on voit des oiseaux : chouettes, etc. qui hurlent (Juliette). Son blason est un sanglier. Il est qualifié de sanglier dans le texte. (Lucie)

             

            • On voit passer le corps d'Anne morte. La mise en scène montre le corps. On observe une sorte d’écriture « lumineuse » : le corps d'Anne est frappé par un faisceau. (Lucie)

             

            • Tous les costumes sont noirs : tous les personnages ont une part obscure, tous sont coupables de quelque chose. Il n’y a qu’Anne qui porte du blanc pour son mariage, lorsqu'elle est morte. (Aimée)

             

            • Le thème de l'innocence : les deux enfants sont en blanc, ils sont la dernière vision avant la mort de Richard, une image du regret de l'innocence ? Richard est un personnage complexe : il se dévoile au public en montrant sa noirceur, mais devant les autres personnages il affirme son innocence. (Juliette)

            UNE ECRITURE DE LA LUMIERE

            • La lumière est un véritable instrument de la scénographie. On observe l’utilisation de faisceaux lumineux pour matérialiser un espace concret : les barreaux de la prison de  Clarence à la tour de Londres, à la fin pendant la guerre les faisceaux dessinent les tentes des combattants ; lorsque Richard III parle avec Elisabeth pour la convaincre de lui donner sa fille : les faisceaux lumineux enferment Elisabeth dans un espace restreint, Richard enjambe la lumière pour s'approcher d'elle. La lumière donne aussi forme aux portes : bruit + mouvement de lumière pour l'ouverture ou la fermeture (comme dans un film de science fiction). La lumière symbolise aussi ses arguments, le pouvoir de sa parole, ou les émotions d'Elisabeth. (Marie)
            • A un moment, des néons se mettent à trembler, à crépiter : lorsque Richard  décide de tuer quelqu'un. Les néons symbolisent les conséquences de ses décisions, cela concrétise son stress, sa tension, c’est une image de son intériorité (Miléna).
            • Les néons sont comme des robots qui réagissent à ce qu'il dit, comme dans un univers de sciences fiction futuriste. (Sabrina)

             

            • Le royaume d'Edouard est représenté comme un espace de surveillance: on voit des écrans de surveillance filmant différents lieux (comme dans une prison), Richard III a une télécommande. Ce sont des images qui résonnent avec notre époque, qui ancrent l’histoire dans notre époque. (Aimée) Un titre de G. Banu entre bien en écho avec cette image : « La scène surveillée » (Lucie)

             

            • Les ombres : pendant la scène où Richard avoue son crime, son ombre est projetée sur un rideau. Son ombre est immense. (Quentin)

             

            • A la mort de Richard III, des faisceaux lumineux le transpercent : son pouvoir se retourne contre lui (léna). Ou Richard III rejette la lumière qui est envoyée sur lui? (Audrey).
            • Il y a un jeu avec les miroirs dans lesquels il se regarde, son armure lumineuse (Juliette)

             

            • La mise en scène recherche les sensations fortes à tous les niveaux : lumières, écrans, concert. (Andrew). Richard (ou le metteur en scène ?) nous en met « plein la vue » pour nous plaire, nous subjuguer (Aimée). On nous met la lumière dans les yeux, on est éblouis, on ne voit plus rien. La lumière est agressive. On veut nous aveugler sur les actions commises.

             

            • Lorsque les morts maudissent Richard : Lumière stroboscopique insoutenable, cauchemar, son violent, impossible à entendre. (Aimée)

             

            • Un greffier vient sur scène « le beau monde que voilà qui est assez grossier pour ne pas voir ce palpable artifice »... la lumière vient nous aveugler, nous oblige à fermer les yeux, on ne nous invite à parler qu'à certains moments. (Gabriel)

             

            • Scène sous la tente : deux tentes symétriques, bougies oranges ou bleues (Juliette). Tableau pacifié / ange déchu, maudissant

             

            SYMBOLIQUE DU POUVOIR

            • Le roi descend l'escalier, se met à tousser, Richard monte, se met à sa place sur le trône (Charles). A chaque marche que descendait Edouard, Richard montait, à chaque marche qu'il descendait il s'affaiblissait, et Richard prenait de la force, symétrie (Juliette).
            • Richard  sort d'une trappe. Puis il est sur scène. Puis les escaliers. Puis trône. A la fin, il sera rejeté en bas des marches (Gabriel)
            • La première apparition : il sort de sous terre : sortie infernale ; à la fin, quand il est maudit, la trappe s'ouvre (Charles)

             

            • Au moment où on pensait que ça allait se finir, le rideau se baisse, silence, puis musique. Le personnage rampe encore plus, mais s'approche encore vers le pouvoir (Juliette).
            • A la fin, la plateforme s'incline, le trône glisse, Richard III glisse, souligne sa chute : l’inscription « RIII » devient « Fin ». Fin de la tyrannie, de la violence, du conflit entre Rose blanche et rouge. (Paule) C’est un rappel de Henry VI : à la fin, le mot « fin » devenait Richard III. (Gabriel)
            • Richard III rampe, Richmond dit : tout va aller pour le mieux, tout est fini, or Richard III remonte sur la plateforme. Alors seulement, il se fait tuer (Lucie). Que penser de cette fin ?
            • Richard dit que même les morts ne voudront pas de lui. Les gens qui lui tirent dessus sont les gens qu'il a tués : tué une deuxième fois. (marving)
            • Une mort trouble : pas tout à fait finie. Chacun lui tirait dessus pour se venger  (marianne)

             

            • Poudre rouge comme du sang : mort physique envoyée de manière très violente (Lucie)

             

            • Lorsque les morts le blâment en rêve, les enfants restent silencieux, mais leur présence suffit (Aimée)

             

            • Ecriteaux : inscriptions qui résument l'action : poids qui souligne le destin.

             

            • La poudre rouge : écart entre la manière dont la personne est tuée et les conséquences que cela va avoir. La violence n’est pas représentée de manière concrète (vs Ostermeier). De même pour la mort des enfants : ils disparaissent. Seul indice de leur mort : la gameboy : l’arrêt du bruit signifie la mort. (Laura)

             

            INSPIRATION CINEMATOGRAPHIQUE : FILM D’HORREUR, FILM DE SCIENCE FICTION, SAGA

            • Des effets spéciaux à la manière du cinéma.
            • Le cadavre du roi Henry est allongé sur une civière. On ôte le voile et on voit par transparence le sang couler dans la tradition des films d’horreur.
            • Les grandes photos des familles sont comme des affiches de cinéma ou comme des tableaux de famille dans un grand manoir (film d’horreur). (Andrew) C’est aussi par souci pédagogique : faire comprendre la généalogie. C’est l’image de cette famille écrasante : une généalogie maudite (Nathan). Sur les tableaux, Richard est le seul à être tordu, tourné, de biais alors que les autres sont de face (Gabriel)
            • La scénographie est construite à partir de matériaux froids, métalliques : du fer, des échafaudages : comme un concert, mais aussi un univers glacé. (Paule)

             

            • L'enfant mort est mis sous l'escalier : une trappe, lieu obscur, pour l'oublier (Gabriel) Cet enfant mort qui est le fruit de la malédiction d'Anne sur... elle-même (Lucie).

             

            • Richard III fait semblant d'être pieux, religieux : il porte une croix, s’y accroche comme un crucifié. Cela rappelle aussi une esthétique gothique : celle des cimetières, etc. (Marving)

             

            • Les trois mères, trois femmes : passage du flambeau de la douleur. La reine Marguerite, Elisabeth, Anne : enceinte. Jeu sur l'enfant mort, qu'on voit sur scène. Elément qui ne figure pas dans le texte mais historique. L’enfant mort est placé sous l’escalier. (Nathan).

             

            COMIQUE ET TRAGIQUE

            • Les deux assassins sont des sortes d'Arlequins qui font les idiots sur scène, ils sont masqués (Idir). Sortes de Laurell et hardy (Quentin).

             

            • Mélange entre le côté noir, gothique et quelque chose de joyeux, drôle : c’est une forme de fidélité à Shakespeare, à son mélange des tons. (marie)

             

            • Cruauté et humour : les tueurs contre Clarence. Les tueurs n'osent pas tuer Clarence, ils rient, le public rit devant cette scène pourtant cruelle. Leur rire nous fait rire. (Miléna)  Ils essaient de trouver des techniques pour se convaincre de tuer, pour s'empêcher de penser (Audrey)

             

            • Parmi les moments comiques, il y a celui où il tue l'envoyé avant d’apprendre que ce dernier avait une bonne nouvelle. (Sabrina)

             

            • Les comédiens jouent avec le public : le maire de Londres nous interpelle, nous fait participer, nous devons soutenir Richard III. (Marving)

             

            • « R3cube » : avant la pièce, on a pu visiter l'antre de Richard devant le théâtre. On y voyait une vidéo où Richard et Anne se parlaient, Richard était jaloux d'Anne. On avait l'impression qu'il était amoureux fou d'elle, comme si le metteur en scène cherchait à comprendre la noirceur de Richard. (Marving)
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