Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 29/01/2018
      • 1956-1996 ET RETOUR : SAIGON (Caroline Guiela Nguyen/Odéon)

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            D’UNE EPOQUE A L’AUTRE : 1956-1996

            Le spectacle fait alterner deux époques différentes : il commence en 1996 et il est ponctué de scènes se déroulant en 1956. Au début, la mère d’Antoine (qui est vietnamienne) s’énerve contre lui et elle fait un infarctus, elle s’évanouit. Son fils la soutient et appelle à l’aide. Personne ne vient l’aider alors qu’il est entouré d’amis. Les gens qui l’entourent ont l’air indifférent, comme s’ils ne l’entendaient pas, ils vont et viennent, d’autres personnes arrivent. On comprend alors qu’il y a une transition temporelle : on revient dans le passé, on passe de 1996 à 1956. Les comédiens se déplacent pour entrer dans un autre moment du temps. Ce silence des autres personnages accentue l’impression de détresse d’Antoine : il crie mais personne ne réagit. (Lucy, Marion)

            A chaque changement de scénographie, les personnages de 1996 et ceux de 1956 se côtoient sur le plateau. Il s'agit d'une nécessité technique, mais c'est aussi une manière de suggérer les points communs entre les vies, cela montre qu’ils ont une histoire commune (Hugo, Charlotte, Corentin)

            Deux personnes sont constamment présentes sur scène  et ne sont pas atteintes par l'âge : Marie-Antoinette et Lam. Cela brise l'illusion de réalité : il ne s’agit pas de faire croire au spectateur que tout ce qui est montré est réel. C'est une manière de suggérer que Marie-Antoinette est une sorte de pilier pour les autres, une référence, une image de la stabilité (Léopold)

            C'est aussi une manière de signifier qu'elle est bloquée dans le temps : on a l'impression qu'elle n'évolue pas : elle est toujours à la cuisine, toujours debout et active, toujours souriante, elle ne se plaint pas et l’explique dès le début au fils de son ami : « parce que je n'ai pas envie que les gens soient tristes pour moi ». On comprend que sa vie s'est arrêtée à la mort de son fils (Corentin, Jane)

            Au début, une voix off introduit les personnages : c’est Lam. On se rend compte qu’elle est présente dans la partie 1956 et dans la partie 1996, et elle est toujours jeune. Elle reste dans la cuisine du début à la fin : elle est témoin de tout ce qu’endurent les autres, mais on ne sait rien de sa vie. Elle est touchée, elle assiste à tous les drames. (Lucy, Camille)
            A la fin de la pièce, on observe une sorte de collision entre les deux époques. Le français Edouard et sa femme vietnamienne vont sortir du restaurant, ils se retournent et voient Antoine adulte : nous savons que c’est leur fils, leur futur fils, comme si leur avenir se tenait debout devant eux. Cela donne une sorte de densité au temps (Charlotte)

             

            DE LA FRANCE AU VIETNAM : D’UN ESPACE À L’AUTRE

            Toute la pièce se déroule dans le même décor : un restaurant vietnamien. A jardin, la cuisine, dans laquelle Marie-Antoinette et Lam s’activent tout au long du spectacle, nourrissant tout le monde ; à cour une scène, un micro, un rideau de paillettes ; au centre la salle du restaurant. Cet espace permet de passer de la France au Vietnam de manière fluide. (Lucy)

            Certains gestes d’Edouard traduisent la violence de la présence française : il se sert dans l’armoire réfrigérée sans la permission de Marie-Antoinette.

             

            D’UNE LANGUE À L’AUTRE : COMMENT SE COMPRENDRE ? UNE RELATION DÉCHIRÉE

            La pièce parle de la barrière des langues : dans le chapitre 3 (« l’absent ») on apprend que le fils de Marie-Antoinette parlait très bien français et qu’il a servi de traducteur aux Allemands durant la guerre. L’ « absent » dont il est question dans le spectacle, celui qu’on ne retrouvera jamais, c’est précisément le traducteur. (Aurélien)

            Toute une partie de la pièce est basée sur une incompréhension entre Marie-Antoinette (qui est vietnamienne) et Louise (qui est française). Marie-Antoinette essaie de faire comprendre à Louise que son mari (qui travaille dans l’administration française de Cochinchine) a enlevé son fils. Louise comprend que son mari aurait « kidnappé » ce fils, ce qui lui semble impossible, alors qu’il a en réalité été réquisitionné par le gouvernement pour aller travailler en France. Le terme qu’utilise Marie-Antoinette est vague et entraîne la confusion. Son accent est également difficile à comprendre. C’est à la source de moments comiques, mais aussi de moments émouvants (Aurélien)

            Le personnage de Louise au départ apparaît comme une Française hautaine : elle est habillée de manière luxueuse (elle porte une longue robe marron). Elle méprise les Vietnamiens mais progressivement, sans comprendre pourquoi, elle éprouve le besoin d’aider Marie-Antoinette, et s’en énerve elle-même. Elle lui parle durement, elle la rejette, mais elle finit toujours par revenir pour essayer de l’aider. Elle se sent coupable face à cette situation : celle de la France par rapport au Vietnam, celle de sa situation sociale face à celle de Marie-Antoinette. Elle peut représenter plus généralement les Français qui ont vécu au Vietnam et profité de la situation. A plusieurs reprises, elle fait des malaises sur scène, ce qui traduit ce que sa position a d’intenable. (Lucy).

            A la fin de la pièce, on revient au Vietnam en 1996. Trois enfants sont dans le restaurant. Il y a un personnage qui est là aussi : Hao. Il est sur scène, en train de chanter : il est isolé. La scène est émouvante pour nous, mais ridicule pour les jeunes. Il propose de l’argent à une des jeunes. Elle refuse. Elle a peur de lui et ne comprend pas son geste. Elle craint qu’il ne soit un pervers. On sent tout le fossé qui sépare cet homme de retour dans son pays et les jeunes qui ne l’ont pas quitté. Hao est devenu un étranger dans son pays d’origine (Capucine)

            Hao semble être resté dans le passé : il veut aider cette jeune fille car elle lui fait penser à son amoureuse perdue : on le voit à l’émotion qui le domine durant la scène. Cette idée est soulignée par le fait que c’est la même comédienne qui joue les deux rôles, celui de son amour du passé et celui de la jeune fille indifférente du présent. (Capucine)

            On voit qu’il a oublié la langue, il bute sur des syllabes et a du mal à se faire comprendre : il est comme un étranger au Vietnam, il en est réduit à utiliser l’anglais pour se faire comprendre  (Vassilis)

            Il peut s'agir d'un blocage : cela fait des années qu'il n'est pas revenu au pays, c'est un choc émotionnel qui l'empêche d'utiliser correctement sa langue (Corentin)

            Quand il était arrivé en France il refusait de parler français : il y a une sorte de retournement de la situation au niveau des langues, il est un étranger dans son pays natal (Hugo)

             

            UN MELODRAME

            La pièce joue sur l’esthétique du mélodrame : les musiques sont émouvantes, elles interviennent aux moments de grande intensité, les personnages pleurent abondamment (Marie-Antoinette par exemple), les amours sont déchirées. Ce choix fait écho à une prédilection des Vietnamiens pour ce genre, pour le goût des histoires qui font naître les larmes. (Vassilis)

            La pièce se termine par une chanson de Sylvie Vartan, chantée par Lam : « je vivrai pour nous deux ». C’est le genre de chanson triste qui fait monter des larmes. Ici, elle fait écho à la situation de Marie-Antoinette qui a vécu sans son fils mais en entretenant sa mémoire. A la fin, on la voit dans une tenue différente de d’habitude, une robe rouge qu’elle porte en l’honneur de son fils. C’est un moment à la fois mélodramatique par le choix de la chanson, mais le mélodrame est tenu à distance par le fait que la tristesse de la mère est traduite par une chanson, et qu’elle est chantée par une autre femme.  (Hugo)

            Le rythme de la pièce est placé sous le signe de la lenteur : celle des repas, des conversations parfois difficiles à comprendre, des traductions. Ce rythme renvoie aussi à ces vies faites d’attente : l’occupation française et américaine a séparé des êtres qui s’aimaient et qui ont passé leur vie à attendre.

             

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