Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 12/12/2017
      • AIRE DE JEU : Espaece (Perec/Aurélien Bory)

          • LIRE

            Au tout début du spectacle, six personnes sont face à nous éclairées par une lumière plutôt obscure, on se demande ce qu’il va se passer puis tout d’un coup la lumière s’allume, on les voit lire. Derrière eux, sur le mur gris, des phrases sont projetées : « Lire ». « Lire Espèces d’espaces ». Soudain, les lecteurs se retournent et découvrent la phrase suivante : « Le lire entier ». Ils ont l’air exaspérés. Ils se retournent à nouveau et lisent : « Ou plutôt : lire les premiers mots… ». « … les derniers mots ». « Lire la phrase la plus importante ». On a l’impression que ce sont les ordres d’un professeur de français qui s’adresse à ses élèves ! (Prune) Ou d’une puissance supérieure, divine. (Hugo)

            Après l’inscription « lire la phrase la plus importante », les lecteurs se tournent vers le mur et placent leurs livres dans des positions étranges. On finit par découvrir qu’ils écrivent, avec leurs livres, un mot : « VIVRE ». D’une manière complètement inattendue ils commencent à faire une phrase en écrivant des mots grâce à leur livres, en les tordant dans tous les sens… : « VIVRE C’EST PASSER D’UN ESPACE A UN AUTRE EN ESSAYANT LE PLUS POSSIBLE DE NE PAS SE COGNER ». Ce passage m’a particulièrement plu : écrire avec des livres au lieu de lire leur contenu, c’est un renversement inattendu.  (Prune, Léopold, Corentin, Hugo)

            ESPACE EPURÉ

            Ma première impression en entrant, avant même le début, c’est que le décor était très simple, pauvre, et finalement c’est la pièce qui nous fait découvrir ses fonctions, ses potentialités (Malo)

            On a l’impression que le mur gris est le mur de fond de scène, le mur du théâtre, que nous voyons la cage de scène. Puis on réalise que c’est précisément le mur qui est le décor. (léopold).

            Au début on voit de longues tringles se balancer, les acteurs s’y accrochent et avancent grâce à elles. Ils ne semblent plus humains, ils sont des fantômes, légers, mis en mouvement, le bruit était celui d’une horloge, comme des fantômes rattrapés par le temps. (Capucine)

            Sur le mur, il y a deux issues de secours qui évoquent l’idée d’échappatoire, d’issue entre un espace limité et un espace illimité. (Alice)

            UN ESPACE MOUVANT

            Le décor est mouvant, il contient plusieurs panneaux articulés. Des comédiens escaladent le mur, un autre les regarde sans rien faire, et une chanteuse marche, angoissée, sur fond de musique sourde. Ce mur tourne sur lui-même, les personnages le traversent en passant par les issues de secours. On a l’impression d’une catastrophe, ou bien d’une image du temps qui passe, quelque chose de mécanique. (Anouk, Corentin).

            Un homme et une femme sont enlacés et brusquement le mur les sépare (Corentin)

            La pièce suggère que l’espèce humaine était piégée par l’espace, que l’espace domine l’espèce humaine : chaque individu essaie de s’échapper de cet espace piégé, dangereux (Alice). La personne qui est restée en bas est prisonnière, elle ne peut s’enfuir.

            Une figuration du théâtre comme espace de transformation, qui peut être immense, minuscule, et faire exister tous les espaces ? (Léopold).

            La pièce travaille la dynamique du groupe et de l’individu : un groupe apparaît, puis il explose, ou disparaît, laissant un individu isolé (ils sortent par les issues de secours, en file indienne, ils se retournent, partent, et un homme seul reste sur scène, etc.) (Corentin)

            DOMINANT / DOMINÉ

            Au début, l’espace contrôle les personnes, puis les personnes s’adaptent à l’espace le contrôlent, le manipulent, le poussent (Anouk)

            Une entité (le mur) domine, elle est oppressante, elle est inconnue au départ et peu à peu ils voient comment elle fonctionne, son mécanisme, ils l’investissent, la comprennent et finissent par s’en servir, par la dominer (Malo)

            Ils se cherchent, se courent après, le mur les avale (Jade). Lorsque le mur avale les individus, il avance, il semble imposant, l’espace est écrasant et impose ses limites à l’humain. Chaque personne disparaît sous le mur, une dernière regarde le mur désemparé, il est minuscule, sans défense (Alice)

            Les personnages avaient l’air de pions sur un jeu (Anouk)

            PEREC

            Toute la pièce m’a fait penser au texte de Perec La Disparition : il y a une lutte entre une force terrible et les hommes, et quelqu’un disparaît (Tania).

            Un chanteur joue en onomatopées une histoire entière : il est un enfant qui joue à la guerre dans sa chambre, sa mère l’appelle pour venir manger, elle reçoit un appel et doit s’enfuir avec lui, il doit prendre le train, la quitter. C’est le récit d’une séparation (Jade). Cela fait écho au texte de Perec W ou le souvenir d’enfance, un récit qui alterne fiction et autobiographie : durant la guerre, sa mère l’a mis au train gare de Lyon pour l’envoyer à Villars-de-Lens, pour le protéger. Il ne l’a jamais revue car elle a été déportée. Elle a disparu. Le spectacle évoque cette disparition : on voit une silhouette de femme phosphorescente. C’est la trace d’un vide.

            ECRIRE

            A la fin, sur le mur devenu photosensible, un projecteur se déplace en inscrivant à différents endroits des lettres qui ne semblent pas avoir de sens : C C C E E I I R…

            Progressivement, nous voyons se former des mots : CREER LIRE CRIER REECRIRE ERRER comme une sorte de grands mots croisés.

            MELANGE DES FORMES

            Ce spectacle associe des chanteurs lyriques (une femme qui chante en allemand,  un Lied de Schubert « Der Leiermann », extrait du Voyage d’Hiver, un chanteur qui propose une incroyable création vocale à partir d’onomatopées), des danseurs, des circassiens et un travail de scénographie très novateur.

             

            Thématiques / Pistes de problématiques élaborées avec les élèves de 1ère :

            Espèce/espaces ; Groupe / individu / solitude : que nous dit ce spectacle sur l'impact que l'espace a sur les existences humaines ?

            Rapport homme / espace : Comment ce spectacle interroge-t-il la difficulté/la capacité de l'homme à trouver sa place dans l'espace ?

            L'espace est-il présenté comme une structure piégeante ou comme la possibilité d'une échappée ?

            Le renouvellement de la forme : en quoi ce spectacle interroge-t-il les frontières du théâtre ? (par le mélange des disciplines qu'il propose (danse, chant, cirque, arts visuels, musique), par sa manière de raconter sans parler, et de faire de l'espace un personnage)

            En quoi Espaece peut-il être interprété comme l'histoire d’une lutte ?

            La place de l’homme dans le monde, dans l’espace

            En quoi ce spectacle peut-il être interprété comme une réflexion sur la dynamique des contraintes (chères à Georges Perec) et comme un éloge de l'inventivité ?

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