Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 04/11/2019
      • CIRCULATIONS : projet de conduite + textes

          • CONDUITE POUR CIRCULATIONS

             

            LES CARTES : BAUDELAIRE : « Le Voyage » (Safiya, Karima)

            Deux élèves disent le poème au micro.

            Une carte est projetée au mur avec le vidéoprojecteur, la carte se projette sur le récitant. les autres allongés au sol, regardent leur carte du monde ?

            Puis moment chorégraphié ?

             

            LES CARTES : BOUVIER : L’Usage du monde : le projet de voyage (Noha/Domitille)

            Nicolas Bouvier écrit son journal intime.

            Tous les autres : Jeu chorégraphié avec les cartes papiers ?

             

            LES TOURISTES : LE GUIDE DE VOYAGE (Gabriel/Arthur) :

            Gabriel et Arthur guident chacun leur groupe de touristes  à travers la salle en disant le texte du guide de voyage (texte à proposer à partir d’un guide).

            Progressivement, les touristes se désintéressent de la visite et prennent des selfies.

             

            LA CARTE POSTALE DE VACANCES (Malou/Lélio)

            Malou et Lélio lisent les cartes postales qu’elles ont reçues (des messages un peu clichés, très courts, qu’elles doivent écrire elles-mêmes).

            Tous les autres font des images arrêtées de super moments de vacances

            Malou, Lélio + Victoria, Domitille)

             

            LE DÉBUT DES BARRIÈRES  : ZWEIG : Le Monde d’hier (Thomas/Zoé)

            Casey, dans un costume élégant, un peu ancien, raconte ses souvenirs

            Les autres : jeu avec de feuilles blanches.

             

            LES MIGRANTS ET LA PEUR : PEREC : Récits d’Ellis island (Blandine/Victoria)

            Victoria en statue de la liberté, d’abord muette et immobile, puis parlera (le texte en gras) sans bouger, puis finit par bouger.

             

            DISCOURS DE L’UNION EUROPÉENNE (Noha, Zoé)

             

            PASSER EN ANGLETERRE : DESOBEIR (Julien et Karima douaniers)

             

            PROCÈS : RAYMOND DEPARDON : 10e chambre, instants d’audience (Domitille/ Casey)

             

            LA VOIX DES MIGRANTS : Violaine SCHWARTZ : Papiers (Prune, Jeanne, Ondine, Alexandre, Blandine)

             

            DISCOURS POLITIQUES SUR LES MIGRANTS (Gabriel, Arthur, Casey, Alexandre, Safiya, VIctoria, Thomas, Ondine, Noha, Julien, Jeanne, Prune)

             

            NOS CABANES : MARIELLE MACÉ (Lélio, Malou)

             

            LE VOYAGE DE MES RÊVES (improvisation collective muette)

            Le safari, sous l’eau, sur la lune, paradis artificiels.

             

             

            LES CARTES : BAUDELAIRE : « Le Voyage » (Safiya, Karima)

            Deux élèves disent le poème au micro. Une carte est projetée au mur avec le vidéoprojecteur, la carte se projette sur le récitant. les autres allongés au sol, regardent leur carte du monde ? Puis moment chorégraphié ?

             

            Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,

            L'univers est égal à son vaste appétit.

            Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !

            Aux yeux du souvenir que le monde est petit !

             

            Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,

            Le coeur gros de rancune et de désirs amers,

            Et nous allons, suivant le rythme de la lame,

            Berçant notre infini sur le fini des mers :

             

            Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;

            D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,

            Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,

            La Circé tyrannique aux dangereux parfums.

             

            Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent

            D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;

            La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,

            Effacent lentement la marque des baisers.

             

            Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent

            Pour partir, coeurs légers, semblables aux ballons,

            De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,

            Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !

             

            LES CARTES : BOUVIER : L’Usage du monde : le projet de voyage (Noha/Domitille)

            J’examinai la carte. C’était une petite ville dans un cirque de montagnes, au coeur du pays bosniaque. De là, nous devions remonter vers Belgrade avec la vieille Fiat que nous avions retapée, pour continuer vers la Turquie, l’Iran, l’Inde, plus loin peut-être… Nous avions deux ans devant nous et de l’argent pour quatre mois. Le programme était vague, mais dans de pareilles affaires, l’essentiel est de partir.

            C’est la contemplation silencieuse des atlas, à plat ventre sur le tapis, entre dix et treize ans, qui donne ainsi l’envie de tout planter là. Songez à des régions comme le Banat, la Caspienne, le Cachemire, aux musiques qui y résonnent, aux regards qu’on croise, aux idées qui vous y attendent…

            Lorsque le désir résiste aux premières atteintes du bon sens, on lui cherche des raisons. Et on en trouve qui ne valent rien. La vérité, c’est qu’on ne sait comment nommer ce qui vous pousse. Quelque chose en vous grandit et détache les amarres, jusqu’au jour où, pas trop sûr de soi, on s’en va pour de bon.

            Un voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou qui vous défait.

             

            LES TOURISTES : LE GUIDE DE VOYAGE (Gabriel/Arthur) :

            Gabriel et Arthur guident chacun leur groupe de touristes  à travers la salle en disant le texte du guide de voyage (texte à proposer à partir d’un guide). Progressivement, les touristes se désintéressent de la visite et prennent des selfies.

            LE GUIDE : Dans ces lieux perchés oubliés de tous,

            découvrez la cité sacrée des Thraces : le fameux Perperikon.

            Ici planent les ombres du roi mythique Orphée et d’Alexandre le Grand.

            Lancez-vous à la découverte de cette cité,

            Placée au coeur d’une région aussi belle qu’attachante,

            au point de rencontre de l’Orient turc et de l’Occident hellénique :

            aux sources de notre Europe en quelque sorte.

            LE GUIDE : Pour le voyageur pressé,

            Vraca apparaît comme une ville industrielle sans charme et il peut n’avoir qu’une envie, celle de passer son chemin.

            Mais ce serait dommage : s’il sait aller au delà des apparences,

            il découvrira un agréable petit centre

            qui lui ménagera quelques sympathiques découvertes.

            Nous voici au coeur des Rhodopes,

            cette barrière naturelle dressée au sud de la Bulgarie, qu’elle sépare de la Grèce.

            Des paysages grandioses, des traditions jalousement préservées,

            de superbes ensembles de maisons :

            ici prime l’authenticité d’une région où l’hospitalité n’est pas un vain mot.

            Hôtel Pamporovo.

            Le hall en marbre de cet hôtel est impressionnant.

            Chambres bien tenues et nombreux services :

            bureau de change, école de ski, bain turc, sauna, jacuzzi, discothèque et bowling. Attention, les tarifs ont tendance à augmenter assez vite.

             

            LA CARTE POSTALE DE VACANCES (Malou/Lélio)

            Malou et Lélio lisent les cartes postales qu’elles ont reçues (des messages un peu clichés, très courts, qu’elles doivent écrire elles-mêmes).

            Tous les autres font des images arrêtées de super moments de vacances

             

             

            LE DÉBUT DES BARRIÈRES  : ZWEIG : Le Monde d’hier (Thomas/Zoé)

            Thomas et Zoé, dans un costume élégant, un peu ancien, racontent leurs souvenirs

            Les autres : jeu avec de feuilles blanches.

             

            La chute de l’Autriche produisit dans ma vie privée un changement que je crus d’abord tout à fait sans conséquence et que je considérai comme purement formel : je perdis mon passeport autrichien et je dus solliciter du gouvernement anglais, pour le remplacer, une feuille de papier blanc - un passeport d’apatride. (…)

            Rien peut-être ne rend plus sensible le formidable recul qu’a subi le monde depuis la Première Guerre mondiale que les restrictions apportées à la liberté de mouvement des hommes. Avant 1914, chacun allait où il voulait et y demeurait aussi longtemps qu’il lui plaisait. Il n’y avait point de permissions, point d’autorisations, et je m’amuse toujours de l’étonnement des jeunes, quand je leur raconte qu’avant 1914 je voyageais en Inde et en Amérique sans posséder de passeport, sans même en avoir jamais vu un. (…)

            C’est seulement après la guerre que le national-socialisme se mit à bouleverser le monde.

            Toutes les humiliations qu’autrefois on n’avait inventées que pour les criminels on les infligeait maintenant à tous les voyageurs. Il fallait se faire photographier de droite et de gauche, de profil et de face, les cheveux coupés assez court pour qu’on pût voir l’oreille, il fallait donner ses empreintes digitales (…)

            Toute forme d’émigration produit déjà par elle-même, inévitablement, une sorte de déséquilibre. Quand on n’a pas sa propre terre sous ses pieds on perd quelque chose de sa verticalité, on perd de soi-même. Le jour où mon passeport m’a été retiré, j’ai découvert, à 58 ans, qu’en perdant sa patrie on perd plus qu’un coin de terre délimité par des frontières.

             

            LES MIGRANTS ET LA PEUR : PEREC : Récits d’Ellis island (Blandine/Victoria)

            Victoria en statue de la liberté, d’abord muette et immobile, puis parlera (le texte en gras) sans bouger, puis finit par bouger.

             

            « La statue de la Liberté, qu’il observait depuis longtemps, lui apparut dans un sursaut de lumière. On eût dit que le bras qui brandissait l’épée s’était levé à l’instant même, et l’air libre soufflait autour de ce grand corps. » (Franz Kafka, L’Amérique).

            Être émigrant, c’était peut-être très précisément cela : voir une épée là où le sculpteur a cru, en toute bonne foi, mettre une lampe. Et ne pas avoir réellement tort. Car au moment même où l’on gravait sur le socle de la statue de la Liberté les vers célèbres d’Emma Lazarus :

            « Donnez-moi ceux qui sont las, ceux qui sont pauvres, / Vos masses entassées assoiffées d’air pur, / Les rebuts misérables de votre terre surpeuplée, / Envoyez-les-moi, ces sans-patrie ballottés par la tempête, / Je lève ma lampe près de la porte d’or…"

            toute une série de lois était mise en place pour tenter de contrôler et un peu plus tard de contenir l’afflux incessant des émigrants venus d’Italie du Sud, d’Europe centrale et de Russie. (…)

            Ouvert en 1892 sur un petit îlot de quelques hectares situé à quelques centaines de mètres de Liberty Island, le centre d’accueil d’Ellis Island marque la fin d’une émigration quasi sauvage et l’avènement d’une émigration officialisée, institutionnalisée et, pour ainsi dire, industrielle.

            De 1892 à 1924, près de 16 millions de personnes passeront par Ellis Island, à raison de cinq à dix mille par jours. La plupart n’y séjourneront que quelques heures ; deux à trois pour cent seulement sont refoulés.

            En somme, Ellis Island ne sera rien d’autre qu’une usine à fabriquer des Américains, une usine à transformer des émigrants en immigrants, une usine à l’américaine, aussi rapide et efficace qu’une usine à Chicago : à un bout de la chaîne, on met un Irlandais, un Juif d’Ukraine ou un Italien des Pouilles, à l’autre bout, après inspection des yeux, inspection des poches, vaccination, désinfection, il en sort un Américain.

             

            DISCOURS DE L’UNION EUROPÉENNE (Noha, Zoé)

            Bonsoir à tous, enfin bonjour.

            Hello !

            Je me présente, je m’appelle L’Union européenne,

            J’ai bien dit l’Union européenne hein ! Pas l’Europe, il faut pas confondre.

            Moi je suis l’Union européenne,

            Je suis une grande famille recomposée, qui contient 26 papas et 26 mamans

            Je suis demandée de toutes parts

            Je parle 24 langues officielles,

            J’ai beaucoup de qualités, quelques défauts aussi, mais surtout beaucoup de qualités : je suis sympa, je suis riche, je suis cultivée, et je suis Schengen

            Oui, depuis 1985 je suis Schengen, j’ai créé l’espace Schengen.

            Vous n’en faites pas partie ?

            Ah c’est dommage pour vous, parce que l’espace Schengen c’est formidable pour ceux qui en font partie

            On peut circuler comme on veut,

            On passe les frontières librement, sans passeport, trop fastoche,

            Pas besoin de visa pour aller à Pétaouchnok,

            Pas de tampons, les palmiers direct !

            Alors évidemment, on est une famille très demandée hein,

            C’est normal, on fait envie

            14 pays veulent entrer dans notre famille,

            C’est compliqué vous comprenez,

            En plus avec les divorces et compagnie, ça ne simplifie pas les choses,

            Là c’est l’Angleterre qui fait sa crise, qui veut la séparation,

            Déjà qu’elle nous embêtait avec l’euro, elle a toujours fait sa compliquée

            On a dû commencer une thérapie familiale parce qu’on ne s’en sortait plus.

            Comment ? Ah oui, vous avez raison ! J’ai oublié de parler de mon symbole.

            Alors j’ai un symbole magnifique, la classe vraiment : le drapeau bleu

            Avec les étoiles

            Une étoile par membre de la famille

            Enfin au début parce que maintenant on est trop nombreux, et puis ça changeait tout le temps alors on a eu la flemme de le refaire

            On n’est pas les Etats Unis quand même hein ?

            Voilà, alors tout ça pour dire que si vous faites partie des pays qui veulent entrer dans la famille, il va falloir attendre un peu parce que là, il y a trop de demandes, de grosses demandes (les pays), et de petites demandes (les migrants).

            Donc un peu de patience.

             

            PASSER EN ANGLETERRE : DESOBEIR (Julien et Karima douaniers, )

            DOUANIER FRANÇAIS- Vos papiers, monsieur.

            DOUANIER ANGLAIS- Hello sir. ID please. 

            DOUANIER FRANÇAIS- Il y a deux personnes dans votre camion.

            DOUANIER ANGLAIS- We found two Eritreans at the back of your van

            ROBERT LAWRIE- Oh merde, qu'est ce que c'est que cette histoire.

            DOUANIER FRANÇAIS : Ne vous inquiétez pas, ça arrive souvent. Reculez jusqu'à la ligne s'il vous plait, on va arranger ça.

            DOUANIER ANGLAIS : Don't worry it happens all the time, you'll probably get on the next ferry 

            ROBERT LAWRIE : Reculer ?

            DOUANIER FRANÇAIS- Oui, reculez jusqu'à la ligne. Ce ne sera pas long

            DOUANIER ANGLAIS : Can you just move back please 

            ROBERT LAWRIE- La ligne ?

            DOUANIER FRANÇAIS- Oui  reculez monsieur.

            DOUANIER ANGLAIS - Move back.

            ROBERT LAWRIE- Mais j’ai un ferry dans 20 minutes !

            DOUANIER FRANÇAIS- Sortez du véhicule Monsieur, il y en a pour cinq minutes, vous n'allez pas manquer votre ferry.

            DOUANIER ANGLAIS- Are you ok sir ?

            ROBERT LAWRIE- Je dois parler à quelqu’un. Il faut que je voie quelqu'un. Je dois prendre des médicaments.

            DOUANIER ANGLAIS- Calm down. You need your what ? Drugs ?

            ROBERT LAWRIE- Je dois parler à quelqu’un.

            DOUANIER ANGLAIS- He needs his drugs

            DOUANIER FRANÇAIS- Pourquoi tu parles de drogue ?

            DOUANIER ANGLAIS- Medication drugs.

            ROBERT LAWRIE- Il y a un enfant dans le camion.

            DOUANIER ANGLAIS- What child ? Your child?

            ROBERT LAWRIE- Y a une petite fille, qui dort, dans la couchette au dessus de mon siège ! J’ai peur qu’elle se réveille et qu’elle ait froid !

            DOUANIER FRANCAIS- Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

            DOUANIER ANGLAIS- What is she doing in your van ? 

             

            PROCÈS : RAYMOND DEPARDON : 10e chambre, instants d’audience (Domitille/ Casey)

            PROCÈS : RAYMOND DEPARDON : 10e chambre, instants d’audience (Domitille/ Casey)

            (la suite sera mise en ligne dimanche)

            JUGE : Vous êtes monsieur Kila Meran ou encore Kila Denko. Quel est le bon prénom ?

            PREVENU : Kilan Denko.

            JUGE : Vous êtes né le 19 janvier 1981 à Nouakchot à Maurice. À Maurice ou en Mauritanie ?

            PREVENU : En Mauritanie.

            JUGE : Qu’est-ce que Maurice vient faire là-dedans ?

            Votre casier judiciaire… on ne sait pas lequel est le bon. Quel était le prénom de votre père ?

            PREVENU : Kila Samba

            JUGE : Il ne s’appelait pas Hamad ?

            PREVENU : Non.

            JUGE : Quel était le nom de votre mère ?

            PREVENU : Kila Habi

            JUGE : Elle ne s’appelait pas Aminata Diop ?

            PREVENU : Non.

            JUGE : Vous êtes sûr de ce que vous êtes en train de nous dire ?

            PREVENU : Oui, sûr.

            JUGE : Bon. Vous êtes devant ce tribunal car on vous reproche d’avoir le 12 juin 2003 pénétré en France et séjourné en France sans être muni des documents exigés par la règlementation.

            On vous reproche enfin de vous être soustrait le 12 juin 2003 à une reconduite à la frontière décidée par un arrêté du préfet de Police de Paris du 16 février 2003

            qui vous avait été notifié le même jour.

            Pourquoi Monsieur vous êtes toujours en France

            alors qu’on vous a fait savoir que vous deviez repartir ? Expliquez nous.

            PRÉVENU : Ben j’ai essayé de faire les démarches

            mais même moi je sais pas ce qu’est ma nationalité.

            J’ai pas un papier pour présenter pour faire les papiers.

            C’est pour ça, ça fait six ans que je suis…

            JUGE : Où ils sont vos vrais papiers de Mauritanie ?

            PRÉVENU : Ma mère c’est une Mauritanienne mais mon père je sais même pas il est quoi.

            JUGE : Vous avez dit que vous êtes de nationalité française.

            Vous ne le dites plus ça ? Vous vous considérez comme de quelle nationalité Monsieur ?

            PRÉVENU : Moi je sais même pas c’est quoi ma nationalité.

            JUGE : Vous n’avez jamais su votre nationalité ?

            PRÉVENU : Jamais.

            JUGE : Vous êtes arrivé en France à quel âge ?

            PRÉVENU : A l’âge de 16 ans.

            JUGE : Avec vos parents ?

            PRÉVENU : Non. Avec quelqu’un qui ramène des gens.

            JUGE : Un passeur ?

            PRÉVENU : Voilà.

            JUGE : Vos parents étaient restés en Mauritanie ?

            PRÉVENU : Moi mon père je l’ai perdu à l’âge de huit ans. Je me souviens même pas.

            JUGE : Quand est-ce que vous avez quitté votre famille ?

            PRÉVENU : Ma famille ? 95 ? fin 95 ?

            JUGE : Oui. Donc un passeur vous a conduit ici alors que vous n’aviez que 16 ans

            et qu’est-ce que vous êtes devenu alors ?

            PRÉVENU : J’étais dans le foyer, je travaillais dans le foyer, je sors pas de foyer.

            JUGE : Vous travaillez dans la… forêt ?

            PRÉVENU : Je sortais pas du foyer.

            JUGE : Les « foyers » ? Ah oui ! Parce que les forêts, à Paris… Il est où ce foyer ?

            PREVENU : A Mantes.

            JUGE : A Mantes ?… Et vous n’avez jamais fait de démarche pour avoir un titre de séjour ?

            PRÉVENU : Non parce que j’ai pas des papiers pour présenter cette nationalité là pour faire réfugié politique.

            JUGE : Vous n’avez rigoureusement aucun document pour savoir un peu…

            votre Etat civil, votre identité ? Rien ? Ce qui veut dire que ça recommencera. Vous voulez comme ça continuer à rester en France dans ces conditions là  ou quoi, quel est votre… ?

            PREVENU : Non j’aimerais bien régulariser ma situation mais je n’ai aucun papier pour me présenter sur euh… pour avoir une carte de séjour.

            DÉLIBÉRÉ

            JUGE : DÉLIBÉRÉ : Le tribunal après en avoir délibéré et par décision contradictoire vous déclare coupable des faits qui vous sont reprochés et en répression vous condamne à 6 mois d’emprisonnement avec sursis vous êtes condamné également à une interdiction du territoire de trois ans ce qui veut dire monsieur qu’il faut maintenant vous prendre par la main et aller voir un service d’aide aux personnes étrangères sans papiers il en existe beaucoup de manière à faire le nécessaire pour partir car il n’est pas écrit dans la loi que c’est la France qui doit vous reconduire elle peut le faire mais ça n’est pas une obligation donc si vous ne partez pas ça peut être considéré comme de votre responsabilité. Vous avez compris ?

             

            LA VOIX DES MIGRANTS : Violaine SCHWARTZ : Papiers (Prune, Jeanne, Ondine, Alexandre, Blandine)

            RÉCIT DE VIE NUMÉRO 1 (Ondine)

            Besançon ?

            Ça s’est trouvé comme ça.

            Par hasard.

            C’est une belle ville.

            J’ai eu de la chance.

            Mais la langue est difficile.

            Je ne parlais pas un mot de français, je savais juste dire bonjour et maison;

            Je suis arrivée avec mes deux enfants le11 décembre 2001, ils avaient cinq et sept ans.

            Le chauffeur nous a laissés sur le bord de la route.

            Vous êtes en France, qu’il nous a dit, et puis il est parti.

            C’était déjà gentil de nous déposer là.

            On n’étais pas assez habillés pour décembre, il faisait froid.

            J’essayais de stopper les voitures pour savoir où j’étais.

            En France oui, mais où ? Où ?

            On a attendu longtemps et puis une femme s’est arrêtée.

            Elle comprenait l’anglais.

            Je vais vous emmener à Besançon, faut que vous demandiez l’asile.

            En passant sur le pont, je lui ai demandé le nom de la rivière.

            C’est le Doubs, qu’elle m’a dit, et elle m’a montré un panneau où c’était écrit : DOUBS.

            Mais c’est quoi toutes ces lettres ? On dit Dou et on écrit comme ça ?

            Elle nous a déposés vers le Secours catholique, rue d’Alsace.

            Là-bas, ils nous ont donné des anoraks et ils ont téléphoné à la PADA.

            La plate-forme d’accueil des demandeurs d’asile.

            Pourquoi vous êtes là, vous venez d’où ?

            On vient d’Arménie.

            Et vous êtes passés par où ?

            Par la Georgie. Et puis par la Turquie.

            Comment ?

            En camion, cachés derrière des cartons.

            Pour quelles raisons êtes-vous partis ?

            Il faut tout reprendre depuis le début.

            Sinon on comprends rien.

            Donc.

            Donc.

            Par où commencer ?

             

            RÉCIT DE VIE NUMÉRO 2 (Jeanne)

            J’ai dû tout laisser derrière moi

            J’ai dû tout recommencer à zéro.

            Le jour où je suis arrivé à Paris,

            Ce jour-là,

            J’ai tout de suite cherché Gare de l’Est parce que sur la route, on m’avait parlé d’un endroit où il y a plein d’Afghans qui s’appelle Gare de l’Est.

            Chez nous, tout le monde connaît le parc de la gare de l’Est.

            C’est plus célèbre que la tour Eiffel.

            Là-bas, en discutant, petit à petit, j’ai trouvé des amis.

            J’ai trouvé comment je pouvais prendre une douche, comment je pouvais trouver à manger.

            J’ai dormi six mois dans la rue.

            C’était presque l’été mais c’était dur quand même.

            J’étais pressé de demander l’asile en France.

            Je suis allé me présenter à France terre d’asile,

            J’ai fait la queue et j’ai pu obtenir un rendez-vous pour vingt jours après.

            Et ensuite, je me suis dit : faut que j’apprenne le français, très vite.

            J’ai acheté un cahier et un stylo pour apprendre dans la rue.

            Je demandais aux passants : Hello, how can I say Hello in French ?

            How could I say Goodbye ?

            Je travaille beaucoup pour bien parler la langue.

            Pour passer le diplôme.

            Et j’attends la réponse pour mes papiers.

            Je suis allé à la préfecture de la Cité,

            Ce jour-là ils ont pris mes empreintes et ils m’ont donné le cahier d’histoire.

            Pour raconter pourquoi on est venu.

            Le cahier qu’il faut envoyer à l’OFPRA.

            J’ai passé mon entretien le 26 août 2016.

            Ça fait plus d’un an déjà.

            Tout s’est bien passé, la dame m’a dit qu’elle m’enverrait la réponse trois semaines après, mais je n’ai toujours rien reçu.

            Je ne suis pas pressé.

            J’ai du temps pour bien apprendre le français.

            Pour bien connaître la société française.

            Je sais très bien qu’un jour, je vais avoir la réponse.

             

            RÉCIT DE VIE NUMÉRO 3 (Prune)

            Je suis arrivé à Paris le 1er janvier 2015,

            Je cherchais juste un pays pour vivre.

            Pour commencer à vivre.

            Sans religion.

            Avant de venir, je ne connaissais que le nom de la France

            Rien d’autre.

            Je suis parti de mon pays, l’Afghanistan, en juillet 2014.

            J’ai mis six mois pour arriver jusqu’à Paris.

            Je suis passé par tous les pays qu’il y a sur le chemin.

            Dans chaque pays, j’ai dû donner de l’argent pour passer la frontière.

            Puis j’ai pris un bateau pour aller en Grèce.
            C’est vraiment dangereux, il y a des courants très forts.

            Mais on est obligés de choisir :

            Rester chez nous dans les difficultés;

            Ou aller dans un autre pays mais peut-être mourir en route.

            Peut-être tomber dans l’eau.

            Il faut décider.

            Si oui ou non.

            Je suis resté trois mois en Grèce.

            Je me suis fait attraper plusieurs fois par la police.

            J’ai pris des coups de pied.

            Des coups poing.

            Ils tapaient fort.

            Un jour, j’ai réussi à passer. C’était un camion de kiwis.

            J’avais déplacé les cartons de fruits pour me cacher derrière.

            Trente-huit heures, je suis restée dans ce camion fermé.

            Trente-huit heures.

            Toutes les demi-heures, ils allumaient le froid.

            On était deux dans les kiwis, mais l’autre, il est parti en Finlande.

             

            4/DE L’HOSPITALITÉ : LA CHAMBRE D’AMIS (Blandine)

            Tout le monde sait qu’il y a des gens qui se noient dans la mer,

            Des gamins qui dorment sous les ponts,

            Des arrestations arbitraires et violentes,

            Il suffit de regarder autour de soi à Paris,

            Il suffit d’allumer la télé,

            Mais d’une certain manière, ça reste une abstraction.

            Trois cent mille personnes.

            Ça reste un chiffre.

            Difficile à incarner.

            C’est mieux qu’une ignorance, mais c’est un savoir abstrait.

            Les choses prennent sens quand elles prennent corps.

            Ici, on est en démocratie.

            On s’en remet aux autorités compétentes pour assumer les problèmes liés aux sans-papiers.

            Or, on voit bien depuis quelques années que l’Etat n’assume pas ses devoirs.

            Il ne respecte pas les conventions qu’il a signées.

            Il entrave ceux qui assument ce rôle de l’Etat, dans la société civile.

            Je me rappelle une vieille dame à Calais qui accueillait des gens dans la rue,

            Ça lui semblait naturel,

            Elle a été condamnée très lourdement, comme passeur.

            Et donc quand ces histoires-là se répètent, à la fin, tu te dis :

            Et toi-même, que fais-tu ?

             

            5/FRANÇAIS LANGUE D’ACCUEIL (Alexandre)

            Je traversais le jardin Villemin tous les jours mais je ne les voyais pas.

            Par moments, c’est étrange, on est aveugle.

            On passe à côté ou on est occupé par autre chose.

            Mes enfants étaient en train de grandir, je ne les voyais pas.

            Ils étaient posés dans une partie du parc,

            Toujours la même partie du parc,

            Presque comme des fleurs.

            Et tout à coup,

            Je les ai vus et je me suis sentie coupable.

            Je comprenais ce qu’ils disaient parce que je parle le dari.

            Dari-farsi, c’est presque la même chose.

            J’ai décidé de créer un petit-déjeuner tous les samedis

            J’allais les chercher dans le parc :

            Venez, il fait froid, venez.

            J’étais la seule à pouvoir leur parler dans le groupe.

            On a eu beaucoup de succès.

            Petit à petit, au lieu d’avoir soixante personnes, on en a eu deux cents et tout ce monde faisait la queue

            Ce n’était pas ce qu’on voulait.

            Donc au bout de six mois, on a arrêté cette expérience.

            C’était trop difficile.

            Mais ça continuait à me trotter dans la tête, alors j’ai eu l’idée de mettre en place des cours de français.

            Est-ce qu’il y a des personnes qui seraient intéressées ?

            On était cinq, six profs, en tout.

            On avait plein d’idées.

            Je suis allée chercher les Afghans dans le parc mais ils étaient assez méfiants.

            C’est une folle qui veut nous amener je sais pas où.

            Finalement, un petit groupe nous a suivis et on a commencé, tous les samedis.

             

            DISCOURS POLITIQUES SUR LES MIGRANTS

            (Gabriel, Arthur, Casey, Alexandre, Safiya, VIctoria, Thomas, Ondine, Noha, Julien, Jeanne, Prune)

            Pendans les discours, les élèves qui ne jouent pas un homme politique construisent une grande cabane sur scène, avec tout ce qu'ils trouvent dans l'armoire (draps, morceaux de carton, sacs poubelles, etc.)

            Jean Luc Mélenchon

            Marine Le Pen

            Emmanuel Macron

            Emmanuel Vals

            Pape François

            Edouard Philippe

            Représentation association

            Obama (à donner à Karima ?)

            Dominique Volleton député européen

            Matteo SALVINI (Prune) :

            Merci, merci vraiment de tout cœur, merci !

            Ici c’est ma maison ici c’est votre maison. […]

            Ici il y a de l’amour. Il n’y a pas d’envie, pas de jalousie. […]

            La vie est trop courte pour perdre son temps à haïr. 

            Le bonheur d’un peuple prime, en fait, sur le bonheur DES peuples, DES peuples.

            Même dans le catéchisme de l’église catholique on trouve ceci : « Les nations les plus riches sont tenues d’accueillir l’étranger dans les limites du possible »

            Et je pense qu’en Italie, les limites du possible ont été atteintes ! [Applaudissements

            Donc, les portes de l’Italie ne seront plus ouvertes que pour les femmes et les enfants qui fuient la guerre et qui arriveront en Italie par avion et non sur des bateaux pneumatiques !

            Pour tous les autres la solution est de les aider à grandir et  à travailler chacun dans son pays. Argent dépensé en Afrique, argent bien dépensé.

            Nous avons un objectif très clair.

            Viva la Lega, viva il popolo di Pontida ! Gracie a tutti.

            Trump 

            Georges Marchais

            Michel Rocard

             

            NOS CABANES : MARIELLE MACÉ (Lélio, Malou)

            (La construction de la cabane se poursuit. A un moment, deux des politiques qui sont contre les migrants viendront détruire la cabane. Les élèves qui l'ont construite s'écartent sans résister. Après un temps de silence et d'immobilité, ils ramassent les débris. Peut-être en construisent-ils une autre ailleurs ?)

            Faire des cabanes : imaginer des façons de vivre dans un monde abîmé. Trouver où atterrir, sur quel sol réprouvé, sur quelle terre repensée. (…) Pas pour se retirer du monde, s’enclore, s’écarter (…) Mais pour leur faire face autrement, à ce monde-ci et à ce présent-là, avec leurs saccages, leurs rebuts, mais aussi leur possibilité d’échappées.

            Faire des cabanes aux bords des villes, dans les campements, sur les landes, et au coeur des villes, sur les places, dans les joies et les peurs. Sans ignorer que c’est avec le pire du monde actuel (ses refus de séjours, ses expulsions, ses débris) que les cabanes souvent se font, et qu’elles sont simultanément construites par ce pire et par les gestes qui lui sont opposés.

            Faire des cabanes pour occuper autrement le terrain; c’est-à-dire toujours, aujourd’hui, pour se mettre à plusieurs. Surtout pas pour prendre place, se faire une petite place là où ça ne gênerait pas trop, mais pour accuser ce monde de places, de places faites, de places refusées, de places prises ou à prendre.

            Faire des cabanes (…) sans jouer aux nomades ou aux démunis quand justement on ne l’est pas. Mais pour braver ces précarités, leur opposer des conduites et des convictions. Des cabanes qui ne sauraient soigner ou réparer la violence faite aux vies, mais qui la signalent, l’accusent et y répliquent en réclamant très matériellement un autre monde, qu’elles appellent à elles et que déjà elles prouvent.

             

            LE VOYAGE DE MES RÊVES (improvisation collective muette, tous) sur une chanson

            Le safari, sous l’eau, sur la lune, paradis artificiels…

             

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