Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 29/11/2016
      • COMMENT RESTER A L'UNISSON ? Rumeur et petits jours (Raoul Collectif/Théâtre de la Bastille)

          • C’est un spectacle drôle et qui change des pièces qu'on a vues jusqu’ici ! On sent qu'il s'agit d'un collectif dans le sens où ils jouent vraiment ensemble, où ils créent tout ensemble. (Camille)

            J'aime cette pièce : on rit, on ne réfléchit pas tout de suite à tout, mais en repartant, on découvre un grand nombre de sens possibles (Lilou)

            Le spectacle donne une impression d'éclatement, d'absence de lien entre les différents moments. J’avoue qu’à chaque changement de tableaux ou de thèmes, j'étais un peu perdue ! (Sarah)

            Tout au long du spectacle, j'ai essayé de chercher des sens "cryptés", ensuite, je revenais à l'action immédiate qui m'amusait beaucoup. (Aurélien)

            Il y a beaucoup de choses que je n'ai pas comprises sur le moment, ou que je trouvais bizarres, et puis peu à peu, j'ai accepté cette étrangeté et j'ai éprouvé le plaisir du spectacle. Il y a un vrai plaisir de la musique, du chant, des sons. (Lorraine).

            J’ai beaucoup aimé cette pièce pour sa drôlerie et sa loufoquerie, pour ses moments un peu fous : le son du soleil, le poème, l’idée de montrer un diaporama lors d’une émission de radio et l’invitation d’une Idée puis la tentative pour la tuer. (Marion)

             

             

            LE SENS D'UN TITRE

            "Petit jour" peut être mis en parallèle avec l'expression "le grand Soir" qui désigne l'horizon révolutionnaire. (Lorraine) Les petits jours concernent leur petit groupe : ils sont en désaccord, ils ont des idées opposées et ils commencent à se rebeller. (Marion)

            Après l'attente du grand Soir qui n'arrive finalement pas, tous les jours sont "petits jours" un peu décevants (Jules). Après l'échec du grand Soir, il reste malgré tout la possibilité de vivre de petits jours, de modifier les choses par petites étapes (Marion). Une émission quotidienne ne permet pas le grand Soir, mais elle permet des « petits matins » (Jules)

            ÇA COMMENCE ?

            Un acteur est sur scène, il fume. Il est assis, il semble tranquille, il a l'air de faire sa pause cigarette. On ne sait pas si le spectacle a vraiment commencé ou pas. Cela crée un léger trouble (Camille)

            On a l’impression que même s’il n’y aucune action sur scène, il y a pourtant déjà un lien avec le public. C’est amusant de commencer par un temps d’attente. Il ne se passe rien de spécial et pourtant on ne peut pas s’empêcher de regarder ce comédien. (Lorraine)

            On entend une musique de jazz. Il fume. Il écoute avec attention, comme s'il était chez lui. Cela établit une sorte d'intimité (Jules)

            D'autres comédiens arrivent, s'installent à une table face à nous. Cinq micros. L'un d'eux règle la hauteur de la rampe lumineuse qui est accrochée au dessus d'eux. La rampe descend, mais elle ne s'arrête pas, et elle risque de les écraser. L'un d'eux tape sur le générateur pour arrêter la descente qui les menace. La lampe s'arrête enfin, au dernier moment, ce qui évite la catastrophe. C'est un drôle de début ! (Sarah)

            Ce problème technique attire notre attention de manière soudaine. Cela suggère aussi leur désorganisation : cette radio a l'air de tomber en ruine, un peu comme leur émission (Camille)

            On entend "Antenne dans trois minutes". Cela crée un effet d'attente, pour eux, et pour nous.

            On entend ensuite "Epigraphe" : c'est le titre de l'émission. Le titre est prononcé de manière un peu précieuse, assez ridicule, comme s’ils se donnaient de l’importance. On rit dans la salle. (Lorraine)

            La musique, les vêtements, les cigarettes, le télex, les diapositives, tout peut nous faire penser que c'est une émission de radio des années 1970 cependant les comédiens abordent tout le long de la pièce des sujets encore traités de nos jours. La pièce porte un regard sur l’époque actuelle tout en opérant un léger déplacement dans le temps pour emprunter des formes des années 1970, années de forte opposition idéologique. (Camille)

            UN GROUPE / DES INDIVIDUS

            Tous les cinq sont assis côte à côte à la table de radio : ils forment un groupe, travaillent depuis longtemps ensemble, défendent un projet d'émission ambitieux : parler de la beauté. Tous sont pourtant très différents :

            Il y a Jacques, au centre : chemise, cravate, moustache, air sérieux. Il est grand, très réservé, il prend très peu la parole (il est silencieux pendant 20 minutes, une vraie leçon d’écoute !). Il a l'air timide, passif. Il préfère éviter de prendre la parole. On a l'impression qu'il est habitué à ces querelles sans fin. Rien ne le choque. C'est un contemplatif. (Bastien)

            Il y a Claude, habillé en rouge, situé à jardin, donc à gauche pour le spectateur et à gauche... politiquement. Il a des positions radicales. Il est assez nonchalant. Il fume tout au long de l'émission. C’est une sorte de figure de l'intellectuel ou du poète. Il a un petit côté Gainsbourg (Yann)

            Il n'intervient pas très souvent. Il écrit : il prend en notes ce que disent ses collègues. Il en fait des "synthèses" à certains moments, qui sont des textes totalement fous, à la manière de poèmes surréalistes, ou de pages d'écriture automatique, qu'il lit avec une intensité burlesque (Joseph).

            A côté de lui, Robert : il parle vite, il est très excité, il a quelque chose de précieux dans sa diction. Il est très direct, assez agressif. C'est une sorte de caricature du militant radical. Il porte un pull vert à col cheminée. Il tient des discours très politiques. Il perd parfois le contrôle de lui-même jusqu’à en venir aux mains avec l’un de ses collègues. (Bastien)

            Jean-Michel a des moustaches et porte une veste. C'est lui qui lance l'émission, qui donne la parole aux autres, qui parle le plus.

            Jules est placé à cour. Barbu, petit, chevelu, il prend largement la parole. Il est assez nerveux.

             

            LA CRISE

            On comprend dès le début qu’il y a une situation de crise : l'un des journalistes annonce que c'est leur dernière émission (la chaîne est en désaccord avec « leur ligne éditoriale ambitieuse ») ce qui lance un débat : faut-il changer le déroulement de l'émission ou pas ? A partir de cette question et de cette crise à laquelle le groupe est confronté, le caractère singulier de chaque personnage va se manifester. (Yann)

            On a le sentiment que le groupe implose. Ils ont été unis pour faire 365 émissions et cette menace de disparition de l’émission les conduit à s’autodétruire : on les entend se critiquer les uns les autres (Léah)

            Le moment où celui qui porte un pull vert dénonce les agissements d’un ancien ami et où il prend « seul une responsabilité collective » montre comment un groupe dans des moments difficiles peut facilement se désolidariser. On en a un autre exemple lorsque Jacques nous présente ses « diapositives radiophonique » : il se fait lyncher par ses camarades qui sabotent son exposé (Jules)

            Mais les chroniqueurs ne peuvent s’empêcher de faire des commentaires en liaison avec leur mécontentement comme ils nous le montrent avec leurs poèmes. Bientôt, le matériel ne marche plus, les lumières s’éteignent et la machine électrique ne fonctionne plus. Cela entraîne de plus en plus la zizanie, ils détruisent une table, se battent entre eux, et deux d’entre eux finissent par dire du mal des autres dans leur dos. (Marion)

             

            LES AUDITEURS/LE PUBLIC

            Les auditeurs de la radio sont invités à communiquer avec les journalistes, à poser des questions, à envoyer des textes. Peu à peu on comprend que ces auditeurs se limitent à une femme : "Jeanine".

            A certains moments, des télex arrivent, avec un petit bruit d'impression (le télex crée un effet d'époque année 1970). Ces télex qui sont lus donnent l’impression d'un dialogue avec le hors scène. Cela annonce l'échange avec le public qui aura lieu plus tard. (Joseph)

            Parmi les messages de Jeanine, un récit sur une vache et un cheval dans un pré, avec un petit garçon. Le texte est lu par Jules mais tous les autres l’interrompent pour lui donner des conseils de diction et de rythme. Il est repris sans cesse sur son débit, comme s'il s'agissait d'un texte de Racine ou de Baudelaire. A chaque fois, il recommence sa lecture. C’est une sorte de parodie de cours (d'école ou de théâtre ?). Ils accordent une importance complètement démesurée à ce texte qui est pourtant totalement plat. (Yann)

            Par la suite, ce texte est interprété par chaque chroniqueur de manière philosophique, ou poétique, ou politique, ou psychanalytique, etc. dans un long délire interprétatif. On peut y voir une satire du travail d'interprétation des textes littéraires lorsque les interprétations vont trop loin. C'est une première façon pour ces cinq hommes de s'opposer : ils ont des lectures opposées d’un même texte. (Bastien)

             

            ESPECES EN VOIE D’EXTINCTION

            A un moment, Jacques se lève pour faire un exposé sur les animaux en voie d'extinction et montre une suite de diapositives (alors qu'il s'agit d'une émission de radio !) : la taupe au nez étoilé, un chien-gazelle aux longues pattes, une tortue à carapace molle, le blockfish : une sorte de poisson gélatineux, une xolote, un petit singe aux grands yeux étonnés… On peut y voir une caricature des émissions animalières sur arte. C'est un moment décalé et totalement ridicule : les commentaires sont attendris, les animaux sont grotesques : à chaque nouvelle diapositive, le public éclate de rire devant la laideur, l’étrangeté ou l’air effaré de ces animaux qui sont présentés comme des merveilles. (Yann)

            A chaque nouvel animal, les autres présentateurs font des commentaires : "est-il conscient d'être en voie de disparition ?", "projetait-il de mettre fin à ses jours ?", "à quoi sert une carapace molle ?". Leur ton est sérieux, intellectuel, ils ont l'air passionnés par le sujet, alors que leurs questions sont drôles tant elles se prennent au sérieux. C’est un grand moment burlesque. Le conférencier semble investi par son sujet, touché, militant. C'est une sorte de poète (ridicule) du monde animal. (Bastien) On se demande si ce ne sont pas eux, finalement, les espèces en voie d’extinction, ces chroniqueurs-philosophes un peu allumés dont la radio ne veut plus et dont l’émission va disparaître…(Lou)

             

            L’INVITEE : TINA  

            Acronyme de "There is no alternative", TINA est l'invitée virtuelle du spectacle : c'est une idée. Jean-Michel met une  perruque blonde et déclare qu'il est "TINA". On évoque à son sujet Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Elle est l'incarnation burlesque de l'ultralibéralisme. Le public est invité à lui poser des questions. Peu de gens osent le faire. Face à cette Tina, ils sont à nouveau unis en dépit de leurs divergences. (Joseph)

            Les présentateurs tentent de la tuer au sens propre du terme mais ils n’y arrivent pas car cette idée est trop ancrée dans les esprits pour qu’on puisse s’en débarrasser, elle ne peut pas être supprimée car c’est la principale Idée de notre société. (Marion)

            A un moment, les cinq chroniqueurs entonnent en chœur une chanson: « Cielito lindo » dont le refrain et : "cantas y no llores" (« chante, ne pleure pas »). C’est une manière d’être à nouveau ensemble, à l’unisson. Le choix de ce texte est aussi une sorte de commentaire de la situation : une situation désespérée devant laquelle on refuse de se laisser aller au désespoir : alors on chante. (Joseph) A un autre moment, ils jouent en quintette : ils ont des instruments de tailles différentes, mais tous jouent du tuba. C’est une autre manière d’être différents en étant unis (Dan)

             

            LE DESERT DE SEMOULE

            Après avoir essayé de tuer cette TINA sans y parvenir, les cinq journalistes annoncent : « Plan B » et se mettent à courir dans tous les sens. Ils sortent des coulisses d’énormes sacs de semoule, des pelles et une brouette et se mettent à jeter de la semoule partout, comme s’ils recouvraient le plateau de sable. On entend une musique entraînante d’Herb Alpert (« Bittersweet samba ») qui a quelque chose d’une musique de cirque. Le public est complètement désarçonné et ébahi, tout le monde rit devant cette vision à la fois absurde (les auditeurs de la radio ne peuvent rien voir) et apocalyptique (il y en a partout, y compris sur le premier rang de spectateurs). C’est un moment extrêmement drôle et agité, un moment de délire qui sera ensuite suivi d’un autre tableau, étrange et calme, qui ressemble à un rêve ou à une image surréaliste : l’apparition de la vache et du cheval. (Lou)

            Cette apparition finale renvoie au début du spectacle, au texte qui a été lu et tellement commenté, et qui racontait l’histoire d’une vache et d’un cheval dans un pré. L’un des journalistes a imaginé ce qui se passerait si une sécheresse brûlait l’herbe : les deux animaux se feraient sans doute la guerre. A la fin de la pièce, on nous montre la vache et le cheval dans leur pré sec (Apolline)

            D’une certaine manière, ils mettent en scène la fin de l’histoire entre le cheval et la vache et la commentent : la vache caresse le cheval avec sa queue. L’un des journalistes arrive et les voit. Les deux animaux l’entourent affectueusement, et cela se finit sur cette image de cohabitation pacifique (Pauline)

            On a bien l’impression que le journaliste qui vient les voir est en direct : il porte une lampe rouge, comme celle qui est chargée de signaler le direct dans le studio. On peut imaginer que cet homme, c’est le 5e journaliste dont les autres ont parlé au début, qui est parti, et qui est à la recherche d’espèces disparues (Elian)

            La fin est construite sur un fort contraste entre le moment délirant et presque enfantin de la semoule durant lequel l’apparence de ces cinq hommes se transforme complètement et le calme de la fin. Dans ce plateau recouvert de semoule, on voit apparaître le désert dont ils ont parlé à plusieurs reprises, un désert mexicain (Apolline et Pauline)

            La scénographie a fortement évolué entre le début et la fin du spectacle : l’ancestral studio et ses équipements se dégradent en même temps que l’unité du groupe. Lorsque la lumière saute, il se forme deux groupes ceux placés à droite s’en vont et les deux de gauche reste et critiquent leurs camarades puis Bruxelles rêvant d’une société alternative. Le studio reflète l’état du groupe. A la fin il ne reste plus qu’un chandelier lévitant au-dessus du studio saccagé. (Jules)

             

             

             

             

             

             

             

             

          • RUMEUR 1.jpg