Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 07/10/2019
      • COMPTE RENDU DE MISE EN SCENE : Atelier (Théâtre de la Bastille/tgSTAN)

          • Atelier (Jade)

            Il est plutôt facile de montrer un cuisinier préparer un nouveau plat. Mais est-ce si simple de montrer un comédien préparer un nouveau rôle ? Est-ce que déjà, tout le monde a conscience de ce qu’est le travail d’un comédien ? L’acteur est un artiste et il doit pour maîtriser son art travailler, répéter. Tg STAN dans ATELIER a voulu nous montrer le travail du comédien, dans son atelier bien sûr, car comme chaque artiste le comédien en possède un. Pour cela, les trois comédiens ont fait le choix de présenter ce travail de façon abstraite c’est-à-dire a travers une réalité imagée ce qui permet au spectateur d’avoir une interprétation assez libre. On peut donc se demander quelle est la place du spectateur dans ce dispositif ?

             

            I. Le public fait face à un désordre total

             

            Dès l'entrée dans la salle nous sommes surpris car le public est divisé en deux parties opposées qui se font face : le dispositif est bifrontal et ne laisse qu’une très petite place aux comédiens pour jouer. Tout d’abord les comédiens construisent la scène sur laquelle ils joueront en disposant de manière régulière des caisses en plastique, ils jetteront ensuite de manière violente des planches de bois qui constitueront le plateau. Cette scène est pour le spectateur légèrement agressive puisque les bruits sont fracassants et qu’il se dit qu’à tout moment l’une des planches de bois peut se casser et le toucher. Plusieurs fois dans le spectacle les acteurs vont jouer avec des projectiles, en lançant des éléments les uns sur les autres, ou encore en renversant des sauts entiers d’objets sur cette étroite scène. Il y a eu d’ailleurs à plusieurs reprises des objets qui ont atteint le public. Cette agitation donne l’impression que les acteurs sont entièrement submergés par leurs actes et qu’ils ne maîtrisent pas leurs gestes, comme s’ils étaient en improvisation.

            La disposition des spectateurs en face à face les confronte en permanence à la réaction des autres spectateurs. Ainsi les spectateurs d’en face font partie du spectacle lui-même, certains rient, d’autres sont outrés, ou ont un peu peur etc... On peut supposer que le metteur en scène a choisi cette disposition pour mettre en évidence les réactions du public bien que celui-ci lui soit inconnu, dans un esprit d'imprévision total.

            De plus on peut faire l’hypothèse que ce dispositif a pour objectif d’illustrer le chaos, et le désordre auquel fait face un comédien en travaillant. Il est vrai que le comédien en s'entraînant a face à lui un grand nombre de possibilités ce qui peut donner une allure chaotique a son travail. Ainsi on peut voir dans la pièce une illustration du cerveau du comédien qui réfléchit aux multiples possibilités qu’il a : quelle démarche a mon personnage ? A-t-il des tics ? Comment dire cette réplique ? Le public vit donc à travers le spectacle les différentes étapes du travail du comédiens et fait face au désordre que peut engendrer ce dernier, mais qui cependant donne finalement quelque chose de concret ; dans notre cas : une représentation

             

            II. Un chaos qui raconte le travail du comédien

            Vers la fin du spectacle une vidéo est projetée : un homme parle et fait allusion au chaos auquel nous faisons face et dit “Tout ce que vous avez vu a été voulu et chorégraphié”. C’est alors que nous remettons en question tout ce que nous avons vu. Tous les actes que nous pensions uniques et spontanés étaient en réalité totalement prévus et donc malgré les apparences entièrement orchestrés. De plus nous pouvons après reconsidération de la pièce nous remémorer qu’au début du spectacle les acteurs ont disposé à des endroits sur la scène des objets quelconques (vaisselles, chaussures, nourriture …), et nous rendre compte que chacun de ces objets posés a servi par la suite, et que par conséquent les objets disposés et leurs emplacements s’étaient parfaitement choisis. Comme par exemple les théières posées au milieu de la scène ont servi à la construction de quelque chose qui ressemblait à une porte, la construction de cette porte fut d’ailleurs totalement improbable, pour les spectateurs, elle ne fut qu’un enchaînement de gestes sans cohérences, comme par exemple mettre de la peinture partout sur une bâche, clouer la bâche sur un morceau de bois ou encore couper la bâche, le laissant perplexe. Mais de manière totalement surprenante cet enchaînement finit par donner quelque chose de concret. Ce phénomène se reproduit plusieurs fois pendant le spectacle, ces moments sont donc comme une invitation au spectateur pour qu’à son tour il devine ou imagine la signification de ces mouvements et enchainements. Nous comprenons que les comédiens cherchaient à concrétiser le fait que le travail de l’acteur se construit à tâtons mais pas au hasard et que même si la construction parait chaotique le résultat ne l’est pas.

            De plus si les acteurs nous donnent l’impression qu’ils ne font pas attention aux mouvements et aux gestes de leurs partenaires, ils sont en réalité tous parfaitement coordonnés. Ce qui fait écho à la vidéo où le terme « chorégraphier » est employé comme pour mettre en évidence la juste synchronisation et le parfait enchaînement des gestes des acteurs. Par ailleurs le fait que le spectacle soit entièrement muet et parfois accompagné de musique nous rappelle aussi l’art de la chorégraphie.

             

            On peut donc en conclure que dans ce spectacle déroutant où s’entremêle l’imprévu, l’improvisation, une succession d’expérimentations fructueuses ou non, le spectateur comme le comédien vont se livrer à une interprétation personnelle de l’œuvre et réussir à se l’approprier. Ainsi, l’Atelier, mis en scène par le collectif belgo-néerlandais tg STAN est une pièce qui derrière un apparent chaos révèle une harmonie et livre les secrets de l’expérimentation créatrice du travail artisanal de comédien.J’ai apprécié le spectacle, car j’ai personnellement beaucoup aimé la liberté d’interprétation que nous avions. Cela m’a donné l’impression de participer à la représentation.

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