Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 14/10/2017
      • DANSER DANS LE SILENCE : TROIS SOEURS (Tchekhov/Kouliabine/Odéon)

          • TROIS SŒURS (Tchekhov/Kouliabine/Théâtre de l’Odéon-Aterliers Berthier)

            LE BRUIT ET LE SILENCE

            En allant voir cette mise en scène des Trois Soeurs, comme je savais qu’elle serait en langue des signes, je m’attendais à un spectacle totalement muet. Ce qui est surprenant en réalité, c’est qu’il y a du bruit, beaucoup de bruits, les comédiens jouent sur ces bruits, ils les accentuent (Hugo, Corentin)

            Dans le premier acte, lors de la fête d’Irina, un ami lui offre une toupie, comme si elle était une petite fille. L’ami qui lui fait ce cadeau affirme que la toupie a une sonorité étonnante. On se demande comment ils vont l’entendre. Tout le monde s’assoit autour de la table. Il lance la toupie et tous collent leur oreille contre le bois de la table. L’éclairage s’assombrit. On se concentre et on entend le son de la toupie. Eux sentent les vibrations du jouet traverser la table. C’est un des rares moments de calme. Tout semble s’arrêter (Prune, Corentin)

            Plus tard, les sœurs et leurs amis veulent faire la fête. Ils placent une enceinte par terre et lancent une musique techno très forte. Pour en sentir le rythme, ils placent leurs mains sur l’appareil avant de se mettre en mouvement. Ils se lancent dans une danse très en accord avec la musique, c’est un vrai moment de fête, joyeux et énergique. Mais à un moment, quelqu’un coupe la musique. Comme ils n’entendent pas, ils continuent à remuer dans le silence. Cela crée une scène étrange et assez ridicule pour le public : on est un peu apitoyés de les sentir aussi décalés. (Hugo).

            MURS INVISIBLES

             Le plateau représente la maison des Prozorov. Les pièces de la maison sont symbolisées par des bandes blanches au sol dans lesquelles sont placés certains meubles. Cela fait écho aux bâtiments dans lesquels on va aménager une maison, c’est comme une maison en construction, et qui n’aurait  jamais été terminé (Vassilis)

            Ces bandes blanches montrent qu’entre les membres de la famille il n’y a pas d’intimité : toute la maison est au courant de tout ce qui se passe. Il n’y a pas de secret ; quand les bandes deviennent fluorescentes, c’est le début de complot dans la famille (Léah)

            Ces lignes étaient bien respectées au début, puis au fur et à mesure les comédiens passent au travers, comme si cette maison hypothéquée en raison des dettes d’Andréi, disparaissait. Les Sœurs vont la quitter. A la fin, on voit des valises, les bandes n’existent plus (Léa)

            On avait l’impression de les observer tout le temps : l’action se passe dans le salon mais on les voit dans les chambres. On n’était pas concentrés uniquement sur ceux  qui étaient dans la scène principale, on était intéressés aussi par ceux qui étaient dans la chambre, qui dormaient, par André qui joue du violon, Natacha qui range ou s’occupe du bébé, = qui se fait belle (Tania) Natacha est le seul personnage extérieur à ce qui se passe pour le collectif dans la maison, pour la famille (Lorraine)

            Cette scénographie fait que nous recevons beaucoup d’informations simultanées, en plus de la traduction : le fait de voir plusieurs scènes simultanées nous oblige à faire un choix (Léa) D’autant que comme il n’y avait pas de bruit de paroles, on n’était pas attirés forcément par la scène principale. On prend conscience parfois un peu tard de ce qu’il se passe au premier plan (Tania)

            Tout est délimité, froid, cela crée une distance, une impression de froideur dans cette famille (Lucy). Il n’y avait pas beaucoup d’éléments personnels dans cette maison, les meubles sont tous blancs comme s’il s’agissait d’une expérience scientifique dans un laboratoire (Tania)

            Il y a l’horloge qui est un meuble imposant, c’est l’objet personnel par excellence dans la scénographie, en le voyant, on comprend que le temps va être un élément important de la dramaturgie (Léah)

            Les meubles et les objets étaient un peu abîmés, comme s’ils avaient vieilli, comme si la campagne dégradait la maison. La simplicité et le caractère rustique du mobilier contrastait avec l’élégance des trois sœurs au début. (Vassilis)

            La scénographie était en partie de type naturaliste : table, chaise, lit, armoire, porte manteaux, fauteuils, bibelots ; mais en même temps, elle était stylisée à cause de l’absence de mur et de la couleur blanche qui uniformisait tout, et donnait une impression d’ intemporalité (Tania, Vassilis)

            AU cours de la pièce il y a de plus en plus de meubles, l’ordre devient chaotique. Cette maison pâtit des interventions extérieures qui ont un impact sur la famille. On voit l’espace évoluer comme cette famille évolue. La famille qui au départ est heureuse, saine, se dégrade sous l’intervention des personnages extérieurs  (Léah)

            Au dernier acte, l’acte IV, la scène est complètement vidée, une bâche recouvre les meubles dans le fond de la maison, les murs n’existent plus. Quelque chose semble avoir été pulvérisé. acha dit à la fin « nous resterons seules pour recommencer notre vie » : elles quittent  tout ceux qui les entouraient, tout semble avoir disparu (Jules)

             

            CIRCULATIONS, EVOLUTIONS

            Il y avait une évolution sur la parole : tout le monde au début pratiquait un langage des signes clairs et précis, mais plus le temps passait et plus ils commençaient à faire des bruits, des sons ; les signes étaient plus rapides, moins précis, plus confus ; on sent que les passions traversent leur vie et la bouleversent.  (Tania)

            Dans le dernier acte, les comédiens sont habillés en noir des manteaux : on sent une rupture, un grand changement, un deuil (Léa)

            Irina m’a touchée : au début elle est très joyeuse et enfantine, mais plus la pièce avance et plus elle perd sa joie de vivre. On voit sa manière de bouger se transformer : elle n’est plus la petite jeune fille enfantine et sautillante du début. A la fin, elle est habillée de noir, très élégante (Lucy)

            Le personnage de Macha est dans une attitude maussade au début, on a l’impression qu’elle ne voit plus le sens de sa vie, elle est déçue ; mais ensuite elle tombe amoureuse, et reprend goût à la vie, comme si elle avait puisé dans le bonheur de sa sœur (Leah)

            Natacha évolue énormément durant la pièce : au début, elle semble étrangère à cette famille, elle porte des couleurs vives et semble une touriste dans cette maison. Elle n’en a pas les usages. A la fin, elle est dans une tenue russe (chapeau de fourrure), elle et maintenant chez elle et les sœurs semblent des étrangères qu’elle contrôle (Vassilis)

             J’ai apprécié le moment où les personnages installent une grosse enceinte au milieu de la scène, qu’ils mettent la musique à fond, et qu’ils dansent. Les personnages sont sourds, c’est pourquoi ils montent le son si fort, car le moyen pour eux d’écouter une musique, de la ressentir, est par les vibrations. Au bout d’un certain temps, les personnages cessent de danser pour déposer leurs mains sur l’enceinte de sorte à être en contact avec les vibrations ; il s’agit de leur manière d’écouter la musique. Après cette image, les personnages se remettent à danser et sauter dans tous les sens. Puis la musique s’arrête, seulement ils ne le réalisent pas immédiatement. Ils continuent alors à effectuer divers mouvements de danse tout en étant plongés dans un grand silence, c’était assez ridicule à vrai dire. (Hugo)

             

            Comment cette mise en scène suggère-t-elle le trajet effectué par les personnages, leur évolution au cours du temps (dans les costumes, les décors, le jeu) ?

            Quel sens particulier donne à la pièce le fait que les comédiens jouent en langue des signes ?

            Quelle image des relations entre les êtres donne cette mise en scène ?

            Comment cette mise en scène souligne-t-elle l’association étroite de comique et de tragique qui caractérise l’univers de Tchekhov ?

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