Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 17/02/2015
      • ET L'ON DECOUVRE QUE LE MONDE EST ABIME : PLATONOV (Tchekhov/R. Dana-Les Possédés/La Colline)

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            Un homme et une femme jouent aux échecs, face à face. Ils prennent leur temps. Ils trichent, ils parlent à leur entourage.  Ils jouent pour lutter contre l’ennui. Ils jouent aux échecs et, bien sûr, dans leur vie ils échoueront. (Shahineze).

             

            Trois tapis, toutes sortes d’objets, un ukulélé, des gants de boxe, un mini billard, un jeu de croquet. Une accumulation comme dans une brocante ou un vide grenier, qui dit à la fois le désir de posséder beaucoup d’objets, les achats trop nombreux, et qui annonce aussi la vente à venir du domaine. (Damien)

             

            Une grande table en fond de scène, plongée dans l’obscurité. Une femme seule assise à cette table. Elle regarde, elle attend que le temps passe, que quelque chose se passe. Elle attend l’amour, elle attend quelque chose de la vie, que sa vie se réalise. Elle est comme dans une salle d’attente. Elle me fait penser à nous, les spectateurs. (Soline).

             

            Des piscines gonflables remplies de sacs d’air. Des femmes dansant dans ces piscines et faisant exploser les sacs, des hommes sifflent, des lumières clignotent : j’ai mis du temps à voir l’image se construire : une fête, une sorte de 14 juillet, un feu d’artifice, un moment euphorique et innocent où tout le monde s’amuse, un jeu collectif pour créer la fête, un bricolage auquel tout le monde participe pour créer un peu de rêve et de légèreté. Un moment heureux mais dont on sait qu’il est fabriqué et fragile. (Juliette)

             

            Au départ, un espace vaste, ordonné, rempli, riche, harmonieux. Puis on découvre que la tapisserie est déchiquetée, usée, que le monde est abîmé, que tout est mesquin, factice, que les animaux sont empaillés, qu’il n’y pas d’eau dans les piscines. Et le désordre s’installe, tout rétrécit, devient laid, il va falloir partir, quitter les lieux. (Damien)

             

            Une selle de cheval devant une tapisserie de forêt. La Générale l’enfourche. Une drôle d’image, qui tient à la fois de la cavalière, du rodéo, de l’univers de cow-boys et du manège d’enfance. Elle attrape Platonov, le chevauche et veut le séduire comme on le dompterait. Elle veut aussi jouer avec lui, elle a quelque chose d’une enfant, du désir joyeux de l’enfance. (Joy)

             

            A la fin, un plateau en désordre, des papiers, des journaux, des chaises renversées, des livres partout. Comme si en notre absence, pendant l’entracte, il s’était passé beaucoup de choses. Un bureau négligé, confus comme l’esprit de Platonov, à l’image d’un être tourmenté. (Damon).

            Un homme saoul en costume d’ours. Il s’étale par terre pour dormir, refuse de se relever pour aller soigner des malades. L’image de l’homme bourru, de l’ours mal léché qui veut hiberner, un ours en peluche, un grand enfant grotesque. (Léa).

             

            La Générale, c’est une femme mais c’est une enfant. Elle veut séduire avec autorité mais elle se cache aussi derrière son peignoir fleuri comme une enfant qui croit qu’on ne va pas la voir parce qu’elle ne vous voit pas. (Juliette).

             

            Platonov, c’est le seul qui bouge, tous les autres sont immobiles, ils gravitent autour de lui, ils se nourrissent de lui, il les fait exister, mais d’une existence difficile, pesante, éprouvante. Ils l’aiment, ils aiment son exigence, sa détermination, sa foi en une existence possible mais lui les provoque, il leur renvoie leur vie ratée, leurs limites, comme un miroir dur. (Tous)

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