Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 01/05/2018
      • FETE SANS IVRESSE : ITHAQUE (Jatahy/Odéon)

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            « Christiane Jatahy puise son inspiration dans la question des migrations et de l’exil,

            dans la confrontation des points de vue féminin et masculin, dans une attention à

            l’altérité qui s’exprime à travers un art de la narration plurielle, mêlant théâtre, cinéma

            et performance ». (feuille de salle du Théâtre de l’Odéon))

             

            TROUBLES :

            Un moment m’a désarçonné : le moment où l’on change de place dans la salle. A la fin de la première demi-heure, un texte est projeté sur un fond sonore d’alarme et avec un changement de lumière qui nous demande, rangée par rangée, de nous lever et de descendre, de passer par la gauche de la scène et de la longer, de traverser les coulisses, les rideaux, de croiser les régisseurs et d’aller à l’arrière de la scène où l’on découvre une autre scène, une autre salle et un autre public (le même mais inversé). J’avais l’impression qu’il s’agissait d’un nouveau public puisque tout le monde était là avant moi. C’était une surprise complète pour moi. Cela sortait de mes habitudes. C’était excitant. On avait l’impression de participer. J’avais presque l’impression d’être comédien. Un nouveau rapport s’établissait avec les comédiens qui nous parlaient vraiment, en dehors de toute fiction.

            Ce changement de place m’a conduit à changer de point de vue, physiquement et pas seulement psychologiquement. Quand on arrive, le public ne comprend pas ce qui se passe : c’est une surprise des deux côtés, une rencontre (Hugo).

             

            Le moment qui m’a marquée, c’est lorsqu’un prétendant tire une Pénélope dans l’eau répandue au sol. Il y a de l’eau partout, on voit des bateaux de papier sur l’eau, et, quand on est au premier rang, on a de l’eau sur les pieds, on a les pieds dans l’eau. La femme est attachée par les pieds. S’agit-il de Pénélope ? Ou des servantes ? Sans doute des servantes qui sont violentées ? Et l’homme qui accomplit ce geste violent : S’agit il d’Ulysse ? des prétendants ? La scène est violente car la femme est tirée dans l’eau, attachée par un câble, on la traîne dans l’eau, il y a des éclaboussures, le public est un peu aspergé et le comédien s’en excuse. Cet écart de traitement nous choque : le public est traité avec des égards, la femme est trainée dans l’eau. A la fin il la filme : cette femme est forcée à chanter, son image est projetée sur des grands écrans, nous sommes forcés de la regarder, en réalité ou sur les écrans. On se sent très mal à l’aise, on nous inflige cette violence. Ce moment où il la filme est troublant : on ne sait plus ce qu’on doit regarder. Un grand trouble nous domine. (Eugénie)

             

            A un moment du spectacle, deux caméras filment plusieurs parties du plateau : on voit des femmes trempées allongées dans l’eau, dont les images immenses sont projetées sur les écrans. Ces images évoquaient tantôt des images d’amour tantôt des images de massacre. Ces images nous débordent, nous nous sentons perdus, nous avons trop de choses à voir ; trop de violence… Images qui font écho aux migrants, aux corps repêchés dans la Méditerranée. Amour et violence sont mêlés. Ces images sont à la fois belles et insoutenables. Excès d’images. (Prune)

             

            A un moment du spectacle, les deux rideaux de fil se lèvent. On découvre la deuxième salle. C’est comme si les deux parties du public se rejoignaient, c’est une image de retrouvailles qui fait écho à celle d’Ulysse et Pénélope. C’est aussi l’image d’une séparation entre deux clans. (Charline)

            Ensuite il se baisse à nouveau mais plus vite et plus bas au point que tous les fils se retrouvent dans l’eau. Puis, la rampe se lève à nouveau, et on voit un rideau de pluie qui tombe jusqu’à la fin du spectacle. Des reflets. Ces fils symbolisent peut-être la tapisserie de Pénélope. Ou plus prosaïquement un tissu pour laver le sol ? (Eugénie)

            On voyait le reflet des acteurs dans l’eau. Cette eau, c’est aussi une image du sang : quand le premier rang est éclaboussé, c’est comme si nous avions aussi du sang sur les mains (Hugo).

             

            L’eau est introduite de manière progressive : les comédiens boivent tout au long du spectacle. On commence par une fête : des carafes, des verres, des chips. Une ambiance de fin de fête mais sans ivresse car il n’y a que de l’eau. Fête triste. Noire. Pas d’oubli possible. (Corentin)

             

            Ce spectacle sur Ithaque est pourtant situé dans un contexte très contemporain. Une date s’affiche au début du spectacle : celle du jour où nous venons voir le spectacle.  On peut y voir un écho  à l’instabilité politique de l’Amérique du Sud (Corentin).

             

            Ithaque pose la question de l’étranger, de l’exil, du retour à la maison. On se demande qui est l’étranger parce qu’on demande à Pénélope de parler dans « notre langue » (elle parle en brésilien) et elle répond aux prétendants : vous n’êtes pas chez vous. Finalement, chaque être est étranger aux autres. (Corentin).

             

            En quelle mesure Ithaque fait-elle de l’espace un enjeu dramaturgique central ?

            Quel est le sens du dispositif scénographique adopté par Christiane Jatahy dans Ithaque ?

            Quelle place est donnée au public dans Ithaque ?

            Comment la pièce Ithaque questionne-t-elle les relations entre les hommes et les femmes dans la guerre et dans l’exil ?

            Comment le spectacle Ithaque choisit-il de s’inscrire dans le temps ?

            Quels sont les enjeux du motif de l’eau dans la pièce ?

            Qu’apporte l’utilisation de la vidéo dans Ithaque ?

            Le mélange des arts dans Ithaque (vidéo, théâtre, performance) : quels enjeux ?

             

             

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