Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 12/02/2018
      • HUMANITE EN SCENE : BESTIE DI SCENA (Emma Dante/Théâtre du Rond Point)

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            Il était difficile d’entrer dans la pièce au tout début : lorsqu’on entre dans la salle, on voit des comédiens qui s’échauffent, la lumière reste allumée, on n’entre pas dans un univers fictionnel dès le départ.

            Mais progressivement, une sorte fiction, une action se construit par une succession d’images, une histoire de l’humanité peut-être ?

            On comprend à la fin du spectacle que ces 14 comédiens ont réalisé un trajet : au début lorsqu’ils sont debout devant nous ils sont très gênés, cherchent à se cacher mutuellement. Ils ont des gestes maladroits, crispés. A la fin, on leur jette des vêtements et ils les ignorent. Ils ne sont plus gênés. Ils assument ce qu’ils sont, dans ce groupe (Apolline)

             

            Au tout début, après qu’ils ont bu, ils sont mouillés et commencent à avoir froid. Dans leur regard on sent que le début de la pièce est douloureux pour eux, certains ont des corps difficiles à assumer. Je me suis dit : cela doit être douloureux pour eux d’être regardés. Plus tard, lorsqu’ils commencent à dissimuler des parties de leur corps avec maladresse, certains ont les yeux cachés par leur voisin et perdent la conscience de leur nudité. On sent que ce qui les gêne n’est pas d’être nus, mais d’être vus nus. (Paul)

             

            L’affiche du spectacle représente un couple nu et une pomme entamée. On peut y voir une allusion à l’épisode biblique du jardin d’Eden : lorsqu’Adam et Eve croquent la pomme, ils réalisent ensuite qu’ils sont nus. Ils ont perdu l’innocence. (Fatima)

             

            Au début, on les voit s’échauffer très longuement. On sent qu’ils puisent de la force pour ce qu’ils vont faire ensuite, qu’ils ont besoin d’une sorte d’élan. Le fait qu’ils soient synchronisés crée une sorte de chorégraphie. Lorsqu’ils se déshabillent et se cachent au début ils le font en rythme, dans une sorte de marche cadencée qui doit aussi les aider. Cela créait un élan qui leur permettait de le faire. (Fatima)

            La pièce est composée de deux parties : la première est très dure : on voit 14 personnes nues, alignées le long d’une chaine accrochée à un bidon d’eau quasiment vide. Le premier boit une gorgée d’eau, puis passe le bidon à son voisin. Son voisin lui cachait les parties intimes pendant qu’il buvait. Cette image est violente, certaines personnes rient et cela m’a dérangé. L’image  a une part de grotesque, mais elle contient aussi des épisodes tragiques. Cette première partie évoque à mes yeux l’homme lorsqu’il est dépossédé de tout, réduit à son corps (camps, migrants, extrême pauvreté, guerre, prisonniers). Ces corps sont humiliés, et nous sommes gênés pour eux car ils sont gênés d’être vus. Dans la deuxième partie, on voit des corps nus mais qui n’évoquent pas de situation tragique, ni de privation. On y voit une humanité revenue à ses origines, à quelque chose de naturel : il n’y a plus de gêne de leur part, ni de la nôtre (Elian)

            Pendant la première partie, quand les comédiens commencent à se déshabiller et qu’ils effectuent leur chorégraphie sur scène, la salle est très éclairée, nous sommes visibles. Les comédiens viennent se déshabiller devant nous. Certains nous regardent de très près, comme avec défi, au moment de se dénuder. La gêne a pu être partagée des deux côtés : acteurs et public. Il y a une circulation des émotions, mais aussi de certaines matières (vêtements, eau, cacahouètes). (Joseph)

            J’ai beaucoup pensé au roman Sa majesté des Mouches : un groupe de personnes qui ne se connaissent pas est jeté dans une situation de dénuement et de soumission aux éléments, à une autorité extérieure. J’ai remarqué la solidarité entre les différents acteurs : ils cachent les parties intimes de leur voisin lorsque ce dernier doit utiliser ses mains pour boire ; lorsque le plateau est inondé d’eau glissante, ils se laissent glisser sur le sol et sont ramenés au groupe par l’un des membres, comme des naufragés sauvés par leurs amis. Un homme ne parvient plus à tenir debout et on le remet d’aplomb. (Lou)

            Dès que quelqu’un se lance dans quelque chose, il est imité par les autres : la course, les boites à musique, la poupée, l’eau. Quand quelqu’un se lance dans une action, les autres le rejoignent. On a le sentiment d’une solidarité. Peut-être est-ce aussi un effet de l’instinct grégaire ? Puis lorsqu’ils se sentent à l’aise, le groupe est moins présent. Pendant toute la pièce certains ont réalisé des solos, des actions singulières. A la fin, tous réalisent leurs actions singulières ensemble, c’est un groupe d’individus qui ont construit leur identité personnelle. Le groupe s’est aussi construit sur l’affrontement. (Lou)

            Progressivement, ils ne sont plus le comédien qui s’échauffe mais ils deviennent un personnage, ce qui aide à assumer la nudité. On remarque qu’à la fin de la représentation ils reviennent habillés. Ce sont les comédiens qui viennent nous saluer, pas les personnages. (Paul)

             

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