Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 06/03/2017
      • IL EST INTERDIT D'INTERDIRE : FORBIDDEN DI SPORGERSI (Babouillec/Pierre Meunier et Marguerite Bordat)

          • A L’ORIGINE DU SPECTACLE :

            Pierre meunier a rencontré Babouillec, de son vrai nom Hélène Nicolas, une jeune femme autiste qui ne parle pas mais qui écrit avec un alphabet plastifié. Elle est l’auteur d’Algorithme éponyme, un recueil de textes poétiques et de pensées. (Jules) Pierre Meunier a décidé de créer un spectacle à partir de ces textes non dramatiques (Jules, Marion).

             

            Le titre est composé de trois mots tirés de langues différentes, l’italien et l’anglais. Cela signifie « interdit de se pencher ». (Thyl) Ce sont des mots qu’on peut lire en général sur les fenêtres de trains pour avertir les passagers du danger (Malo) et l’inscription est souvent écrite en plusieurs langues pour être comprise de tous les voyageurs. (Thyl). Ce titre met l’accent sur la notion d’ordre, d’interdiction, sur tout ce qui nous limite ou nous empêche de faire des choses, de voir des choses, ce qui nous empêche de bouger, etc. (Marion).  On sait que dans le livre de Babouillec, la phrase qui suit est : « car on pourrait apercevoir le bout du tunnel », ce qui montre que l’interdiction nous empêche de trouver des issues, d’atteindre la sortie, la lumière, etc. (Jules)

             

            METTRE EN PLACE UN CHANTIER

            Au début du spectacle, on voit les quatre comédiens déplacer d’immenses plaques de plexiglas numérotées. Très vite, un ruban de chantier rayé blanc et rouge apparaît. Ce ruban évoque immédiatement l’idée d’un espace urbain dangereux, de limite. On voit ainsi une sorte de zone de travaux, des ouvriers au travail, un espace interdit en raison de son danger : des plaques instables tombent régulièrement. (Paul, Lou)

            Le ruban de chantier n’est pas fixe, les comédiens jouent avec comme avec un serpentin pendant une fête. Nous sommes dans un espace de construction, de destruction, mais aussi immédiatement de jeu, de détournement, de recherche, de tâtonnement, d’essais. Il y a quelque chose d’enfantin dans ce détournement des objets (Théophile)

            Les plaques de plexiglas évoquent aussi des vitres transparentes qui séparent physiquement tout en rendant possible le regard, qui coupent l’échange verbal mais pas l’échange visuel. (Arthur)

            LIBERER LE SOUFFLE

            Une énorme masse blanche est apportée sur scène, sur un plateau à roulettes. Cela fait du bruit, cela remue, on se demande ce que c’est. (Lola) Les comédiens enlèvent une à une les feuilles de plastique qui recouvrent cette chose. On a l’impression qu’ils effeuillent ou qu’ils épluchent cette chose étrange (Emilia). Le spectateur imagine ce qui peut se cacher sous cet emballage (Paul).

            La première feuille est faite de papier à bulles. La jeune femme s’empare de cette feuille et découvre qu’elle peut faire de petits bruits en perçant les bulles. Elle joue comme une enfant à ce jeu que nous connaissons tous. Elle découvre les propriétés de cette matière. (Tania)

            Les feuilles suivantes sont des bâches extrêmement légères qui s’envolent les unes après les autres. On découvre un ensemble de ventilateurs en action : c’est d’eux que provient le souffle et le bruit. C’est une sorte de libération, on voit naître un mouvement, les barrières qui emprisonnent le souffle cèdent (Théophile).

            Les comédiens quittent le plateau sauf le musicien qui tente de dialoguer en musique avec les ventilateurs. L’échange vire au duel : il se place en face d’eux et cherche à couvrir leur bruit. Il finit par les débrancher pour avoir le silence. (Paul)

             

            ALLER DU SILENCE A LA PAROLE

            Durant toutes ces manipulations, pas un mot n’est prononcé. Le spectacle débute par 20 minutes de silence, ou tout au moins de silence verbal car il y a des bruits (comme celui des ventilateurs). Cela évoque pour nous le monde de Babouillec, cette jeune femme autiste « sans paroles ». A un moment, les mots entrent en scène : Pierre Meunier prend un micro et commence un discours : « On sous-estime généralement… ». Mais il ne peut aller plus loin car son micro dysfonctionne. Il recommence et échoue à nouveau, comme si malgré sa volonté et son désir de communiquer avec nous, il ne pouvait pas y arriver. (Lola)

            On voit alors arriver l’un des comédiens qui se présente comme un technicien : il a une lampe frontale et vient pour réparer le micro. Comme il n’y arrive pas, il pousse sur scène un énorme générateur, fait d’un amoncellement de câbles et de fils électriques. Il tente de le réparer. On voit des étincelles qui suggèrent que tout est en court-circuit. La réparation semble impossible, la machine est trop énorme. Le comédien finit par s’enfoncer au milieu des câbles comme dans un gouffre (Dan, Paul). On a l’impression de voir un énorme cerveau sur scène en train de fonctionner ou de chauffer. Un cerveau qui ne parvient pas à formuler ce qu’il voudrait dire, comme si les neurones se heurtaient les uns aux autres, comme si les pensées ne trouvaient pas le chemin de la parole (Paul)

            TRADUIRE D’UNE LANGUE A L’AUTRE

            Le micro finit par être réparé et Pierre Meunier se met à prononcer un discours savant, très dense. Notre attention en est détournée par la présence, derrière lui, d’un comédien qui se trouve placé derrière une plaque de plexiglas et qui ponctue le discours de doux impacts sur la plaque. Il suit le rythme du discours de Pierre Meunier avec des balais à percussions. On a l’impression d’entendre deux discours : l’un fait de mots, l’autre fait de sons, de rythme (Emilia). Peut-être que le second traduit le premier ? Etonnamment, le second nous semble plus immédiatement compréhensible que le premier alors qu’il n’est pas fait de mots. On a l’impression d’une interprétation. (Tania)

            Les quatre comédiens sont vêtus de blouses : on dirait des savants, mais aussi des artisans et finalement des artistes. Tout le spectacle joue sur ces frontières imprécises entre leurs différents statuts mais aussi sur les frontières avec le théâtre (danse ? performance ? musique ?) et avec le langage (communiquer par la musique, par le visuel, par les lettres, par les mots ?) (Vassilis)

             

            SORTIR DE LA PRISON

            L’un des moments les plus forts du spectacle est celui où la jeune femme (Satchie Noro) apporte sur le plateau un immense fil métallique qu’elle accroche à une poulie et finit par agiter jusqu’à ce qu’il s’emmêle. Finalement, elle se retrouve prise à l’intérieur. D’abord immobile, on a l’impression qu’elle est prise dans un piège, une prison. (Tania) Elle commence à se débattre de plus en plus violemment, on a l’impression qu’elle cherche à fuir. Une musique angoissante accompagne ses mouvements, c’est le guitariste qui est sur le plateau qui la réalise. (Ulysse) On a l’impression de voir quelqu’un se débattre dans des fils de fer barbelés, tenter de sortir d’un camp, se révolter contre ce qui l’immobilise, déployer une énergie folle pour se libérer, lutter. La jeune femme perd son casque dans sa lutte : on a un vrai sentiment de danger pour elle (Dan, Flavien).

            On a aussi l’impression de voir l’intérieur du cerveau de quelqu’un : tout est emmêlé, comme si on avait des nœuds dans la tête, comme si les pensées ne parvenaient pas à être formulées et qu’il fallait se débattre avec ses idées (Paul).

            MAITRISER LE BRUIT

            Soudain, une énorme vis fait irruption sur le plateau, depuis les cintres. Un bruit insupportable se fait entendre lorsqu’elle touche le sol. Les comédiens la déplacent et lorsqu’elle est en contact avec un autre endroit du plateau une phrase se fait entendre, énigmatique, poétique. On a le sentiment que les comédiens sont soumis à la vis, ils doivent s’en occuper pour essayer d’arrêter ce bruit. Ils sont à l’écoute de cette vis, elle est comme une divinité puissante à laquelle ils obéissent. (Aurélien). On avait aussi l’impression d’un énorme disque vinyle et du diamant qui doit permettre au son de se faire entendre, ou bien d’une radio dont on changerait les stations (Thyl). Le bruit qu’elle émet est insupportable : il fait peut-être écho à la souffrance auditive éprouvée par certains autistes qui ont des perceptions sensorielles décuplées ? (Thyl)

            Pour réduire le bruit de la vis au début, ils placent des barres sur elle en équilibre, ce qui rend le son plus grave et moins intense. (Jules) On peut y voir une tentative pour bloquer les sons, pour rester dans un monde intérieur, pour éviter d’être agressé par l’extérieur (Marion) On peut aussi considérer ces barres métalliques comme des offrandes destinées à calmer cette déesse « vis » (Aurélien)

            Lorsque les comédiens plantent ces fines barres métalliques, on songe à une pratique d’acupuncture, à un soin pour soulager une souffrance ou à une pratique ludique : un jeu de mikado, car tout peut s’écrouler (Malo).

            Pierre Meunier s’allonge doucement au sol autour de la vis et il la fait tourner en chantant a cappella : on dirait une berceuse car il est recroquevillé en position fœtale, on dirait un chant religieux (Camille) (une prière à la sainte vis !) (Aurélien)

            La vis tourne jusqu’à ce que les barres tombent sur Pierre Meunier qui sursaute et arrête de chanter. On est effrayé  à cause du bruit brutal (Lilou). On a envie de l’aider à se défaire de ces éléments métalliques (Lorraine). On pense qu’il s’est fait mal : ces barres sont lourdes, il porte un casque, on sent le risque qu’il prend (Thyl)

            TROUVER L’EQUILIBRE

            De longs cylindres métalliques apparaissent alors sur le plateau et ils vont être progressivement soulevés vers les cintres, d’abord obliques, puis verticaux. Une femme  marche sur des poteaux métalliques : on a l’impression d’une maladresse, d’une difficulté à maîtriser son corps, un écho aux difficultés de certaines personnes autistes à se faire parfois obéir de leur corps ? (Lorraine)

            Pierre Meunier crée une musique à partir des barres métalliques accrochées aux cintres, puis le guitariste vient à son tour créer des sons, très forts, mais les barres sont emportées dans les cintres comme pour l’empêcher de s’exprimer. (Thyl)

             

            METTRE LES LETTRES EN ORDRE ET EN DESORDRE

            Le musicien apporte une barre bleue. On ne comprend pas tout de suite de quoi il s’agit. Ce n’est que lorsque les autres apportent des lettres gigantesques également bleues et qu’ils les posent sur le plateau  qu’on comprend que cette barre est un « i ». On voit successivement apparaître un i, puis N ou Z puis un E, lettres qui finissent par former le mot « RIEZ » et alors le public se met à rire, puis les comédiens ajoutent la lettre C : « CRIEZ » (mais là le public ne crie pas !) puis d’autres lettres qui conduisent à des mots dépourvus de sens. On songe à l’alphabet de Babouillec. A la fin, les lettres s’écroulent : on peut y voir un écho au geste de la comédienne qui efface la phrase qu’elle a écrite avec le vidéoprojecteur : « mystérieusement les soifs d’aventure s’autocensurent ». (Aurélien)

            Petit à petit on voyait des mots se former, puis se déformer, comme si quelque chose empêchait la personne autiste de formuler ce qu’elle veut formuler (Bastien)

             

            LIBERER LES ENERGIES

            Tous les mécanismes se mettent en marche à la fin du spectacle, créant un immense tableau animé. Et on entend des rires très forts, diffusés par les haut-parleurs. L’auteur du texte, Babouillec, était juste à côté de nous et riait fort. Elle avait l’air satisfaite de ce qu’elle voyait, comme si le plateau était l’image de son intériorité. C’est une image puissante et joyeuse, une image de grande liberté qui termine ce spectacle. (Joseph)

             

            En quoi cette mise en scène fait-elle écho à l’expérience du monde d’un autiste ? (rapport au langage, aux perceptions, à la société, etc.)

            En quoi ce spectacle interroge-t-il la notion d’interdit et de liberté ?

            En quoi ce spectacle questionne-t-il le langage ?

            En quoi ce spectacle évoque-t-il un cerveau au travail ?

             

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