Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 27/11/2017
      • INTIMITES EXHIBEES : Trois Soeurs (Tchekhov/S. Stone/Théâtre de l'Odéon)


          • UNE MAISON SUR UN PLATEAU
            La scénographie se compose d’une maison entièrement construite sur scène, dont on voit l’extérieur, ce qui n’arrive en général pas au théâtre (on voit plutôt l’intérieur des pièces). Cette maison est assez petite, les pièces sont assez étroites (la chambre sans salle de bain, la pièce au piano) on a le sentiment que les personnages sont enfermés mais que comme les murs sont transparents, ils finiront par être découverts. (Marion). Lorsque les personnages sont ensemble, l’espace devient exigu, comme s’ils étouffaient ou comme si l’espace les empêchait d’être ensemble (Léah et Vassilis)
            Quand les personnages disent qu’ils sont dans la maison depuis quatre ans, on comprend qu’ils n’arrivent pas à partir. Quelque chose se passe pour que le cycle s’interrompe : le suicide de Nicolas (Vassilis)

            TRANSPARENCE ET SIMULTANEITE
             Cette maison est entièrement composée de baies vitrées, de fenêtres, elle est tout en transparence. Cette scénographie donne l’impression d’une absence d’intimité : nous sommes comme des voyeurs, nous voyons les personnages dans des moments d’intimité (au lit, aux toilettes). (Tania)
            Comme il y a plusieurs scènes simultanées, certaines actions sans paroles, d’autres avec, on a le choix de regarder la scène qu’on veut. On est souvent attirés, paradoxalement, par les scènes sans sonorisation que nous regardons comme des voyeurs qui regarderaient par une fenêtre éclairée (Camille).
            La maison est placée sur une tournette qui la fait tourner sur elle-même très souvent dans la pièce et nous permet de voir toutes les pièces successivement. Lorsqu’une scène se déroule dans une pièce, le plateau tourne et nous permet de voir ce qu’il s’y passe. On peut voir plusieurs scènes en même temps : lorsque Nicolas parle de son amour à Irina, ils sont isolés des autres mais en même temps, on voit la vie des autres (Louise)
            Les gens parlent tout le temps tous en même temps (comme dans la vraie vie) mais nous captons uniquement le son de certains endroits à certains moments grâce aux micros HF (Aurélien)  Au début de la pièce beaucoup de gens parlent en même temps, on a du mal à comprendre ce qu’ils disent (Prune). Ils parlent de sujets de la vie courante (ils rapportent ce qu’ils ont lu sur internet ou dans la presse : « Si on mange des pommes de terre toute sa vie, on n’aura jamais de cancer », « dans un article du monde, on parle du viol organisé chez les dauphins »). On a l’impression d’arriver en plein dans l’action (c’est un début in medias res), on cherche à comprendre qui est qui, à se situer, on se demande si l’histoire a vraiment commencé, on est un peu étourdis (Léopold).
            Au tout début, ils chuchotent comme s’il y avait un secret, quelque chose à cacher ou quelqu’un à protéger. (Jane) Ils ne sont pas encore installés. Le chuchotement suggère aussi une sensation d’étouffement, ils se gênent les uns les autres (Aurélien).
            C’est une maison où leurs parents sont morts, le père est mort un an avant, l’urne est toujours sur scène, la présence des morts est importante (Jane)
            En même temps, ils sont rapidement chez eux, à l’aise : on comprend qu’il s’agit de leur maison d’enfance (Charlotte)
             Ils reviennent de faire des courses pour alimenter la maison de campagne (maison des parents morts), ils cherchent les clés, entrent par derrière, commencent à faire la cuisine et « réveiller la maison ». (Jane, Gustave)

            L’effet que produit le fait d’entendre la voix d’un personnage dans une pièce et de voir une action totalement à l’opposé dans une autre. On est attiré vers l’action muette que vers l’action sonore, l’action muette continue l’histoire. (Pauline)

            Nous sommes finalement séparés des personnages par deux murs : le 4e mur (car la pièce ne joue pas sur les adresses au public) et les murs vitrés (Malo).

            On voit une gradation dans la maison entre les niveaux de malheur : dehors, les gens comme Alexandre sont moins malheureux que ceux qui sont dedans ; au sommet du malheur, on trouve les toilettes : c’est l’endroit où chacun à sa manière exprime son malheur. On est donc tenté de regarder cet endroit révélateur. On peut aussi voir cette idée avec l’éclairage : les pièces du bas sont en couleur chaude ; dans les toilettes, la lumière est blafarde, dans la chambre il fait sombre. Finalement, plus les endroits permettent de s’isoler, plus ils révèlent le malheur des êtres ou leur désespoir, en tout cas leur vrai état intérieur. (Aurélien).
            Il n’y a jamais de pause sur le plateau, cela vit tout le temps. (Anouk)


            LE PASSAGE DU TEMPS
            A la fin de chaque acte, on a comme un effet d’accélération des différentes actions avec la maison qui tourne. On a l’impression que le metteur en scène nous montre toutes les actions en même temps dans l’idée de pouvoir ensuite avancer quelques mois plus tard. (Léah)

            Au fil de la pièce, tout est progressivement dérangé : au début la maison est en ordre, puis on voit des bouteilles ou des canettes partout, des lego par terre.

            A la fin, les sœurs rangent toute la maison, elle finit presque vide car leur maison va être vendue : tous les objets sont placés dans des cartons, les tables, les chaises ont disparu, les draps sont ôtés, ils balaient. (Charlotte). Hypothèse : Peut-être ont-ils passé un cap ? pris de la distance avec leur père (Thyl). Cette maison vide les rend sans doute tristes car cela les renvoie à l’époque de l’achat de la maison, alors qu’elle était vide (Prune). C’est une rupture dans un cycle : ils revenaient à chaque vacance,  à chaque Noël, dans cette maison qui les réunissait. En la perdant, ils se séparent, ne se verront plus régulièrement (Ryame).


            ESTHETIQUE
            Le spectacle crée une forte impression de réel : les coups de feu, la neige, la cuisine, la minutie du décor. Au début du spectacle, on sent une odeur de drogue, de cannabis : on cherche d’où cela provient et lorsque le plateau tourne, on découvre qu’un personnage est en train de fumer. Cela crée un effet de réalisme, et une impression forte de transgression (Léopold).
            Le jeu travaille aussi dans le sens du réalisme : le 4e mur est respecté, pas d’adresse au public (Thyl)
            Mais ce réalisme de la maison s’arrête à la maison : l’extérieur n’est absolument pas reproduit. Il ne s’agit pas de faire croire que tout est réel, on observe une forme de stylisation. On a l’impression finalement d’un décor de film : hyperréalisme, mais limité aux endroits qui sont filmés, de même que le son ne fonctionne qu’aux endroits « filmés ». (Léopold). J’ai eu l’impression d’être au cinéma ou devant une série (Anouk)
            Cette esthétique de série est renforcée par le fait que deux des comédiens jouent dans Dix pour cent (sur les agents d’acteurs). (Jeanne)
            Il y a aussi une esthétique et jeu d’acteurs un peu outré (Aurélien)

            La mise en scène travaille sur une proximité avec notre époque, avec les codes des séries, leurs décors, leur langage, leur violence, leurs thématiques. (Charlotte)

            REECRITURE
            Il s’agit d’une réécriture de la pièce : il n’y a pas une phrase de Tchekhov, tout est transposé dans l’époque contemporaine, y compris le langage.
            Question sur la fidélité à l’œuvre de Tchekhov.


            Regard sur les personnages (pistes proposées par les élèves de 1ère)
            •    André : un rêveur, qui ne réussit pas à réaliser ses projets. Il n’a pas une bonne image de lui-même. Il se drogue pour oublier sa situation, sa tristesse. Son rapport à son père est compliqué et l’enferme. Il a eu un père absent et peu attentif.
            •    Irina : Elle n’est jamais satisfaite : elle change sans cesse de travail. Elle est instable en amour. Elle est difficile.
            •    Macha est mariée, déçue, et s’ennuie. Elle aspire à l’aventure, à changer de vie.
            •    Olga : elle parle très peu, personne ne l’interroge sur sa vie privée. elle fonctionne comme le ciment de la famille, elle tente d’apaiser les relations, elle est altruiste. Elle assume le rôle qu’assumait la mère (elle fait la cuisine, fait les tâches ménagères). On apprend à la fin qu’elle vit avec une femme et on comprend que les autres ne lui accordent aucune attention. Chacun est enfermé dans ses difficultés. (Léopold, Jane, Charlotte)

            POUR ALLER VERS LA FORMULATION D’UNE PROBLEMATIQUE :

            Thématiques (pistes proposées par les élèves de 1ère) :
            La famille, l’amour, l’égoïsme, l’addiction, l’argent, le bonheur, le sens de la vie, la solitude, le temps, le passage du temps, les désillusions
            Evolution, progression, transformation (de la scénographie, des relations, des personnages)
            Formes : Réécriture - Dispositif scénographique – Sonorisation

            Problématiques possibles (proposées par les élèves de 1ère) :
            Comment cette mise en scène souligne-t-elle la solitude des personnages ? (au sein d’un groupe)
            Quelle image des relations familiales propose cette mise en scène ?
            En quoi l’évolution de la scénographie traduit-elle ou reflète-t-elle l’évolution des personnages ou de leur relations ?
            Comment cette mise en scène souligne-t-elle l’évolution des personnages et de leur relation ?
            Comment le passage du temps et ses effets sur les existences est-il incarné dans cette scénographie ?
            Quel est l’intérêt de cette réécriture ?
            Comment S. Stone fait-il des Trois Sœurs une œuvre contemporaine ?...

            Comment le dispositif scénographique permet-il au public de se projeter dans l’action ?

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