Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 27/10/2018
      • JE NE SUIS PAS CE QUE JE SUIS : LA NUIT DES ROIS OU TOUT CE QUE VOUS VOULEZ (Shakespeare/Ostermeier/Comédie-Française)

          • SCENOGRAPHIE

            On observe un décor assez simple qui ne se modifie pas, quelques arbres et palmiers : des singes venant troubler l’attention des spectateurs (Corentin).

            Cette pièce est en interaction avec le public, comme si elle faisait de nous des comédiens. L’orchestre est divisé en deux par un prolongement de scène qui le traverse ; les comédiens circulent sur ce couloir, se mouvant au milieu du public. (Hugo)

            L’orchestre est traversé par un "chemin de plateau" au centre de la salle qui donne une certaine profondeur à la pièce et est très bien exploité à l'arrivée du frère de Viola. Ce podium a permis de centrer l'arrivée de Sébastien, ainsi il est représenté comme la clef qui résout le problème. (Solerine)

             

            NAUFRAGE

            Après la première scène avec Orsino, on voit le climat général se transformer : des bruits d'orage, un groupe d'hommes et de femmes rassemblés, une plage et la mer, une tempête. Cette scène représente le naufrage qu'ont vécu Viola et son frère. Le groupe d'hommes et de femmes représente le bateau dans la tempête. On entend le bruit de l’orage. La lumière imite la foudre. Le mouvement des corps sur scène fait penser au mouvement des vagues que le bateau suit dans la tempête (Taïna)

            Point de départ de l’intrigue, le naufrage n’appartient pas strictement aux actions de la pièce dans la mesure où il est raconté mais n’est pas montré sur scène. Il a eu lieu avant le début de l’action. Le metteur en scène Thomas Ostermeier a choisi de le montrer ou plutôt de le suggérer de manière imagée par un moment de danse à la chorégraphie épurée dans une musicalité et un éclairage expressifs. Une douzaine de personnages s’assemblent sur le plateau, certaines parties de leur corps sont dénudées (torse, jambes). Cette chair exposée symbolise la vulnérabilité face au danger, elle montre également l’aspect sauvage et primitif de l’homme ; elle est enfin symbole d’égalité, elle montre les hommes tels qu’ils sont, sans hiérarchie sociale et sans contrainte futile. Les gestes que les comédiens effectuent tous ensemble traduisent leur impuissance : ils lèvent les mains au ciel comme s’ils imploraient de l’aide. L’univers sonore est placé sous le signe du contraste : on entend à la fois la voix du chanteur accompagnée du son du théorbe, et le bruit effrayant du tonnerre. L’éclairage joue sur le clair-obscur et projette l’ombre des acteurs sur le mur blanc. (Victoria)

             

            COSTUMES

            Les acteurs n'avaient souvent qu'un caleçon et une veste entrouverte pour cacher leur nudité, ce choix semble montrer l'absence de raison qui habite la pièce et une sorte de "folie" qui existe chez les personnages. Denis Podalydès, extraordinaire par son jeu d'acteur, est un roi ridicule en peignoir, comme endormi par ses rêves d'amour et incapable de voir que la réelle femme aimée est son valet. Sa fourrure en guise d'écharpe où deux pieds de biches pendent montre l'absurdité de sa position d'homme gâté, se "mourant d'amour" pour Olivia. Il parvient pourtant à nous faire éprouver une sorte d'affection pour lui. A la fin de pièce il se rend compte qu’Olivia ne l'aimera jamais et il se réveille enfin, s'énerve, insulte Olivia,  enlève son peignoir et sort de son état de lamentation et de mélancolie. (Héloïse)

            Tous les comédiens ne sont qu’à demi vêtus, soit ils ne portent qu’un haut, soit ils ne portent qu’un bas. Cela les rend risibles, en particulier le Duc Orsino qui, le plus noble de tous d’un point de vue social, est accoutré d’une sorte de chemise de nuit ouverte. Il perd ainsi toute la crédibilité qu’est supposée lui procurer son rang. De plus, les singes qui se promènent sur scène, n’étant pas soumis aux codes humains, grimpent comme bon leurs semble sur le trône du Duc, symbole de son pouvoir. En s’élevant ainsi au niveau d’Orsino, ils abaissent ce-dernier à leur niveau animal, ce qui accentue son caractère ridicule. (Hugo)

            Les costumes n'ont pas de bas pour la plupart, ce qui peut avoir plusieurs sens : cela suggère la naïveté des personnages amoureux : on peut voir que même Orsino qui est un personnage important (étant le duc d'Illyrie) n'a pas de pantalon. Il est comme un petit garçon devant son amour pour Olivia. (Solerine)

            Olivia est en deuil, lorsqu’elle entre en scène, elle est vêtue de noir et porte un voile sur la tête et des lunettes noires. Elle dissimule son visage. A un moment de la pièce, elle « lève le voile » devant Viola/Césario. Cette scène est une scène clé du spectacle car premièrement en enlevant son voile Olivia nous dévoile son identité,  en se montrant à « Cesario », elle se montre par la même occasion à nous. C’est aussi pendant cette scène qu’Olivia va tomber sous le charme de ce jeune homme, c’est donc un coup de foudre mais qui n’est pas réciproque puisque Viola/Césario n’éprouve pas de sentiments à l’égard d’Olivia. On voit alors les rapports se transformer : Césario a dû se battre pour approcher Viola qui se cachait, et désormais c’est Viola qui doit se battre pour approcher Césario qui dissimule son identité. On voit une Olivia plutôt entreprenante avec Cesario or ce dernier n’est là que pour louer l’amour qu’éprouve son maître à l’égard d’Olivia. Cette scène permet également une mise en question des genres puisque Olivia pense tomber amoureuse d’un garçon alors qu’en réalité il s’agit d’une femme. (Jane)

            Les comédiens portent des hauts mais sont en jambes nues et laissent ainsi paraître leurs sous-vêtement. Particulièrement pour Viola en Césario. Cela crée un contraste entre l'identité biologique et l'identité que se donnent les personnages. (Jules)

             

            MUSIQUE

            Au début de la pièce, quand Orsino ordonne qu'il y ait de la musique, un contre-ténor se met à chanter, accompagné d'un théorbe, le chant "Amor, amor". Ce chant qui est un chant d'amour parle de ce qui rend fou les personnages, l'Amour. Cet accompagnement qui joue sur scène rappelle l’époque élisabéthaine, puisque le théorbe est un instrument des XVIe et XVIIe siècles. Par la suite, on entendra des sons électroniques qui joueront sur l’opposition entre époque baroque et époque contemporaine. (Marion)

            La musique est soit chantée "en direct", sur la scène par un acteur entouré de deux musiciens, soit enregistrée.  Ce sont des airs d'opéra. L'utilisation de la guitare électrique est surprenante mais elle rend la pièce très actuelle. (Thomas)

            La pièce est rythmée par un chanteur lyrique dont la voix chante le désespoir amoureux et par un théorbiste. Leurs apparitions se font à des moments où les personnages se taisent, nous permettant d'observer leur silence. Orsino les prie de jouer juste après avoir appris le rejet d'Olivia. Il est affalé sur son siège, bouleversé par ces sonorités langoureuses qui expriment en chanson sa douleur. Il ne se rend même pas compte qu'il est observé par Viola, qui sous l'apparence d'un Césario est en proie à un désespoir tout aussi grand. Ce choix de mise en scène illustre bien la position de Viola qui doit assister sans ciller à l'expression de la passion d'Orsino pour Olivia, tout en tâchant de réprimer la sienne. (Lucy)

            Au début de la pièce, quatre hommes entrent sur scène. Deux d’entre eux jouent d’un instrument de musique et le troisième chante un chant lyrique. La quatrième personne était le duc et il se tenait assis sur une sorte de grand fauteuil lui servant de trône. Quand la voix du chanteur montait en puissance, le duc se relevait petit à petit, le poing vers le ciel comme s’il montrait la puissance de la musique ou de ses sentiments au public. La scène était très drôle car le duc arrêtait le chanteur sans arrêt pour lui dire de recommencer une certaine partie ou qu’il n’avait pas chantée assez bien et il recommençait le même mouvement à chaque fois le poing vers le ciel. (Janet)

             

            IMPROVISATION

            ​Une part des dialogues est inspirée de l'actualité toute récente puisqu'il est question du Remaniement Ministériel. (Thomas)

            La Nuit des rois ou tout ce que vous voulez joue avec la place du public pour lui faire perdre ses repères. Le « quatrième mur » est régulièrement brisé : loin d’ignorer le public, les comédiens s’adressent souvent à lui. Sir Andrew Et Toby commentent ainsi le remaniement ministériel, la politique du président. Cet épisode est assez incongru car il s’apparente plus à un sketch qu’à une tirade mais il a  aussi toute sa place car il reflète le caractère de ces deux personnages qui sont loufoques, grossiers, ridicules. De plus, cet instant incarne le monde que nous voyons se faire tout au long de la pièce : un univers de fête plus que de calme, de désordre plus que d’ordre, laissant place à des complots, des folies : une insouciance collective, une ivresse qui est doublement représentée dans la scène qui suivra. (Corentin)

            Parmi les moments d’improvisation, l’un met en scène Sir Andrew et Sir Toby dans une « battle de danse ». La musique utilisée peut être interprétée comme une provocation, car elle s’oppose au lyrisme des musiciens tant appréciés par le personnage noble d’Orsino. Le caractère provocant de la scène et aussi souligné par la virulence avec laquelle Malvolio, personnage au caractère monotone et au service d’Olivia, s’oppose à la musique en privant Sir Andrew de son micro. Les costumes, eux aussi peuvent être interprétés comme provocants. Le travestissement par perruque peut même être reçu comme une critique de l’intrigue de la pièce dans laquelle on voit une femme se travestit notamment en changeant de coiffure. (Grégoire)

            Le moment qui m’a le plus marquée est la scène de danse techno. Les comédiens parodiaient les déhanchements des jeunes sur des musiques électroniques, la manière dont les limites de la décence peuvent être franchies dans ce genre de moment (un comédien se dénude de manière provocante). Ce moment a beaucoup fait rire le public mais il y avait aussi de la gêne de voir cette exhibition si près de nous, alors que la salle est éclairée et que nous ne sommes pas pris dans la folie de la danse, nous sommes sur nos chaises, nous observons l’excentricité de Sir Andrew.  Ce n’est pas le genre de moment dont on a l’habitude à la Comédie-Française (Sarah)

            Les personnages font une sorte de concours de danse pour s'amuser et Maria les gronde en disant que cela ne plairait pas à leur maîtresse. Cela m'a fait penser à une sorte de concours de danse avec la planche au milieu du public où ils se montraient. On peut penser que ces personnages ont besoin de divertissement car ils s'ennuient. (Antoine)

            Le rythme du spectacle est assez lent, mais au bout d’une heure environ, Sir Toby et Andrew prennent des micros, s'installent au devant de la scène, demandent de la lumière et s’adressent à nous dans la salle éclairée : « Vous avez vu le remaniement du gouvernement ? » S'ensuit alors un mini-sketch sur les récentes actualités du gouvernement et les citations les plus connues d'Emmanuel Macron. On comprend que les comédiens doivent improviser régulièrement sur scène un sujet d'actualité. Par ce procédé, ils parviennent à parfaitement capter l'attention des spectateurs en leur parlant d'un sujet qui les touche directement. (Thyl)

            Soudain ils prennent leur micro à la main et l'ambiance change complètement : musique dubstep, effets lumineux multicolores dans tous les sens, les comédiens se mettent à chauffer la salle et nous poussent à crier avec eux. Pendant que Sir Toby parle et commente, les hommes, chacun à leur tour, s'avancent sur le long promontoire séparant l'orchestre en deux et se croient dans un défilé de mode en poussant la chose à l'extrême. Sir Andrew va jusqu'à se mettre nu pour faire des pirouettes suscitant l'ahurissement du public. A ce moment là c'est toute l'institution, le patrimoine de la Comédie-Française qui prend une grande claque. A décider entre scandale ou révolution ? Ostermeier parvient à parfaitement dynamiser sa longue pièce grâce aux interventions de Toby et Andrew. Chaque fois que le spectacle devient un peu lent, les deux protagonistes arrivent et nous réveillent. Cette alternance de rythme rend justice au texte de Shakespeare qui repose précisément sur une succession de scènes sérieuses et grotesques. (Thyl)

             

            GENRE

            Georgia Scaliett interprète le rôle de Viola : je m’attendais à ce qu’elle change sa voix lors de ses discours sous les traits de Césario, qu’elle la masculinise en la rendant plus grave, ce qui ne fut point le cas. Elle interprète le masculin d’une autre manière. Son timbre de voix féminin lui est d’ailleurs signalé durant la pièce par d’autres personnages, qui ne se doute de sa véritable identité pour autant. (Hugo)

            J'ai choisi le passage qui me sembler le plus inspirant : durant un des chants, Césario/Viola essaie de s'approcher du duc Orsino mais à chaque fois il s'éloigne. On peut comprendre sentir à la fois son attraction pour le Duc et l’impossibilité d’avouer son désir (Léa)

            Lors de la scène finale, tous les personnages principaux échangent des baisers les uns et avec les autres. Les sexes des uns et des autres ne sont alors plus des barrières, ce qui était le cas toute la pièce durant, ce qui en était même l’élément central. A cet instant, cela n’a plus aucune importance. Tous se laissent guider par leurs désirs, sans s’inquiéter des usages ni des interdits. (Hugo)

            A la fin de la pièce, les personnages se mettent en ligne face au public et s'embrassent un par un langoureusement comme une réponse simple, légère et ouverte à la question du genre et des interdits. (Solerine)

            Dans la scène finale, les cinq protagonistes (Olivia, Viola, Malvolio, Orsino et Sebastian) se tiennent sur la scène, en ligne, face au public. A tour de rôle ils s’embrassent l’un l’autre amoureusement sur la bouche, de telle sorte qu’à la fin chacun a embrassé tous les autres. Il me semble que ces baisers montrent le triomphe de l’amour sur la différence des sexes et sur les conventions. C’est un final qui célèbre la tolérance et la beauté du désir par delà la morale traditionnelle. D’une certaine manière, le metteur en scène suggère que toutes les questions soulevées en ce moment par le mouvement LGBT ont été annoncées dans le théâtre de Shakespeare. (Pauline)

            A fin du spectacle, les comédiens s’embrassent chacun leur tour. Ce moment est à la fois très humoristique, il fait beaucoup rire le public, et en même temps plein de sens. Il fait écho aux questions qui agitent notre société autour de l’orientation sexuelle et du genre. Le metteur en scène suggère que l’amour n’a pas de sexe, qu’il existe entre homme et femme mais aussi entre femme et femme ainsi qu’entre homme et homme, il s’adresse à une personne, non à son genre. (Joachim)

            La dernière scène de La nuit des Rois est une scène assez particulière. Après de multiples quiproquos entre tous les personnages, (la comtesse se marie avec Sébastien en étant persuadée que c'est Césario; Antonio, amoureux de Sébastien, avoue son amour en s'adressant a Césario, persuadé que c'est Sébastien…), les masques tombent enfin. Les deux jumeaux se retrouvent ensemble sur scène et Césario avoue s'être déguisé et s’être joué de tout le monde en dévoilant sa vraie identité, celle d'une femme, Viola. Celle ci déclare son amour à Orsino qui, ayant compris qu’Olivia était éprise de Sébastien, partage ses sentiments. Tous les personnages, encore troublés par les révélations du jeu de Viola, s'embrassent à tour de rôle, les couples entre eux mais aussi les hommes entre eux et les femmes entre elles: Viola et Orsino, Olivia et Sébastien, Viola et Olivia, Sébastien et Orsino ainsi que Sébastien et Antonio. La pièce se termine ainsi. Grâce a cette scène, un peu décalée, nous avons pu voir que Thomas Ostermeier, le metteur en scène, avait pris une certaine liberté par rapport à la pièce de Shakespeare. Celui ci interroge la question du genre, des identités et du désir amoureux. Le passage dans lequel tous les personnages s'embrassent,  qui n'est pas dans la pièce de Shakespeare, montre cette liberté prise par Thomas Ostermeier : il va plus loin que le texte de Shakespeare, mais il est conduit par le sens de la pièce. (Clémentine)

            ​Lors du dénouement, Sébastien arrive sur le plateau alors que sa sœur y est aussi. Les personnages sont choqués et Viola décide de se montrer ce qui crée un moment comique  et en même temps troublant car tous les deux pensaient que leur jumeau était mort. Sébastien met du temps à comprendre qu’elle est déguisée en homme. Quand Viola avoue qu’elle est un homme, on voit le choc que cela provoque chez les autres personnages (Olivia et le duc notamment). Ensuite, Olivia, Viola, le duc, Sébastien et Antonio échangent des baisers : c’est la concrétisation de l’attraction qu’ils ont éprouvée les uns pour les autres, ou qu’ils éprouvent maintenant. Cette scène dit quelque chose de la question du genre : deux femmes s’embrassent, deux hommes s’embrassent, on ne juge plus sur le genre. On voit des personnes, des êtres humains. (Ondine)

            Un des moments le plus intéressant de la pièce est la scène finale : le calme est revenu sur scène et Cesario, alias Viola, Le duc Orsino, Olivia et Sebastian font face au public. Tous stupéfaits de ce qu’ils viennent d’apprendre, ils se dévisagent silencieusement. D’un côté, entre les jumeaux, on voit Orsino et Olivia complètement décontenancés d’apprendre le véritable « genre » de Cesario, et de l’autre les jumeaux qui sont eux abasourdis de voir que leur « double » est en réalité vivant. Les quatre personnages, toujours face à nous, s’embrassent tour à tour : tout d’abord Olivia et Orsino, ensuite Orsino et Viola suivi de Olivia et Sebastian (ce moment est assez comique car Orsino et Olivia se tiennent en même temps la main). Et cela ne s’arrête pas là : Sebastian embrasse à son tour le capitaine et Viola, Olivia. Ce moment précis suggère en actes que le « genre » ne commande pas l’amour. C’est un moyen de lutter contre l’homophobie. (Youna)

            Les machinations, les péripéties que vivent les personnages nous font remarquer que les genres se confondent, on ne sait plus distinguer un homme d'une femme. Un individu identique se scinde en deux: d’un côté Sébastien, de l'autre sa soeur Viola déguisée en Césario.  Les protagonistes tombent amoureux de l'un puis de l'autre. Ce n'est plus le sexe qui compte mais la personne en elle-même. (Héloïse)

            A la fin de la pièce m'a laissé un arrière goût amer. Tout est redevenu dans l'ordre des choses, un homme aime une femme, une femme aime un homme. Orsino aime Viola, Olivia s'est marié avec Sébastien. Pourtant les personnages ne peuvent s'empêcher de montrer leurs désirs pour les autres. L' "erreur de l'objet aimé" ne serait-elle pas la bonne "erreur" ? J'ai trouvé aussi étrange qu’Orsino ne découvre son amour pour Viola que lorsqu'elle lui dit qu'elle est en réalité une femme, comme si il ne commençait à l'aimer vraiment qu'à ce moment là. Bien sûr il est "attiré" par elle, mais parce que Viola est un homme il ne peut s'avouer cette attirance. Cette rapidité à l'aimer montre soit qu'il n'"attendait que ça", soit que ce n'est qu'un amour factice d'un homme gâté et fasciné par la beauté de la jeunesse. (Héloïse)

             

             

            LEGERETE ET CRUAUTE

            Un moment particulièrement comique est la réception par Malvolio de la lettre piégée. Rendant la pièce plus légère par leurs pitreries, Maria et ses deux complices, Sir Andrew et Sir Toby sont alors cachés derrière le fauteuil où est assise leur victime. Enhardi par la lecture de cette lettre, Malvolio se laisse aller à des excentricités se dévoilant sous un jour nouveau à ses trois bourreaux, réjouis et hilares. Personnage plutôt agaçant à ses débuts par son ton orgueilleux, il est rendu pathétique aux yeux des spectateurs qui le voient passionné mais qui le savent objet de la risée générale. (Lucy)

            La scène de duperie de Malvolio met en scène tous les personnages comiques. Les personnages de Maria, Toby Et Andrew décident de se moquer de l'orgueil démesuré de Malvolio, valet d'Olivia. Pour cela Maria imagine une farce par le moyen d'une lettre, elle fait croire à Malvolio que son amour pour Olivia est réciproque. Malvolio fait l'objet d'une double tromperie. D'une part parce qu'il croit la lettre de Maria écrite par Olivia, d'autre part parce qu'il se croit seul alors que tout le monde l'observe. Thomas Ostermeier n'a pas cherché la vraisemblance dans la cachette des trois trompeurs, ils sont tout à fait visibles derrière un décor minimaliste (deux rochers et une chaise). L'invraisemblance est d'autant plus drôle puisque, alors que Malvolio est tourné en ridicule, seul le public entend les railleries des personnages "cachés". C'est grâce à cette complicité avec le public instaurée par Thomas Ostermeier, qu'il réussit à captiver la salle. (Juliette)

            Tobby, Andrew et Maria se cachent et se relèvent de manière simultanée. Ce mouvement d’ensemble est très drôle. On voit Sir Andrew s’approcher de plus en plus de Malvolio pour lire la lettre en même temps que lui, jusqu’à se retrouver nez à nez avec lui, comme dans un dessin animé. (Julien)

            La scène 3 de l'acte 1 introduit les personnages de Sir Toby et Sir Andrew. En lisant la traduction d'Olivier Cadiot, je n'avais pas saisi la nature de la relation entre ces deux personnages, je voyais en eux deux amis. Ce sont la gestuelle et l'intonation données par Christophe Montenez à son personnage (Sir Andrew) qui l'ont fait passer du rang de lourdaud éméché à celui de pantin malheureux incapable de comprendre ce qui lui arrive. De même, l'aspect cynique donné par le jeu de Laurent Stocker à Sir Toby m'a fait comprendre son côté manipulateur là où je ne voyais que de l'amitié, notamment au moment de la sortie du plateau des deux personnages, alors que Toby fait danser Gueule-de-Fièvre en le menant de son bâton. De fait, Sir Toby conduit Sir Andrew à dépenser tout son argent avec lui, il l’utilise de manière éhontée, ce que l’on sent beaucoup plus nettement dans cette mise en scène qu’à la simple lecture du texte (Aurélien)

            Le décor reste le même du début jusqu'à la fin bien que les scènes se déroulent dans des lieux différents, mais à la fin de la pièce, ce décor qu'on s'était habitué à voir statique va soudainement ''s'ouvrir" et le spectateur découvre l’arrière scène où Malfolio s'est pendu.  (Thomas)

            Suite aux baisers des différents personnages, qui fonctionne comme un happy end, le décor s’effondre, ce qui  souligne probablement le désordre de la scène. On assiste alors au suicide de Malvolio, ce qui fait naître un sentiment d’incompréhension. Mais on n’a même pas le temps de réfléchir, le noir se fait, puis le public applaudit. Il n’empêche que la dernière image du spectacle est une image sombre, qui montre que tout le monde ne sort pas heureux de cette intrigue : il y a des victimes, comme toujours en amour… (Youna)

            J'ai aimé la façon dont évolue le personnage de Malvolio. Au début, il se détache par ses remarques agaçantes et son trop plein de confiance. Puis au fur et à mesure il devient le bouc émissaire des gamineries de Sir Andrew et Sir Toby. Lorsqu'ils lui donnent une fausse lettre, il est tellement sûr de son charme qu'il ne doute pas de la supercherie une seule seconde. Il lit alors la lettre à haute voix dans une scène où ses bourreaux se cachent grossièrement derrière des rochers et qu'il ne voit pas. Sur la lettre il est écrit qu’Olivia, qui est sa maitresse, aime ses bas jaunes et ses jarretières croisées. Il se présente alors quelques temps plus tard devant elle, habité de façon ridicule. Il porte comme slip une sorte de trompe dorée et est maquillé de manière exagérée. Il se pavane devant Olivia qui ne comprend pas la situation. Finalement Malvolio finira dans le dénuement total, dans l'obscurité, avec les poings liés comme un misérable. Il est également recouvert d’excréments comme s’il était en enfer. Il deviendra fou et on n'entendra plus parler de lui jusqu’à ce qu’on découvre son suicide. Le bouc émissaire finira donc seul, trompé par les amusements des personnages comiques de la pièce. Il a été puni de son arrogance, mais il montre surtout que tout ne se finit pas bien dans la pièce. Cette fin n’est pas celle de Shakespeare : le metteur en scène a coupé la dernière scène, où apparaît Malvolio enfin libéré du cachot. La mise en scène a renforcé le côté sombre du destin de ce personnage, ce qui crée un fort contraste avec la fin heureuse des autres personnages. (Clara)

            Malgré les aspects très comiques de la pièce, nous assistons à un drame. La mise en scène laisse voir au spectateur "l'envers du décor", lorsque l'on voit Malvolio se pendre derrière Orsino, Sébastien, Viola et Olivia, tous les quatre heureux d'avoir "retrouvé" leur âme soeur. Les complots et les mises en scène dans la mise en scène (comme une sorte de mise en abyme) ont eu pour conséquence la mort d'un homme. J'ai remarqué aussi et cela m'a un peu refroidie, que le public riait à cette scène. Puisqu'elle venait juste après une scène comique où chacun embrassait le compagnon de l'autre, les spectateurs m'ont semblé décalés par rapport à ce qui se déroulait sous leurs yeux. (Héloïse)

            J’ai apprécié que le personnage du fou ne soit pas le véritable fou de l’histoire. Il est en effet au contraire sage, mais sa sagesse est incomprise, si bien que ses propos philosophiques sont perçus comme n’ayant aucun sens. Sir Andrew et Toby sont les vrais fous de la pièce. (Hugo)

             

            En quoi cette mise en scène place-t-elle l’identité au cœur de son questionnement ?

            Comment cette mise en scène articule-t-elle légèreté et cruauté ?

            Comment cette mise en scène renouvelle-t-elle notre regard sur le genre ?

            Comment la mise en scène de La Nuit des rois questionne-t-elle le rapport des personnages au désir ?

            Que nous dit cette mise en scène de La Nuit des rois sur l’amour ?

            En quoi le corps est-il placé au centre de cette mise en scène de La Nuit des rois ?

            Quelle est la place et le sens de la musique dans cette mise en scène de La Nuit des rois ?

            Dans quelle temporalité Thomas Ostermeier inscrit-il La Nuit des rois ?

            Quelle place la mise en scène d’Ostermeier accorde-t-elle au public dans La Nuit des rois ?

            En quoi peut-on dire que la mise en scène d’Ostermeier fait de la Nuit des rois une pièce qui nous regarde ?

            La Nuit des rois est-elle présentée comme une utopie ou comme une réalité de notre temps dans cette mise en scène ?

            Comment cette mise en scène de La Nuit des rois articule-t-elle étroitement le rire et le trouble ?

             

             

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