Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 10/10/2017
      • JOUER COLLECTIF : STADIUM (Mohamed El Khatib/Théâtre de la Colline)

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            En quoi ce spectacle propose-t-il une réflexion sur la notion de public (sur ce que signifie être public, spectateur, supporter) ?

            Quelle place ce spectacle accorde-t-il au public ?

            En quoi peut-on parler, à propos de ce spectacle, de théâtre documenté ou documentaire ?

            Comment la vidéo est-elle utilisée dans Stadium ?

            Quel est l’intérêt de faire jouer des non professionnels ?

            En quoi ce spectacle propose-t-il une réflexion d’ordre politique ?

            Comment ce spectacle interroge-t-il le théâtre (dans sa forme, ses codes, etc.) ?

            LA TROMPETTE

            Noir. Lumière. Le plateau est vide, grand, on voit face à nous des gradins métalliques face au public : c’est clairement une mise en abyme  de la situation théâtrale : nous sommes un public en face d’un public, voilà le sujet du spectacle de ce soir : Stadium. (Vassilis)

            Un trompettiste est sur scène. Il joue un morceau et le panneau des surtitrages nous explique que cet air est habituellement joué dans les stades de foot du sud de la France. Au départ, à cause de cette musique, j’ai cru que nous étions face à des catalans ! j’étais déstabilisée car nous allions voir un spectacle sur le Nord et cela débutait par une musique évoquant le sud (Jane).

            Le son de cette trompette après le noir donnait l’impression que nous étions dans une corrida. (Arthur)

            La présentation sur l’écran de la tradition du olé ! était une invitation à participer : le public y a répondu spontanément (Joseph).

            Ce trompettiste sur scène crée un lien très direct avec les spectateurs, et cela permet aux spectateurs de se familiariser avec l’ambiance du spectacle : nous avons participé en répondant dès le début (Hadrien).

             

            COMME AU STADE

            A « jardin », il y avait une sorte de caravane, « Chez Momo » (allusion pleine d’autodérision au nom du metteur en scène, Mohamed El Khatib) : c’est une friterie, symbole culinaire du Nord de la France et aliment favori des mi-temps. A l’entracte, les spectateurs du théâtre de la Colline sont invités à faire comme les spectateurs de foot : ils se ruent vers la caravane. (Marion)

            Partout, il y a la présence du sang et or, les couleurs de Lens, dans la mise en scène, on est presque au stade Bolaert. Cette impression est renforcée par la présence de la mascotte de Lens. (Théophile)

            L’espace rectangulaire de la scène est délimité comme un terrain de foot. Les gradins sont dans le fond, toujours plus ou moins occupés (sauf au début, avant que le « match » ne commence). On est observés ? C’est aussi de nous qu’il est question dans ce spectacle. (Elian)

            La  volonté de reconstruire un match de foot est la base de la scénographie. Les lumières sont celles qui éclairent les stades : des spots puissants, qui éclairent fortement l’espace (Dan)

             

            JOUER COLLECTIF

            Une fille sur scène chante du Michel Sardou. Au début elle était seule, cela semblait un peu gênant, puis les autres supporters l’ont rejointe, et ce moment un peu médiocre s’est transformé en quelque chose de sympathique. On a finalement senti que lorsqu’une personne fait quelque chose seule, il n’y a pas beaucoup d’émotion, alors que quand le public est là, ça prend de l’ampleur. Le collectif permet de transformer un moment, de lui donner une autre ampleur (Jules)

            En même temps, cette jeune femme chante du « Sardou », tout le monde la suit, on est tous « dans l’ambiance » et à la fin elle se moque de nous ! (Théophile)

            L’ambiance de la pièce était familiale : il y avait des valeurs autour de la culture et de ce qui se transmet de génération en génération. La famille Dupuis assise au grand complet sur les gradins était vêtue en sang et or : ils avaient tous la même passion pour le sport. (Vassilis)

            Le témoignage de la pompom girl est important : elle explique qu’elle a été aidée par le cheerleading. Le fait qu’elle n’ait pas le corps élancé des cheerleaders n’a pas eu d’impact sur son engagement. Elle a été acceptée, et s’est acceptée elle-même en devenant supportrice (Arthur)

            On voit aussi que cette région de France, qui a radicalement changé son vote en passant du communisme au vote FN, reste fidèle à une chose : le football. C’est ce qui fait leur unité. (Arthur)

            La banderole montre certes l’unité autour du club, mais aussi les attaques entre clubs. (Aurélien)

            Moi, je ne suis pas d’accord avec l’idée que le foot unifie les catégories sociales, au contraire ici, le spectacle montre un public homogène socialement, il regroupe des personnes d’une même catégorie (ici anciens ouvriers). (Aurélien)

            Le metteur en scène met l’accent sur le fait que la plupart des supporters ont été ouvriers/enfants d’ouvriers, ils partagent ce même héritage. (Dan)

            Tous ont l’air d’avoir une vie difficile, mais le foot permet d’oublier les malheurs. (Elian)

             

            VIDEO

            Le fait qu’il projette à l’écran des interviews de supporters faisait très documentaire, mais il n’y avait pas toujours de lien entre les temps d’interview et les temps de jeu, cela créait des effets de coupure un peu étranges. (Hadrien)

            Pour moi, la vidéo permettait d’introduire des sujets et de présenter les acteurs avant qu’ils n’arrivent sur scène : l’acteur sur la vidéo nous dit quelque chose, mais ensuite on le voit sur scène, sa présence est plus forte. On apprend des choses sur lui, on le connait un peu avant qu’il n’apparaisse.  (Eugénie)

            Cela crée des effets de surprise : la grand-mère vu son âge, n’aurait pas dû venir (Gustave).

            A mon avis, il y avait un peu trop de vidéo au début, et plus de présence réelle sur scène dans la 2e partie (Jane). En même temps, la raréfaction du jeu sur scène renforçait son importance. (Hadrien)

            Le spectacle a un aspect documentaire, on voit la présentation de chacun des protagonistes par vidéo, nous sommes plongés dans leur quotidien (Joseph)

            LE VRAI ET LE FAUX

            Où est la réalité ? Les choses sont elles écrites ? S’agissait-il d’improvisation ? De jeu théâtral ? (Jade) Etait ce vraiment son anniversaire ? (Tania) On ne sait plus où se situe la limite du vrai et du faux, d’une manière tout à fait différente de ce dont on a l’habitude au théâtre.

            Que cela soit pas son anniversaire n’a pas d’importance : ce qui importe, ce sont les sentiments qu’on a éprouvés. (Lola) Oui, mais on aimerait quand même bien savoir ! (Paul)

            Si on s’interroge sur le vrai et le faux, on peut se demander si Jonathan le Pessimiste, existe vraiment ou pas. Son nom est un pseudonyme. (Théophile).

            L’intervention du vieil homme qui ne fait pas partie de la pièce suggère deux choses opposées : soit ce n’était pas prévu, soit tout était préparé. Dans les deux cas, les réactions sont fortes, y compris celle du metteur en scène. En tout cas, le moment a fait naître une sorte de gêne dans le public. (Chloé) Le temps que le maire a mis à réagir laisse penser que c’était complètement imprévu ! (Paul)

            Le moment de l’anniversaire d’Yvette soulève beaucoup de questions : si c’est vrai, c’est un hasard, et c’est très drôle. Si c’est faux, c’est quand même riche parce que les spectateurs chantent « joyeux anniversaire  Yvette » et cela crée une ambiance de stade de foot, le public encourage celui qui est sur le « stade » pendant sa performance, le félicite, donne un peu de lui-même. Ce moment construit une sorte de complicité avec la salle. (Elian)

            C’est comme si le metteur en scène essayait de nous convertir en communauté de supporters, cette fois, au lieu de venir pour regarder et juger, nous sommes là pour encourager des acteurs amateurs. (Arthur).

            Le spectacle travaille beaucoup la notion d’authenticité : nous voyons sur scène des gens qui nous parlent de leur vie et qui ne sont pas des acteurs, ils viennent du Nord, et s’ils sont filmés c’est aussi parce qu’ils ont leur vie à côté, leur métier et qu’ils ne peuvent pas être sur scène. La présence du metteur en scène semble aussi liée à cela, comme si son rôle était de mettre un cadre et de stopper les improvisations si elles deviennent trop délirantes. Il joue son rôle de metteur en scène ou d’auteur (Elian)

            J’ai été perturbée pendant toute la pièce : l’arbitre est monté sur scène alors qu’on avait parlé de lui, il a raconté l’anecdote évoquée juste avant. Quand la première personne l’a racontée, on en rit. Quand c’est lui qui vient sur scène, c’est différent. (Alice)

            Au contraire, moi quand un supporter a raconté l’anecdote sur l’arbitre, j’ai trouvé ça méchant, mais quand j’ai appris que l’arbitre était dans la pièce, ça m’a rassuré, le fait qu’il soit là et qu’il témoigne montrait qu’il avait de la distance avec cet épisode, et qu’il l’avait bien pris, qu’il en avait compris le sens. (Aurélien)

            Ce qui m’a marquée c’est que la grand-mère, que nous avions vue en vidéo chez elle, pas dans un lieu impersonnel, est montée sur scène en vrai. Au départ, je me suis dit que ce n’était pas elle ! (Jade)

            Mon émotion  était grande pendant l’anniversaire : mais depuis, j’ai appris que ce n’était pas son anniversaire : on a été trompés ! (Léa)

            La grand-mère n’a pas eu beaucoup de réaction, comme si c’était normal.  Je me suis demandé si c’était vraiment son anniversaire. (Hindou). Ça remet en question la pièce.

            La scène qui m’a le plus marqué c’est celle où un comédien  déguisé en perroquet joue un morceau de guitare. Ça donnait une ambiance déprimante et en même temps c’était grotesque. Cela montrait un vrai sens de l’autodérision. (Sylvain)

            J’ai aimé que le metteur en scène participe à la pièce et pose des questions aux gens sur la scène, cela renforçait l’idée de réalité. (Eloise)

            A un moment, il  y a une sorte de teaser pour une autre pièce Moi corinne dada, une pièce qui est passée l’an dernier au théâtre de la Colline : Corinne Dadat apparaît sur scène et interpelle le metteur en scène en lui demandant un rôle dans sa nouvelle pièce. Le metteur en scène fait alors sa première intervention du spectacle : il lui reproche de faire son autopromotion (Flavien)

             

            COMMENT EST-CE CONSTRUIT ?

            Stadium a quelque chose de bizarre et même de gênant : on se demande sans cesse si c’est de l’impro ou du théâtre « écrit ». (Dan)

            La pièce mélange plusieurs techniques, fait des expériences pour remettre en question le cadre de la représentation de théâtre (abolition des frontières entre fiction et réalité, utilisation d’écran pour donner des informations, entrée du public sur scène, pas de vrais acteurs). Le spectacle est préparé mais il accorde sans doute une grande part à l’improvisation : le texte n’est peut-être pas entièrement écrit ni figé, il doit sans doute se modifier d’un soir à l’autre. (Daria)

            En sortant j’ai remarqué que le dernier personnage le Pessimiste n’était pas là et qu’il avait écrit certaines questions : devait-il être là ou les questions devaient-elles être posées par le metteur en scène ? (Jade)

            La construction de la pièce s’est adaptée aux acteurs/personnages, elle a été créée à partir d’eux, de leur spontanéité. (Pauline)

            Finalement, on n’entend presque aucun nom de joueur de foot : le spectacle s’intéresse surtout à ce qui lie les gens les uns aux autres, à la manière dont ils vivent leur passion, à leur esprit d’équipe (Pauline).

            LA PLACE DU PUBLIC

            La pièce joue beaucoup sur les interactions avec le public, celui donne un côté chaleureux à ce spectacle, cela nous permet d’entrer dans leur intimité plus vite, de les connaître, de partager leurs moments de joie et d’euphorie. (Lola)

            Il y a notamment les frites pendant l’entracte, comme pendant un match de foot, merguez frites boissons. Les spectateurs montent sur scène, se mélangent avec les comédiens, ce n’est pas une simple disparition du quatrième mur, c’est la remise en question complète des frontières salle/scène (Lola)

            Yvette, la grand-mère que nous avons vue sur la vidéo est montée sur scène avec 30 personnes de sa famille. Cela  provoqué une grande émotion dans la salle. On lui a chanté « joyeux anniversaire » et tout le théâtre a chanté pour elle « Les Corons ». Cette chanson  est l’hymne du stade Bolaert. Elle est un peu ringarde et c’était drôle de voir le public de la Colline, si plein d’esprit critique, chanter cette chanson un peu ringarde. C’était un beau moment. (Gustave).

            Corinne dans la baraque à frites regardait ce qu’il se passait sur scène : elle est à la fois spectatrice, actrice et décor ! (Chloé)

            A la fin du spectacle, on observe un jeu sur la lumière : le noir complet est sur scène, seul le public est éclairé, on devient les acteurs et eux les spectateurs, c’est une belle inversion des rôles (Apolline)

            On a pu voir ce que ce spectacle pouvait faire faire au public : le metteur en scène a réussi à les faire jouer, participer, à jouer sur le mélange  entre vie privée et prestation publique, à créer une sorte de communion. (Charlotte)

            En sortant, nous étions accompagnés par les comédiens qui jouaient de la musique et qui chantaient. Le public chantait. Nous sommes entrés comme un public, mais nous sommes sortis comme des supporters : on oublie totalement la dimension théâtrale. Les passants ne nous ont certainement pas pris pour des spectateurs de théâtre ! (Daria)

            C’est une rencontre entre deux types de public : celui du foot et celui du théâtre. Il y a échange des rôles, transmission. On est devenus supporters, ils sont devenus comédiens. (Joseph)

            A l’entracte, on a vu l’installation d’une vieille télé pour regarder un match de foot. Cela renforce l’immersion dans le milieu sportif et l’idée de partage. A la sortie du spectacle, on a un peu l’impression d’être devenus lensois. Tous les acteurs de la pièce sont réunis dans un même lieu et dans une même émotion. (Apolline)

            La force de la pièce, c’est de nous faire devenir supporters sans même avoir mis les pieds dans un stade. (Lou)

             

            LE DRAPEAU

            Un passage m’a marquée plus que tous les autres : un supporter fait danser son drapeau sur une musique de vivaldi, sa mère a cousu ce drapeau et il pense à elle. Il y a apparemment un grand écart de culture entre Vivaldi et le foot, mais l’association des deux provoque une émotion intense, c’est comme un moment de recueillement, un temps pour penser à quelqu’un qui est mort mais qui est encore présent (Marion)

            La scène du drapeau : un supporter de Lens, sa mère lui avait fait un drapeau énorme cousu en trois ans. Il brandit son drapeau, musique de Vivaldi, son histoire, le texte remplace la parole, scène muette, mais l’écriture donne sens (Eugénie) Association de deux registres de culture donne noblesse (Aliénor)

            Ce jeune homme avec son drapeau est le seul élément éclairé de la salle, il ne parle pas mais son histoire est écrite sur l’écran. Peut-être parce que c’était trop dur pour lui d’en parler, peut-être qu’il est plus à l’aise pour s’exprimer physiquement avec son drapeau. (Daria)

            C’est un moment d’une grande force émotionnelle, il nous fait sentir que le foot regroupe l’intégralité de la société Lensoise. C’est différent du théâtre où les opinions sont différentes, les gens n’ont pas le même avis sur les pièces qu’ils voient, ils se disputent sur ce qu’ils ont aimé ou détesté. Ici, le football est pratiqué comme une religion (Elian)

            Sa mère a mis 3 ans pour faire drapeau, alors qu’elle n’aimait pas le foot, c’est aussi cela qui est très marquant, cette générosité-là (Paul)

            Ce qui fait la force de ce moment, c’est le contraste entre la musique lyrique (cum dederit de Vivaldi) et l’univers footeux, deux mondes qui ne se rencontrent jamais. (Lou)

            C’est une sorte d’échange entre deux mondes, peut-être celui de la mère et du fils, celui d’une culture et d’une autre, qui deviennent plus forts en se rencontrant, qui touchent plus de gens en étant associés (ELian).

             

             

             

            A la fin de la pièce Mohamed El Khatib lisait les messages qui lui ont été envoyés par Lorenzo le « capo » des supporters. Il demandait : « peut-on dire tout ce qu’on pense au théâtre ? » IL y avait un lien avec le moment où il y a eu une intervention d’un spectateur aux propos du maire communiste du Pas de Calais : là, on a bien vu que le public pouvait intervenir. (Aurélien)

             

            SOCIOLOGIE

            La pièce a une dimension importante d’analyse sociologique. On le sent en particulier au moment où Kevin parle de son prénom pendant 10 minutes. Ce spectacle porte davantage sur les ouvriers et sur leur lien avec le foot que sur le RC Lens. On en apprend plus sur la politique et l’engagement que sur le foot. On sent un fort sentiment d’appartenance à un milieu, celui des mineurs, c’est ce qui fait leur identité. (Aurélien)

             

            FINALEMENT

            Finalement, ce qu’on comprend en voyant ce spectacle, c’est qu’être un supporter, ça demande de l’effort, c’est une passion, un mode de vie, une philosophie, ça fait partie de leur vie, c’est leur raison de vivre, leur motivation, leur fierté. Ce qu’ils montrent en allant au stade encourager une équipe qui n’est pas la plus forte, c’est leur sens de la solidarité. C’est une leçon pour les spectateurs hypercritiques que nous sommes souvent, nous, les spectateurs de théâtre.

            Ce spectacle, c’est une vraie surprise : je suis allée le voir en me disant que ça allait être comique et en fait c’était émouvant. (Tania)

             

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