Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 15/10/2019
      • L'AUTRE MONDE OU LES ETATS ET EMPIRES DE LA LUNE (Cyrano de Bergerac/Benjamin Lazar)

          • L’AUTRE MONDE OU LES ÉTATS ET EMPIRES DE LA LUNE

            Cyrano de Bergerac / Benjamin Lazar

             

            OUVERTURE : ENTRÉE DANS L’AUTRE MONDE

            La lumière s’éteint, un rideau de scène doré occulte le reste du plateau et la salle est plongée dans le noir. Un homme entre par la salle avec une bougie à la main. Il commence à nous raconter une histoire. Ce choix d’entrée donne l’impression que cet homme vient de notre monde, de notre réalité. Cette bougie dans le noir donne aussi le sentiment qu’on est entre amis, cela crée une intimité entre nous, comme si on était des enfants écoutant un conte. (Camille, Julie)

            L’homme monte sur le plateau et se place avec sa bougie devant le rideau de scène doré. Nous sommes comme dans un théâtre d’ombres : nous voyons son ombre agrandie se projeter sur le mur doré, elle est inquiétante, menaçante.

            Nous reconnaissons des attitudes de la gestuelle baroque : la main près du visage pour dire la confidence par exemple. (Casey)

            Nous sommes entièrement concentrés sur lui lorsque soudain, le rideau de scène se lève, on découvre un autre univers, on entre dans la fiction (Lara).

            Sur scène se trouvent deux musiciens qui accompagnent l’histoire racontée par le comédien grâce à leurs effets sonores : lorsqu’il essaie de s’envoler, ils font vivre le mouvement par la sonorité de leurs instruments (le grincement du banc). Cette musique de scène contribue à rendre concrète l’histoire qu’il raconte. Lorsqu’il dort, ils font entendre son ronflement, de manière comique. (Paloma)

            Les musiciens jouent de la viole, du violoncelle, de la guitare baroque, du luth, du théorbe. Les instruments sont accrochés derrière eux sur un portant. La musicienne jonglait entre la viole et le violoncelle, la viole était utilisée pour la mélodie, le violoncelle pour l’accompagnement.  (Inès)

             

            LE VOYAGE

            Le narrateur nous raconte son voyage sur la lune. Ce qui est amusant, c’est que ce voyage fantastique, complètement imaginaire, commence par des remarques d’astronomie, des remarques tout à fait sérieuses d’ordre scientifique au sujet du système solaire. Il évoque l’héliocentrisme, ce qui est encore une audace à l’époque. Il nous fait une sorte de cours sur le système solaire, en utilisant des images très concrètes qu’il fait exister sur scène : il parle du soleil il le fait vivre sur scène avec sa bougie. (Gaia)

             

            LES MUSICIENS

            La musique scénique a une importance considérable dans ce spectacle. Les musiciens échangent avec le comédien, se tournent vers l’interprète, jouent dans les deux sens du terme : ils réagissent aux affirmations du conteur, ils communiquent avec lui, et ils jouent de la musique.

            Leur présence entre en résonance avec le texte puisque le langage d’une partie des habitants de la lune est censé être un langage musical. Les classes populaires s’expriment par le mouvement, les gestes, de manière très comique, tandis que les classes supérieures s’expriment avec de la musique. Les disputes créent donc des morceaux de musique. Lorsque nous entendons les musiciens après avoir appris cette caractéristique des « Luniens », nous les regardons comme s’ils étaient eux-mêmes ces habitants de la lune. Notre regard change sur eux. (Inès)

            La musique contribue à créer l’espace, la scénographie. Le comédien contribue lui aussi à la musique : il siffle et entre ainsi en dialogue avec les musiciens. Il chante également. On observe une circulation des modes d’expression. La pièce pose la question du langage et de la compréhension entre les hommes, et du pouvoir de la musique. (Julie)

             

            LA MARIONNETTE

            Le comédien est représenté en modèle réduit, en une sorte de mise en abyme sa présence sur scène. Cela illustre son double statut de narrateur et de personnage. Son utilisation de la marionnette a un effet comique : il la place sur son épaule et cela fait écho à la disproportion entre les Luniens et les Terriens. Cela évoque les personnages de conte que sont les géants, ou les personnages de conte philosophique comme ceux de Voltaire par exemple (Simon)

            Parmi les rares accessoires utilisés par le comédien, on trouve une fine baguette qu’il tient à la main pour désigner les membres de la marionnette : il adopte une posture de professeur devant une classe. (Noa, Julie)

             

            NOTRE MONDE ET LES AUTRES

            La pièce comporte une dimension critique à l’encontre de notre monde : certains aspects de cet autre monde sont positifs et nous font observer notre monde de manière critique, d’autres aspects sont négatifs et ils nous font penser aux défauts de notre monde. (Mattéo)

            Le monde qui nous est décrit est tantôt un reflet du nôtre, tantôt une image déformée, tantôt une inversion. A chaque fois, c’est une occasion de nous faire réfléchir à notre monde et bien souvent, de le critiquer. Les critiques portent sur la religion, l’idée de Dieu, la manière de traiter les étrangers, le fait de considérer que celui qui est différent est un animal, etc. Ici, c’est le Terrien qui est considéré comme l’étranger : il est mis en prison, et l’on voit le comédien coincé entre les marches d’un escabeau, la tête et les mains tenues serrées entre deux morceaux de bois, comme les suppliciés durant l’Ancien Régime. (Maia, Noa)

            La scénographie repose sur très peu d’objets : escabeau, chaise, un écritoire, portants, chaises des musiciens, mais tout est utilisé pour créer des images, pour nous faire voyager. Comme Cyrano de Bergerac, nous voyageons avec peu de choses, avec des inventions bricolées. Le comédien monte sur la chaise, il est en équilibre instable et donne une impression d’apesanteur, de vol, de légèreté, de voyage. Lorsqu’il monte sur l’escabeau, il semble passer dans une autre dimension : il évoque Dieu, une dimension spirituelle, il semble changer d’état. Il se place aussi sur l’escabeau pour faire ses déclarations publiques sur les places, pour renier ses affirmations sur la place du monde et la place de la lune. Son placement signifie son identité : il est le Terrien lorsqu’il est à un endroit et il est l’ami venu du soleil lorsqu’il est à un autre endroit (Noa, Paloma)

            A un moment, le comédien imite les Luniens de basse condition qui parlent avec leur corps : il s’agite dans tous les sens de manière très comique, en un mouvement frénétique, comme frappé de folie. (Julia)

            Lorsqu’il remet en question l’existence de Dieu, il souffle les bougies, comme si Dieu était la lumière : le fait de les souffler permet de remettre son existence en question. (Noa)

            Au sol, à l’avant-scène, une rampe lumineuse est visible (particulièrement du haut de la salle). On voit les bougies s’éteindre au fur et à mesure, ce qui suggère la durée de ce voyage. (Milla)

            Il remet aussi en question des coutumes, des habitudes qui sont au fondement de nos sociétés comme le respect pour les anciens, pour nos géniteurs, qui est présenté comme un enfermement (Pénélope). Ce texte nous conduit à prendre nos distances avec nos manières de penser, avec notre ethnocentrisme. Faire de la vieillesse une valeur est peut-être une stratégie des générations passées pour garder le pouvoir, pour dominer ? (Julia)

             

            MODERNITÉ

            Alors qu’il parle de l’alimentation des habitants de la lune, le comédien monte sur une chaise, et se place derrière l’écritoire, une bougie est accrochée et éclaire son visage, il pose ses mains de part et d’autre de son visage, largement ouvertes, comme les feuilles entourant le chou que serait sa tête. Il raconte que si un chou pouvait parler il nous raconterait sa douleur quand on le coupe. On peut y voir un écho à nos propres réflexion sur la souffrance animale, et le végétarisme. (Camille)

            Toutes nos habitudes de pensée sont mises en questions : la lune est présentée comme le reflet de la terre

            Lorsqu’il est sur la lune un habitant lui donne un livre : il appuie sur un bouton et l’histoire est racontée par une voix d’homme. C’est une intuition du livre audio ou du postcast que nous connaissons bien. En ce sens, ce voyage est une utopie, il nous conduit dans un lieu qui n’existe pas encore et qui offre des possibilités merveilleuses. (Rita)

             

            En quoi cette mise en scène nous fait-elle vivre le plaisir de l’enfance et du conte ?

            Comment ce spectacle nous place-t-il à la fois dans la position d’un enfant à qui on raconte une histoire et d’un adulte critique ?

            Comment la mise en scène nous fait-elle entrer dans un « autre monde » ?

            Comment ce spectacle nous fait-il nous questionner sur la notion d’altérité ?

            Un « autre » théâtre pour mettre en scène un autre monde ?

            Comment la mise en scène fait-elle exister cet autre monde ?

            Comment la mise en scène nous fait-elle voyager ?

            Comment Un autre Monde associe-t-il humour et poésie ? Imagination et réflexion ? Humour et critique ?

            En quoi consiste la puissance d’évocation de ce spectacle ?

            Comme L’Autre monde met-il en scène le pouvoir de l’imagination ?

            Comment ce spectacle renvoie-t-il à l’enfance ?

            Comment cette mise en scène baroque nous rend elle paradoxalement sensibles à la modernité de ce texte ?

             

          • IMG 1967 v4.jpg