Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 04/11/2019
      • LA MENAGERIE DE VERRE : Texte pour les 1ères spécialité

          • CONDUITE LA MÉNAGERIE DE VERRE

             

            SCÈNE 1 (p. 15)

            Tom : Oui, j’ai plus d’un tour dans mon sac, je vous réserve bien des surprises. Mais je suis le contraire d’un magicien professionnel. Lui sait donner à l’illusion une apparence de vérité. Moi, je vous présente la vérité sous la plaisante apparence de l’illusion.
            Pour commencer, j’inverse le cours du temps. Je le fais remonter à cette période révolue des années 1930, où l’immense classe moyenne américaine devait s’inscrire à l’école des aveugles et déchiffrer à tâtons le brûlant alphabet Braille d’une économie moribonde. Comme si elle n’arrivait pas à en croire ses yeux. Ou n’avait plus d’yeux pour voir.

            En Espagne, il y avait une révolution. Ici, il n’y avait que cris et confusion.
            En Espagne, il y avait Guernica. Ici, il y avait des conflits de travail, parfois assez violents, dans des villes ordinairement paisibles comme Chicago, Cleveland, Saint Louis...
            Ceci pour le contexte social de la pièce.
            La pièce se passe dans la mémoire.
            Comme elle se passe dans la mémoire, elle est toute en demi-teinte, sentimentale, non réaliste. Dans la mémoire, tout semble se passer en musique. Cela explique le violon dans les coulisses.
            Je suis le narrateur de la pièce, mais aussi l’un de ses personnages.
            Les autres personnages sont ma mère Amanda, ma sœur Laura et un jeune galant qui apparaît dans les scènes finales.
            C’est le personnage le plus réaliste de la pièce, un émissaire du monde de la réalité dont nous étions en quelque sorte coupés.
            Mais ayant ce faible pour les symboles propre aux poètes, je donne également à ce personnage une dimension symbolique : il représente tout ce dont nous passons notre vie à nous languir et cependant nous aide à vivre.
            Il y a dans la pièce un cinquième personnage qui n’apparaît pas, sauf dans cette photographie grand format au-dessus du manteau de la cheminée.
            C’est notre père qui nous a abandonnés voici longtemps.
            C’était un employé du téléphone tombé amoureux des communications internationales et qui avait abandonné travail et famille pour s’évaporer dans la nature...
            La dernière fois que nous avons eu de ses nouvelles, il nous avait envoyé une carte postale de Mazatlán, sur la côte pacifique du Mexique, avec un message de deux mots – « Hello – Goodbye ! » – et pas d’adresse.
            Je crois que le reste de la pièce s’expliquera de lui-même…


            Amanda : Tom ?
            Tom : Oui, maman.
            Amanda : On ne peut dire le bénédicité tant que tu n’es pas à table !
            Tom : J’arrive, maman.
            Amanda : Enfin, mon chéri, ne pousse pas avec les doigts. Si tu dois absolument pousser avec quelque chose, prends un bout de pain. Et mâche – mâche ! Les animaux ont plusieurs compartiments dans l’estomac qui leur permettent de digérer leurs aliments sans mastiquer, mais les êtres humains doivent mâcher leurs aliments avant de les avaler. Prends le temps de manger, mon fils, et de vraiment savourer ce qu’il y a dans ton assiette. Un repas bien préparé recèle toutes sortes de saveurs délicates qu’il faut garder en bouche pour les apprécier. Alors mâche tes aliments et laisse à tes glandes salivaires l’occasion de fonctionner !
            Tom : Je n’ai pas pu apprécier une bouchée de ce dîner parce que tu passes ton temps à me reprendre sur ma manière de le manger. C’est toi qui me fais engloutir mes repas à toute vitesse en épiant comme un faucon chaque bouchée que j’avale. Ça me soulève le cœur – ça me coupe l’appétit – toutes ces descriptions – de sécrétions animales – de glandes salivaires – de mastication !

            Amanda : Ah, monsieur fait sa diva ! Qui t’a permis de sortir de table ? Tom : je vais fumer une cigarette.
            Amanda : Tu fumes trop.
            Laura : J’apporte le blanc-manger

            Amanda : Non, Petite Sœur, non, Petite Sœur – pour une fois c’est toi la dame et moi je fais la négresse.
            Laura : Mais je suis déjà debout.
            Amanda : Rassieds-toi, Petite Sœur, je veux que tu restes fraîche et jolie pour tes galants ! Laura : Je n’attends pas de galant.

            Amanda : Parfois ils arrivent quand on s’y attend le moins ! Tenez, je me souviens d’un dimanche après-midi à Blue Mountain –
            Tom : Et c’est reparti –
            Laura : Oui. Mais laisse-la faire.

            Tom : Encore ?
            Laura : Elle adore raconter ça.
            Amanda : Un dimanche après-midi à Blue Mountain – votre mère a reçu – dix-sept – galants ! Pour tout vous dire, parfois il n’y avait pas assez de chaises pour les asseoir tous. On devait expédiait le nègre à la maison paroissiale pour emprunter des chaises pliantes.
            Tom : Et comment te les occupais, ces galants ?
            Amanda : Je maîtrisais l’art de la conversation !
            Tom : Ça, je n’en doute pas.
            Amanda : En ce temps-là les jeunes filles savaient parler, crois-moi.
            Tom : Oui !
            Amanda : Elles savaient recevoir leurs galants. Il ne suffisait pas à une jeune fille d’avoir un joli visage et une silhouette gracieuse, même si je n’étais pas trop mal lotie dans un cas comme dans l’autre. Il lui fallait aussi avoir l’esprit vif et un sens de la répartie à toute épreuve.
            Tom : De quoi parliez-vous ?
            Amanda : De ce qui se passait d’important dans le monde ! Jamais rien d’ordinaire, de cru ou de vulgaire. Mas galants étaient de beaux partis – tous ! Il y avait parmi eux certains des jeunes planteurs [

             

            SCÈNE 2 (p. 23)

            Laura : Ah, bonjour, maman, j'étais entrain de …

            Amanda : Perfidie ? Trahison ?

            Laura : Tu n'es pas allé à la réunion des FRA, Maman ?

            Amanda : Non. Non. Je n'ai pas eu la force d'aller au FRA. En fait, je n'en ai pas le courage !Je n'avais qu'une envie : disparaître sous terre jusqu'à la fin des temps !

            Laura : Pourquoi tu fais ça, maman ? Pourquoi tu fais ça ?

            Amanda : Pourquoi ? Pourquoi ? Quel âge as-tu, Laura?

            Laura : Maman,Tu sais bien là ce que j'ai.

            Amanda : Je te croyais adulte ; de toute évidence, j'étais dans l'erreur.

            Laura : S'il te plaît, ne me regarde pas comme ça, maman.

            Amanda : Qu'allons nous faire, qu'allons nous devenir, quelle sera votre avenir ?

            Laura : Il s'est passé quelque chose maman? Maman, il s'est passé quelque chose?

            Amanda : Ça va aller dans une minute - je suis simplement abasourdie, - par la vie…

            Laura : Maman, si tu pouvais me dire ce qui s'est passé !

            Amanda : Comme tu sais, j'étais sensée démarrer mes activités au FRA cet après-midi, mais je suis passé à l'école de secrétariat Rubicam pour avertir tes professeurs que tu avais un rhume, et me faire une idée de progrès que tu faisais.

            Laura : Oh…

            Amanda : Je suis allé voir ta professeur de dactylo, et je lui dis que j'ai de ta mère. Elle savait même pas qui tu étais. «Wingfield, a-t-elle dit. Nous n'avons personne de ce nom inscrit à l'école.»

            Je lui assuré que si, que tu suivais les cours depuis début janvier.

            « je me demande, a-t-elle dit, si ça ne pourrait pas être cette petite jeune fille affreusement timide qui a laissé tombé l'école au bout d'à peine quelques jours ? »

            «Non, ais-je dis, Laura, ma fille, va à l'école tous les jours depuis six semaines !»

            « Excusez moi», a-t-elle dit. Elle a sorti le registre des présences et il y avait ton nom, écrit noir sur blanc, et toutes les dates où tu avais été absente jusqu'à ce qu'ils en viennent à la conclusion que tu avais définitivement décroché de l'école.
            J'ai quand même dit: « Il y a dû y avoir une erreur ! Il y a du avoir une confusion dans les dossiers !»

            Et elle a dit: « Non–je me souviens parfaitement d'elle maintenant. Elle avait les mains qui tremblaient tellement qu'elle ne cessait pas de faire des fautes de frappe ! La première fois que nous avons fait un test de vitesse, elle a complètement craqué – elle a été prise de nausées et il a presque fallu la portée jusqu'aux toilettes ! Après ce matin-là, on est là plus jamais revu. On a téléphoné chez vous mais ça ne répondait jamais» –C'était pendant que je ne m'échinais chez Famous and Bar, je suppose, à vanter les mérites de ces – Oh !Je me suis senti si faible que je ne tenait à peine sur mes jambes ! J'ai du m'asseoir pendant qu'on allait me chercher un verre d'eau !
            Cinquante dollars de frais de scolarité, tous nos projets – mes espoirs et mes ambitions pour toi–fichus en l'air, oui, complètement fichus en l'air.
            Tu fais quoi là ?

            Laura : Oh !

            Amanda : Laura, qu'est-ce que tu fabriquais quand tu faisais semblant d'aller à l'école de secrétariat ?

            Laura : J'allais me promener, c'est tout.

            Amanda : Ce n'est pas vrai.

            Laura : Si, c'est vrai. J'allais juste me promener.

            Amanda : Te promener ? Te promener ? En hiver?Et délibérément flirter avec la pneunomie dans ce manteau léger ? Où allais-tu te promener, Laura?

            Laura : Dans toutes sortes d'endroits – surtout au parc.

            Amanda : Même après avoir attrapé ce rhume ?

            Laura : C'était un moindre mal, maman. Je ne pouvais pas retourner là-bas. J'avais vomi - sur le parquet.

            Amanda : Tu essaies de me dire que tu allais te promener dans le parc, de sept heures et demi du matin jusqu'après cinq heures de l'après-midi chaque jour, parce que tu voulais me faire avaler que tu continuais d'aller à l'école de secrétariat Rubicam?

            Laura : Ce n'était pas aussi terrible que ça en a l'air. Parfois, je rentrais dans des endroits pour me réchauffer.

            Amanda : Quels endroits ?

            Laura : Au musée et dans les volières du zoo. J'allais voir les pingouins tous les jours ! Des fois, je me passais de déjeuner et j'allais au cinéma. Dernièrement, j'ai passé presque tous mes après-midi à l'Ecrin, cette grande serre où il font pousser des fleurs tropicales.

            Amanda : Et tout ça pour me tromper, juste pour me tromper ?

             

            SCÈNE 3 (p. 32)

            Ida Scott? Ici Amanda Wingfield ! Vous nous avez manqué au FRA lundi dernier ! 

            Je me suis dit : ça doit encore être cette fichue sinusite!

            Comment va cette sinusite ?

            Quelle horreur ! Dieu nous garde ! -Vous êtes une martyre chrétienne, oui , on peut le dire , une martyre chrétienne !

            Alors voilà , je viens de m’apercevoir que votre abonnement à femme d’intérieur arrivait à date  d’expiration ! Oui , il expire au prochain numéro , Ida chérie! - pile au moment du lancement de ce merveilleux nouveau feuilleton de Bessie Mae Hopper qui s’annonce si palpitant . Oh, Ida chérie, vous ne pouvez pas manquer ça ! Vous vous souvenez de l’enthousiasme soulevé par Autant en emporte le vent  ? On ne pouvait tout simplement pas sortir si on ne l’avais pas lu . Le nom de Scarlett O’Hara était sur toutes les lèvres. Eh bien , les critiques comparent déjà ce livre à Autant en emporte le vent . C’est le autant en emporte le vent de la génération d’après guerre !-Quoi ? -Ça sent le brûlé ! - Oh , Ida chérie , il ne faut surtout pas que ça brûle, allez jeter un coup d’œil dans le four et je reste en ligne !

            Zut , je crois qu’elle a raccroché !

             

            SCÈNE 4 (p. 40)

            Tom : Il n’y a qu’une fente – et il faut qu’elle passe au travers ! Laura : Tom ! Tom, qu’est-ce que tu fais ?
            Tom : Je cherche mon trousseau de clés.
            Laura : Où étais-tu passé tout ce temps ?

            Tom : J’étais au cinéma.
            Laura : Tout ce temps au cinéma ?
            Tom : C’était un programme très long. Il y avait un film avec Garbo et un Mickey Mouse et un documentaire de voyage et les actualités et l’annonce des prochains programmes. Et puis il y a eu un solo d’orgue et une collecte pour la Journée du lait – en même temps –, ce qui s’est terminé par une terrible bagarre entre une grosse dame et une ouvreuse !
            Laura : Tu étais obligé de rester jusqu’au bout ?
            Tom : Bien sûr ! Et, oh, j’avais oublié ! Il y avait un grand spectacle d’attractions, avec Malvolio le Magicien en vedette. Il a fait plein de tours époustouflants, un vrai festival, comme de transvaser de l’eau d’une cruche dans une autre dans les deux sens. D’abord l’eau s’est transformée en vin et puis après en bière et pour finir en bourbon. Je sais qu’à la fin c’était du bourbon parce qu’il a demandé à quelqu’un du public de monter sur scène pour l’aider, et je suis monté l’aider – aux deux représentations ! C’était du Kentucky 2 ans d’âge. Un type très généreux, il distribuait des souvenirs. Tiens, il m’a donné ça. C’est son écharpe magique. C’est pour toi, Laura. Tu l’agites au-dessus d’une cage à canaris et ça devient un bocal de poissons rouges. Tu l’agites au-dessus du bocal de poissons rouges, et il s’en envole des canaris... Mais le tour le plus dingue de tous, c’était celui du cercueil. Il s’est fait clouer dans un cercueil et il est sorti du cercueil sans retirer un seul clou. Voilà un tour qui me serait bien utile à moi – pour m’évader de ce trou !
            Laura : Tom ? Chut !
            Tom : Pourquoi chut ?
            Laura : Tu vas réveiller maman.
            Tom : Eh bien, tant mieux, tant mieux ! Bien fait pour ses : « Debout là-d’dans, le soleil brille ! » Tu sais, ce n’est pas un exploit d’entrer dans un cercueil cloué, Laura. Mais, putain, t’as déjà vu quelqu’un s’en sortir sans retirer un seul clou ?

             

            AMANDE (d’une autre pièce) : Debout là-d’dans, le soleil brille. Laura, va dire à ton frère de se remuer !

            (Laura essaie de le réveiller en le secouant).

            TOM : D’accord, je me lève - mais je ne suis pas sûr de me remuer-

            AMANDA :  Laura dit à ton frère que son café est prêt.

            LAURA :  Tom il est presque 7 heures. N’énerve pas maman. Tom, parle à maman ce matin. Fais la paix avec elle, excuse toi, parle lui!

            TOM:  C’est elle qui ne veut pas. C’est elle qui a commencé.

            LAURA:  Si tu lui dis que tu t’excuses, elle te parlera.

            TOM:  Elle n’a qu’à ne pas parler-ça ne serait pas un drame, si?

            LAURA: S’il te plait-s’il te plait!

            AMANDA: Laura, tu vas faire ce que je t’ai demandé, ou faut-il que je m’habille et que je sortes moi-même?

            LAURA: J’y vais, j’y vais- dès que j’ai enfilé mon manteau ! Du beurre et quoi d’autre ?

            AMANDA: Juste du beurre. Dis-leur de le mettre sur le compte.

            LAURA:  Maman, ils font une de ces têtes quand je leur demande ça-

            AMANDA:  Les chiens aboient, la caravane passe, et je ne vais pas m’en faire pour la tête de monsieur Garfinkel ! Dis à ton frère que son café refroidit.

            LAURA: Fais ce que je t’ai demandé, tu veux bien, tu veux bien, Tom ?

            AMANDA:  Laura, c’est pour aujourd’hui ou pour demain !

            LAURA:  J’y vais - j’y vais !

            TOM : Laura ?

            LAURA : Ca va. J’ai glissée, mais ça va.

            AMANDA: Si quelqu’un se cassait une jambe dans cet escalier d’incendie, on devrait traîner le propriétaire en justice et lui faire cracher jusqu’au dernier centime !

            TOM : Maman ! - Je te fais mes excuses, maman, je suis désolé de ce que j’ai dit, de tout ce que j’ai dit ; je ne le pensais pas.

            AMANDA : Mon dévouement me fait passer pour une sorcière et mes enfants me détestent !

            TOM : Mais non, pas du tout.

            AMANDA : Je me fais tellement de soucis, je n’en dors plus, ça me rend nerveuse !

            TOM : Je comprends.

            AMANDA : J’ai dû me battre seul toutes ces années. Mais j’ai tout misé sur toi ! Accroche toi, ce n’est pas le moment de flancher.

            TOM : J’essaie maman.

            AMANDA : Essaie et tu y arriveras ! C’est vrai, tu-tu es tout simplement bourré de talents ! Mes enfants sont - tous les deux - des enfants exceptionnels ! Tu crois que je ne le sais pas ? Je suis si fière, si heureuse et - j’ai l’impression d’être si gâtée mais - Promets-moi une chose, mon fils !

            TOM : Quoi maman ?

            AMANDA : Promets moi, mon fils, de - ne jamais devenir un ivrogne !

            TOM : Je ne serais jamais un ivrogne,maman.

            AMANDA : C’est ça qui me terrifie tellement, que tu boives ! Mange un bol de flocons d’avoine !

            TOM : Que du café, maman.

            AMANDA : Des biscuits de céréales ?

            TOM : Non. Non, maman que du café.

            AMANDA : Tu ne peux pas fournir une journée de travail avec un ventre vide. Tu as 10 minutes - n’avales pas ça d’un trait ! Boire trop chaud provoque le cancer de l’estomac. Mets du lait dedans.

            TOM : Non, merci.

            AMANDA : Pour le refroidir.

            TOM : Non ! Non, merci, je le préfère noir.

            AMANDA : Je sais, mais ce n’est pas bon pour ta santé. Nous devons tout faire pour rassembler nos énergies. Dans une sale période comme celle que nous vivons en ce moment, nous devons faire bloc contre l’adversité - nous serrer les coudes… C’est pour ça que c’est tellement important de - Tom! - j’ai expédié ta soeur dehors pour pouvoir discuter de quelque chose avec toi. Si tu ne t’étais pas décidé à parler, moi, je l’aurais fait.

            TOM : De quoi veux-tu discuter, maman ?

            AMANDA : De Laura !

            TOM : -Oh- Laura…

            AMANDA : Tu sais comment est Laura. Si réservée mais - il faut se méfier de l’eau qui dort ! Elle remarque des choses et je crois qu’elle - se tracasse. Il y a quelques jours, quand je suis rentrée, je l’ai trouvée en larmes.

            TOM : A cause de quoi ?

            AMANDA : De toi !

            TOM : De moi ?

            AMANDA : Elle s’est mise en tête que tu n’es pas heureux ici.

            TOM : Qu’est-ce qui lui fait penser ça ?

            AMANDA : Qu’est-ce que j’en sais, moi ? Mais quand même, c’est vrai que tu as un comportement étrange ! - ce n’est pas que je te critiques, comprends moi bien ! Je sais bien que tu attendais autre chose dans la vie que l'entrepôt, que comme tout un chacun dans ce vaste monde - tu as dû faire des sacrifices, mais - Tom - la vie n’est pas facile, elle exige - une endurance de spartiate ! J’ai tant de choses dans le coeur que je n’arrive pas à exprimer ! Je ne te l’ai jamais dis mais - j’aimais ton père.

            TOM : Je sais bien, maman.

            AMANDA : Et toi quand je te vois suivre ses traces ! Sortir jusqu'à pas d’heure-et enfin- , tu avais bu la nuit ou tu étais dans cette état épouvantable ! Laura dit que tu détestes cet appartement et que tu sors la nuit pour y échapper ! Est-ce que c’est vrai, Tom ?

            TOM : Non. Tu dis que tu as tant de choses dans le coeur que tu n’arrives pas à exprimer, c’est vrai pour moi aussi. J’ai tant de choses dans le coeur que je n’arrives pas à exprimer ! Alors essayons l’un et l’autre de respecter nos -

            AMANDA : Mais pourquoi -pourquoi, Tom -, pourquoi est-ce que tu ne tiens jamais en place ? Où vas-tu, la nuit ?

            TOM : Je vais - au cinéma.

            AMANDA : Pourquoi vas-tu si souvent au cinéma ?

            TOM : Je vais au cinéma parce que j’aime l’aventure. Et à mon travail je ne suis pas très gâté question aventure, alors je vais au cinéma.

            AMANDA : Mais Tom tu vas vraiment beaucoup trop au cinéma !

            TOM : Parce que j’aime vraiment beaucoup l’aventure.

            AMANDA : La plupart des jeunes gens trouvent l’aventure dans leur carrière.

            TOM : Oui, mais la plupart des jeunes gens ne travaillent pas dans un entrepôt.

            AMANDA : Le monde est rempli de jeunes gens qui travaillent dans des entrepôts, des bureaux et des usines.

            TOM : Et tous , ils trouvent l’aventure dans leur carrière ?

            AMANDA : Oui, ils la trouvent et sinon ils s’en passent ! Tout le monde n’est pas obsédé par l’aventure.

            TOM : L’homme est par instinct un amant, un chasseur, un guerrier, et aucun de ces instincts n’a de place à l’entrepôt !

            AMANDA : “L’homme est par instinct” ! Ne me parle pas d’instinct ! S’il y a une chose dont on doit se défier, c’est bien l’instinct ! C’est bon pour les animaux ! Quand on est un chrétien et un adulte, on ne s’occupe pas de ses instincts.

            TOM : Et ça s’occupe de quoi un chrétien adulte ?

            AMANDA : De choses supérieures ! De choses qui élèvent l’âme et l’esprit ! Seuls les animaux ont besoin de satisfaire leurs instincts ! J’ose espérer que tu as des aspirations un peu plus élevées que les leurs ! Que les singes - les cochons -

            TOM : Va savoir.

            AMANDA : Tu plaisantes. Enfin bref, Ce n’est pas de ça que je voulais discuter.

            TOM : je n’ai pas beaucoup de temps.

            AMANDA : Assieds-toi.

            TOM : Tu veux que je pointe en retard à l’entrepôt, maman ?

            AMANDA : Tu as 5 minutes. Je veux te parler de Laura.

            TOM : D’accord ! Quoi, Laura ?

            AMANDA  : Il faut agir, faire quelque chose pour elle. Elle est plus âgée que toi, de 2 ans, et il ne lui est jamais rien arrivé. Elle part à la dérive ici à ne rien faire. Ca me terrifie de la voir partir à la dérive comme ça.

            TOM : J’imagine qu’elle est du genre qui aime rester à la maison.

            AMANDA : Ca n’existe pas, ce genre-là, et si c’est le cas, c’est bien dommage ! Sauf si la maison est à elle, avec un mari !

            TOM : Quoi ?

            AMANDA  : Oh, je pressens le pire, je vois ça comme le nez au milieu de la figure !

            C’est effrayant ! De plus en plus tu me fais penser à ton père ! Il sortait jusqu’à n’importe quelle heure sans aucune explication ! - Et puis il a fichu le camp ! Salut la compagnie ! Et moi qui reste avec tout sur le dos. J’ai vu la lettre que tu as reçu de la marine marchande. Je sais de quoi tu rêves. Je ne suis pas aveugle. Très bien, alors. Fais ce que tu veux ! Mais pas avant qu’il y ait quelqu’un pour prendre ta place.

            TOM : Qu’est-ce que tu veux dire ?

            AMANDA  : Je veux dire que dès que Laura aura quelqu’un pour veiller sur elle, un mari, une maison à elle, dès qu’elle sera indépendante - alors là, libre à toi d’aller où ça te chante, sur terre, sur mer, et bon vent ! Mais avant ça, tu dois prendre soin de ta soeur. Je ne dis pas ça pour moi parce que je suis vieille et que je ne compte pas - je dis ça pour ta soeur parce qu’elle est jeune et dépendante. Je l’ai inscrite à l’école de secrétariat - échec sur toute la ligne ! Elle était tellement angoissée que ça lui donnait envie de dormir. Je l’ai emmenée à la ligue des jeunes à l’église. Encore un fiasco. Elle ne parlait à personne, personne ne lui parlait. Maintenant, tout ce qu’elle fait, c’est s’amuser avec ses trucs en verre et passer ses vieux disques fatigués. C’est quoi comme vie pour une jeune fille ?

            TOM : Qu’est-ce que je peux y faire ?

            AMANDA  : Cesser de ne penser qu’à toi, toi, toi, tu ne penses jamais qu’à toi ! Où est ton cache col ? Mets ton cache col en laine ! Tom ! Je ne t’ai pas dit ce que je voulais te demander.

            TOM : Je suis trop en retard pour -

            AMANDA  : Là-bas, à l’entrepôt, il n’y aurait pas de - gentils garçons ?

            TOM : Non !

            AMANDA  : Il doit bien y en avoir - quelques-uns…

            TOM : Maman -

            AMANDA : Trouves-en un qui soit bien - qui ne boit pas et - invite-le pour Petite Soeur !

            TOM : Quoi ?

            AMANDA : Pour ta soeur ! pour se rencontrer ! Faire connaissance !

            TOM : Oh, bon sang !

            AMANDA : Tu veux bien ? Tu veux bien ? Tu veux bien ? Tu veux bien, mon chéri ?

            TOM : OUI !

             

            SCÈNE 5 p. 53 à 58 (TOM : Noa et Maia)

            AMANDA : Le palier d'un escalier d'incendie, ça ne remplacera jamais une véranda. Qu'est-ce que tu regardes ?

            TOM : La lune.

            AMANDA : Il y a la lune ce soir ?

            TOM : Elle se lève au-dessus de l'épicerie Garfinkel.

            AMANDA : Ah oui, c'est vrai ! Cette petite sandale de lune argentée. Tu as fait un voeu ?

            TOM : Hum-hum.

            AMANDA : C'était quoi comme voeu ?

            TOM : C'est un secret.

            AMANDA : Un secret, ah oui ? Eh bien, je ne vais te dire le mien non plus. Moi aussi, je vais faire ma mystérieuse.

            TOM : Tu n'est pas un sphinx.

            AMANDA : Non, je n'ai pas de secrets. Je vais te dire ce que j'ai demandé à la lune. Le succès et le bonheur pour mes enfants chéris !Je fais ce voeu dès que la lune se montre, et quand il n'y a pas de lune, je le fais quand même.

            TOM : Je me disais que tu souhaiterais peut-être la visite d'un galant.

            AMANDA : Pourquoi tu dis ça ?

            TOM : Tu ne le souviens pas de m'avoir demandé d'en trouver un ?

            AMANDA : Je me souviens de t'avoir suggéré que ce serait bien pour ta soeur que tu invites à la maison un jeune homme sympathique de l'entrepôt. Je crois te l'avoir suggéré plusieurs fois .

            TOM : Oui, plus d'une fois en effet.

            AMANDA : Eh bien ?

            TOM : Nous allons en recevoir un.

            AMANDA : Quoi ?

            TOM : Un galant ?

            AMANDA : Tu veux dire que tu as inviter un jeune homme comme il faut à venir à la maison ?

            TOM : Ouais. Je l'ai invité à dîner.

            AMANDA : Et il a accepté ?

            TOM : Il a accepté !

            AMANDA : Bon, bon. Bon, bon ! C'est merveilleux.

            TOM : Je pensais que tu serais contente.

            AMANDA : C'est sûr alors ?

            TOM : Tout à fait sûr.

            AMANDA : Bientôt ?

            TOM : Très bientôt.

            AMANDA : Pour l'amour du ciel, cesse de me faire languir et dis en moi un peut plus, tu veux bien ?

            TOM : Que veux-tu que je te dise de plus ?

            AMANDA : Naturellement j'aimerais savoir quand il vient !

            TOM : Demain.

            AMANDA : Demain ?

            TOM : Ouais, Demain.

            AMANDA : Mais, Tom !

            TOM : Oui, maman ?

            AMANDA : Demain, mais je n'aurais pas le temps !

            TOM : Le temps de quoi ?

            AMANDA : De tout préparer ! pourquoi ne m'as-tu pas téléphoné tout de suite, dès que tu lui as demandé, à la minute où il a accepté ? Là tu vois j'aurais put m'organiser !

            TOM : Tu ne vais pas en faire toute une histoire.

            AMANDA : Oh, Tom, Tom, Tom, bien sûr que je dois en faire toute une histoire ! Je veux faire les choses comme il faut, pas n'importe comment ! Ou à la va-vite ! J'ai intérêt a réfléchir vite, n'est-ce pas ?

            TOM : Je ne vois pas à quoi tu as besoin de réfléchir.

            AMANDA : Tu n'y connais rien. On ne peut pas recevoir un galant dans une porcherie ! Je vais devoir astiquer toute mon argenterie de mariage, porter la nappe et les serviettes brodées a la blanchisserie ! Faire les vitres et changer les rideaux. Et pour nos vêtements ? Il faut bien se mettre quelque chose sur le dos, non ?

            TOM : Maman, tu ne va pas te prendre la tête pour ce garçon !

            AMANDA : Non mais, tu te rends compte que c'est la première fois que nous présentons un jeune homme à ta soeur ? C'est terrible, épouvantable, honteux que cette pauvre petite soeur n'ai jamais reçu la visite d'un seul galant ! Tom rentre!

            TOM : Pourquoi ça ?

            AMANDA : J'ai quelques questions à te poser.

            TOM : Si c'est pour en faire toute une histoire je vais annuler, je vais lui dire de ne pas venir !

            AMANDA : Il n'en est pas question. Il n'y a rien de plus blessant pour les gens que de décommander une invitation. Cela signifie simplement que je vais devoir travailler comme une enragée ! On ne fera pas de miracles, mais on sera à la hauteur. Viens, rentre. Assieds-toi.

            TOM : A quel endroit exactement voudrais-tu que je m'assoie ?

            AMANDA : Dieu merci, j'ai ce nouveau canapé ! Je paie par mensualité un lampadaire que je vais me faire livrer ! Et mettre les housses en chintz ça fera plus gai ! Bien sûr j'aurais espéré pouvoir changer le papier peint... Comment s'appelle ce jeune homme ?

            TOM : O' Connor.

            AMANDA : Ah, évidemment, ça veut dire qu'on doit faire du poisson -demain c'est vendredi ! Je vais faire mon pâté de saumon sauce mayonnaise ! Il fait quoi dans la vie ? Il travaille à l'entrepôt ?

            TOM : Bien sûr ! Où d'autre veux-tu --

            AMANDA : Tom, il-ne boit pas, dis-moi ?

            TOM : Pourquoi est-ce que tu me demandes ça ?

            AMANDA : Ton père buvait !

            TOM : Tu ne vas pas recommencer !

            AMANDA : ça veut dire qu'il boit, alors ?

            TOM : Pas que je sache !

            AMANDA : Il faut vérifier, en avoir la preuve ! Je n'ai pas envie de voir ma fille dans les pattes d'un ivrogne !

            TOM : Tu n'y vas pas un peu vite, là ? Monsieur O' Connor n'est même pas encore entré en scène !

            AMANDA : Mais il le fera demain. Pour rencontrer ta soeur, et qu'est-ce que je sais de lui ? Rien du tout ! Mieux vaut rester vieille fille que d'épouser un ivrogne !

            TOM : C'est pas vrai !

            AMANDA : Reste ici !

            TOM : Des tas de types rencontrent des filles sans pour autant les épouser !

            AMANDA : Oh, ne dis pas n'importe quoi, Tom -- et ça suffit avec tes sarcasmes ! *

            TOM : Qu'est-ce que tu fais ?

            AMANDA : Je te brosse cette mèche qui rebique. Et il fait quoi ce jeune homme à l'entrepôt ?

            TOM : Ce jeune homme est chargé des expéditions, maman.

            AMANDA : ça m'a tout l'air d'être un poste de responsabilité, le genre de poste auquel tu pourrais accéder si seulement tu voulais t'en donner la peine. Quel est son salaire ? Tu as une idée ?

            TOM : Je dirais environ quatre-vingt-cinq dollars par mois.

            AMANDA : Bon-- ce n'est pas princier mais...

            TOM : Vingt de plus que moi !

            AMANDA : Oui j'en sais quelque chose ! Mais pour un chef de famille, quatre-vingt-cinq dollars par mois, c'est tout juste de quoi joindre les deux bouts.

            TOM : Oui. Mais monsieur O' Connor n'est pas chef de famille.

            AMANDA : Il pourrait le devenir, non ? Un jour ou l'autre ?

            TOM : Je vois. Manigances et stratagèmes.

            AMANDA : Il n'y a que toi pour ignorer qu'un jour le futur cède la place au présent, que le présent cède la place au passé, et que le passé vire au regrets éternels si l'on a pas su le prévoir !

            TOM : Je vais méditer sur la question et voir quelles leçons je peux en tirer.

             

            SCÈNE 6, p 65-69 (Milla / Rita)

            Amanda: Pourquoi est-ce que tu trembles ?
            Laura: M aman, tu me rends tellement nerveuse !
            Amanda: Comment ça, je te rends nerveuse ?
            Laura: Avec toute cette agitation ! Tu donnes une telle importance à tout ça !
            Amanda: Je ne te comprends pas, Laura. Tu ne vas pas me dire que tu es contente de passer ta vie à te morfondre à la maison et pourtant dès que j'essaie de faire quelque chose pour toi, tu fais ta mauvaise tête. Maintenant regarde-toi. Non, attends ! Attends une seconde – j'ai une idée !
            Laura: Qu’est-ce qu’il y a encore ? Maman, qu’est-ce que tu fabriques ?
            Amanda: On appelle ça de « jolis pièges » !
            Laura: P as question que je porte ça !
            Amanda: Oh si, tu vas les porter !
            Laura: Mais pourquoi ?
            Amanda: Parce que, désolée, ma chérie, tu as la poitrine plate.
            Laura: Tu fais tout comme si nous étions entrain de tendre un piège.
            AMANDA : Toutes les jolies filles sont des pièges, de jolis pièges, et les hommes n’attendent que ça ! Maintenant regarde-toi, jeune demoiselle. Difficile de faire plus jolie ! Bon, il faut que je me prépare ! Tu vas être étonnée par l'allure de ta mère ! Il ne fait pas encore assez sombre. Tu vas voir ce que tu vas voir. Je vais faire une entrée spectaculaire !
            LAURA : C’est quoi maman ?
            Amanda: Patience, patience ! Tu vas voir ! C’est une chose que j'ai récupérée dans cette vieille malle ! Après tout, la mode n'a pas tellement changé ! Maintenant regarde ta mère ! C’est la robe que je portais quand j'ai mené le cotillon, et les deux fois où j’ai remporté la compétition de cake-walk à Sunset Hill, et puis ce printemps-là au bal du gouverneur à Jackson ! Tu vois comme je virevoltais à travers la salle de bal, Laura ? Je la portais le dimanche pour mes galants ! Je la portais le jour où j’ai rencontré ton père – J’avais eu la malaria tout ce printemps-là. Le changement de climat de l'est du Tennessee au delta du Mississippi m’avait affaiblie. J’avais tout le temps une petite fièvre – rien d'alarmant mais juste assez pour ne pas tenir en place et avoir le tournis ! Les invitations pleuvaient – des festivités à travers tout le Delta ! – « Reste au lit, disait maman, tu as de la fièvre ! » – mais tu parles si je m'en fichais. – Je prenais de la quinine mais ça ne m'empêchait pas de sortir m’amuser ! Le soir, les bals ! – L’après-midi, de longues, longues chevauchées ! Les pique-niques – un ravissement ! – Un ravissement, cette campagne au mois de mai. – Toute resplendissante de cornouillers en fleur, littéralement couverte de jonquilles ! – C’est le printemps où j’ai eu la folie des jonquilles. Les jonquilles étaient devenues une véritable obsession. Maman disait : « Chérie, où veux-tu que je les mette, il n'y a plus de place. » Mais je ne cessais d'apporter des jonquilles. Partout, à tout moment, dès que j’en apercevais, je disais : « Arrêtez ! Arrêtez ! Je vois des jonquilles ! » Je demandais à mes admirateurs de m’aider à cueillir mes jonquilles ! C’était devenu un sujet de plaisanterie, Amanda et ses jonquilles ! Finalement il n'y a plus eu un seul vase de libre, tous débordaient de jonquilles. Plus de vases pour mes fleurs ? Très bien, je vais les garder dans mes bras – et puis j'ai – rencontré ton père ! La malaria, la fièvre, les jonquilles et puis – ce garçon ... J'espère qu'ils vont arriver avant qu'il commence à pleuvoir. J'ai donné un peu d’argent à ton frère pour que lui et monsieur O’Connor puissent rentrer en taxi.

             

            SCENE 6 SUITE, p 69-73 (Paloma / Mattéo / Ousmane / Rita)

            Laura: Comment tu as dit qu’il s’appelait ?
            Amanda: O ’Connor.
            Laura: E t quel prénom ?
            Amanda: J e ne me souviens pas. Oh, si, si, je m'en souviens. C'est – Jim ! Laura: P as – Jim !

            Amanda: O ui, c’est ça, c’est Jim ! Je n'ai jamais rencontré de Jim qui ne soit sympathique ! Laura: T u es sûre qu'il s'appelle Jim O'Connor ?
            Amanda: O ui. Pourquoi ?
            Laura: C ’est un garçon que Tom connaissait au lycée ?

            Amanda: I ll ne m’en a rien dit. Je crois qu’il vient juste de faire sa connaissance à l’entrepôt.

            Laura: I l y avait un Jim O'Connor qu'on connaissait tous les deux au lycée. Si c’est lui que Tom amène dîner – il va falloir m'excuser, je ne viendrai pas à table.
            Amanda: C ’est quoi, ces sottises ?

            Laura: T u m’as demandé une fois si je m'étais jamais intéressée à un garçon. Tu ne te souviens pas que je t'avais montré la photo d’un garçon ?
            Amanda: T u veux dire celui dont tu m'as montré la photo dans l'album du lycée ? Laura: O ui, ce garçon – là.

            Amanda: O h, Laura, Laura, tu étais amoureuse de ce garçon ?
            Laura: J e ne sais pas, maman. Tout ce que je sais c’est que je ne pourrai pas m’asseoir à table si c’est lui !
            Amanda: C e ne sera pas lui ! C’est totalement improbable. Mais que ce soit lui ou non, tu viendras à table. Il n'y a pas d'excuse qui tienne.
            Laura: I llefaudrabien,maman.
            Amanda: J e n’ai aucunement l’intention de céder à tes sottises, Laura. J’en ai par-dessus la tête de toi et de ton frère ! Alors s’il te plaît, assieds-toi et ressaisis-toi en attendant qu'ils arrivent. Tom a oublié sa clé, alors tu devras aller leur ouvrir la porte, quand ils arriveront. Laura: O h, maman – toi , va leur ouvrir la porte !
            Amanda: J e serai dans la cuisine – occupée !
            Laura: O h, maman, s’il te plaît, va leur ouvrir la porte, ne me force pas à le faire !
            Amanda: J e dois préparer la sauce pour le saumon. Que de simagrées, de simagrées – de comédie ! Tout ça pour la visite d'un galant ! Laura, mon cœur ! La porte !
            Jim : J e crois qu’on a échappé de justesse à la pluie.
            Tom : Uh – huh.
            Amanda: L aura, voilà ton frère et monsieur O’Connor ! Tu peux les faire entrer, chérie ? Laura: M aman - toi, va leur ouvrir ! S’il te plaît, s’il te plaît !
            Amanda: Q u'est-ce qui te prend, espèce d'idiote ?
            Laura: S ’il te plaît, toi va ouvrir, s'il te plaît !
            Amanda: J e t’ai dit que je ne céderais pas à tes caprices, Laura. Pourquoi as-tu choisi ce moment pour perdre la tête ?
            Laura: S ’il te plaît, s'il te plaît, s'il te plaît, vas y toi !
            Amanda: T oi, tu vas devoir y aller, parce que moi, je ne peux pas !
            Laura: M oi non plus, je ne peux pas !
            A m a n d a : P o u r q u o i ç a ?
            Laura: J e suis malade !

            Amanda: E t moi aussi, j’en suis malade – de tes lubies ! Pourquoi vous ne pouvez pas vous comporter comme des gens normaux, toi et ton frère ? Il n’y en a pas un pour rattraper l’autre. C’est de la comédie, rien que de la comédie ! Peux-tu me donner une raison – TOUT DE SUITE ! JUSTE UNE SECONDE ! – une seule raison d'avoir peur d'ouvrir la porte ? Maintenant va ouvrir, Laura !

            L a u r a : O h , o h , o h ...
            A m a n d a : L a u r a W i n g f i e l d , t u v a s o u v r i r c e t t e p o r t e e t t o u t d e s u i t e !
            Laura: O ui – oui, maman !

             

            SCENE 6 SUITE (Matéo, Ousmane, Rita)
            Tom : Laura, je te présente Jim. Jim, voici ma sœur, Laura.

            Jim : Oh, mais je ne savais pas que Shakespeare avait une sœur !

            Laura : Comment- comment allez-vous ?

            Jim : Bien ! Vous avez la main froide, Laura !

            Laura : Oui c’est que – je faisais marcher le tourne-disque…

            Jim : ça devait de la musique classique, hein !

            Vous feriez mieux de mettre un bon swing pour vous réchauffer !

            Laura : Veuillez m’excuser – je retourner à mon tourne-disque…

            Jim : Il y a un problème ?

            Tom : Oh – Laura ? Laura est – affreusement timide.

            Jim : Timide, hein ? C’est  pas ordinaire de nos jours, une fille timide. Je ne savais pas que tu avais une soeur .

            Tom : Eh bien, maintenant tu le sais. J’ai une sœur. Voilà le journal, je t’en passe un bout ?

            Jim : Uh-huh.

            Tom : Quelles pages ? les bandes dessinées ?

            Jim : Les sports ! Tiens, le vieux Dizzy Dean a encore fait des siennes.

            Tom : Ah, ouais ?

            Jim : Tu vas où ?

            Tom : Je sors sur la terrasse.

            Jim : Tu sais, Shakespeare – je vais te refiler un tuyau !

            Tom : Quel tuyau !

            Jim : Ces cours que je prends.

            Tom : Hein ?

            Jim : D’expression orale ! Toi et moi, on n’est pas faits pour l’entrepôt.

            Tom : Très bien – bonne nouvelle. Mais qu’est-ce que l’expression orale vient faire là-dedans ?

            Jim : ça te prépare à – des postes de directions !

            Tom : Ah ouais ?

            Jim : ça m’a énormément apporté j’te jure

            Tom : Dans quel sens !

            Jim : Dans tous les sens ! Tu veux savoir la différence qu’il y a entre moi et ces messieurs dans les bureaux ? L’intelligence ? Non ! – La compétence ? Non ! Alors quoi ? Juste un tout petit truc –

            Tom : Et c’est quoi, ce petit truc ?

            Jim : Avant tout – être à l’aise en société ! être capable de se mesurer un n’importe qui et de s’intégrer  à n’importe quel niveau social !

            Amanda : Vous êtes là, toi et monsieur O’Connor ?

            Tom : Oui, maman.

            Amanda : Eh bien, mettez-vous à l’aise tous les deux.

            Tom : Oui, maman.

            Amanda : Demande à monsieur O’Connor s’il a besoin de salle de bains.

            Jim : Heu, non – non- merci – j’ai pris mes précautions à l’entrepôt. Tom –

            Tom : Oui ?

            Jim : Monsieur Mendoza m’a parlé de toi.

            Tom : Favorablement ?

            Jim : A ton avis ?

            Tom : Ben –

            Jim : Tu vaste retrouver sans travaille si tu ne te réveille pas.

            Tom : Mais je me réveille, je me réveille –

            Jim : ça ne se voit pas.

            Tom : C’est à l’intérieur. Je vais bientôt changer. Je ne vais pas tarder à m’élancer vers un avenir où je n’aurai plus à me soucier de l’entrepôt, de monsieur Mendoza ou même d’un cours du soir d’expression oral.

            Jim : Qu’est-ce que tu racontes ?

            Tom : j’en ai marre du cinéma.

            Jim : Oui, du cinéma ! Regardez les donc ! Toutes ces créatures de rêve – qui vivent des aventures – raflent tout, accaparent tout ! Tu sais ce qui se passe ? Les gens vont au cinéma au mieux de se bouger ! L’Amérique entière laisse les personnages d’Hollywood vivre des aventures à sa place, pendant qu’elle reste assise dans une salle obscure à les regarder ! Oui, jusqu’à la prochaine guerre. Et là, l’aventure devient accessible à tous ! au commun des mortels, et pas seulement à Clark Gable ! Alors les habitués des salles obscures pour vivre l’aventure en direct. Chic, chic, chic ! – A notre tour maintenant, de voguer vers les îles des mers du Sud – de faire un safari – de nous enivrer d’exotisme, à l’autre bout du monde ! – Mais moi, je n’ai pas la patience. Je n’ai pas envie d’attendre jusque-là . j’en ai marre du cinéma et je ne vais pas tarder à partir !

            Jim : Partir ?

            Tom : Oui

            Jim : Quand ?

            Tom : Bientôt !

            Jim : Et où ça ? Où ça ?

            Tom : je commence à bouillir à l’intérieur. Je sais que j’ai l’air d’un rêveur, mais à l’intérieur – eh bien, je bous ! – Dès que j’ai une chasseur entre les mains, je frémis rien que de penser à la brièveté de la vie et au gâchis qu’est la mienne ! – De toute façon, si j’ai un avenir, je sais que ce n’est pas dans les chaussures – sauf si c’est pour les mettre aux pieds et partir ! Regarde…

            Jim : Quoi ?

            Tom : Jai adhéré.

            Jim : Le Syndicat de la marine marchande

            Tom : J’ai payé la cotisation de ce mois-ci, au facture de la facture d’électricité.

            Jim : Tu vas le regretter quand ils couperont la lumière.

            Tom : Je ne serai plus là.

            Jim : Et ta mère ?

            Tom : je suis comme mon père salaud de père en fils ! Tu vois ce sourire radieux ? Et ça va faire bientôt seize ans qu’il s’est tiré !

            Jim : C’est que du vent t’est pas cap’. Qu’est-ce que ta mère en pense ?

            Tom : Chut ! – La voilà qui arrive ! Maman n’est pas au courant de mes projets !

             

            SCÈNE 7 , p 86-89, (Hamet / Rita)

            Jim : Alors, Laura, ça va ?
            Laura: Oui, merci.
            Jim : Comment vous sentez vous maintenant ? Mieux ?
            Laura: Oui, oui merci.
            Jim: C’est pour vous. Un peu de vin cuit.
            Laura: Merci.
            Jim: Buvez - mais ne vous soûlez pas, hein ! Où est-ce que je pose les bougies ?
            Laura: Oh – oh, où vous voulez...
            Jim: Et pourquoi pas ici par terre ? Ça vous embête ?
            Laura: Non.
            Jim: Je vais étaler un peu de journal dessous pour ne pas en mettre partout. J’aime bien être assis par terre. Ça ne vous dérange pas ?
            Laura: Oh, non.
            Jim: Vous pouvez me passer un coussin?
            Laura: Pardon ?
            Jim: Un coussin !
            Laura: Oh...
            Jim: Et vous ? Vous n’aimez pas être assise par terre ?
            Laura: Oh – si, si.
            Jim: Ne vous gênez pas, alors.
            Laura: Oui – d’accord.
            Jim : Prenez un coussin ! J’ai du mal à vous voir assise tout là-bas.
            Laura: Moi, je – vous vois.
            Jim : Je sais, mais ce n’est pas juste, je suis sous les feux de la rampe. Très bien ! Là, je vous vois! Vous êtes bien installée ?
            Laura: Oui.
            Jim : Moi aussi. On ne peut pas rêver mieux ! Vous voulez un chewing-gum ?
            Laura: Non, merci.
            Jim : Moi, je crois que je vais m’en offrir un, avec votre permission. Vous vous rendez compte de la fortune qu’a dû se faire le type qui a inventé le chewing-gum. Incroyable, hein ? L’immeuble Wrigley a Chicago est l’une des curiosités de la ville. – Je l’ai vu l’été d’un y a deux ans quand je suis allée visiter « Le Siècle du progrès » à l’Exposition universelle. Vous êtes allée voir « Le Siècle du progrès » ?
            Laura: Heu, non.
            Jim : Ah, c'était une exposition formidable. Ce qui m'a le plus impressionné, c'était le Palais des sciences. Ça vous donne une idée de ce que sera l’avenir de l’Amérique, encore plus fantastique que le présent ne l’est déjà ! Votre frère me dit que vous êtes timide. C’est vrai, Laura ?
            Laura: Je – ne sais pas.
            Jim : Vous me donnez l’impression d’être une jeune fille du genre traditionnel. Moi, je trouve ça très bien, le genre traditionnel. J’espère que vous ne me trouvez pas trop indiscret – si ? Laura: J e crois que je vais prendre un chewing-gum, si ça ne vous dérange pas. Monsieur O’Connor, vous avez continué à chanter ?
            Jim : À chanter ? Moi ?

            Laura: Oui. Je me souviens de la belle voix que vous aviez.
            Jim : Quand m’avez - vous entendu chanter ? Vous dites que vous m’avez entendu chanter ? Laura: O h, oui ! Oui, très souvent... Vous ne vous souvenez sans doute - pas du tout de moi ?
            Jim : Vous savez, j’ai l’impression de vous avoir déjà vue. J’ai eu cette impression à l’instant où vous avez ouvert la porte. Comme si j’avais votre nom sur le bout de la langue. Mais le nom qui m’est revenu - n’était pas vraiment un nom ! Alors je me suis retenu de le dire. Laura: Ce n’était pas – Bleue Rosie ?
            Jim : Bleue Rosie ! – Bon sang, c’est ça – Bleue Rosie ! C’est le nom que j’avais sur le bout de la langue quand vous avez ouvert la porte ! La mémoire vous joue de ces tours, c’est dingue, non ? Je n’avais pas du tout fait le rapprochement avec le lycée. Mais c’était bien là ; c’était au lycée. Je ne savais même pas que vous étiez la soeur de Shakespeare ! Hou là là, je suis désolé.
            Laura: V ous ne pouviez pas le savoir. On – se connaissait à peine !
            Jim : M ais on se parlait, non ?
            Laura: Oui, on – se parlait.
            Jim : Quand m'avez-vous reconnu ?
            Laura: Oh, tout de suite !
            Jim : Dès que je suis entré ?
            Laura: Quand j’ai entendu votre nom , je me suis dit que ça devait être vous. Je savais que Tom vous connaissait un peu au lycée. Alors quand je vous ai vu à la porte... Eh bien, là j'en ai été – sûre.

             

            SCENE 7 SUITE, p 90-98 (Casey / Rita)

            Jim : Pourquoi n'avez-vous rien dit, alors ?
            Laura: J e ne savais pas quoi dire. J' étais – trop surprise !
            Jim :Eh bien ça alors, c’est drôle.

            Laura: Oui ! Oui, hein...
            Jim: M ais on suivait un cours ensemble, non, je ne sais plus de quoi ?
            Laura: O ui, c’est exact.
            Jim: C ’était quoi comme cours déjà ?
            Laura: Le cours de – chant – la chorale !
            J i m : A h !
            Laura: O n était assis de chaque côté de l'allée centrale de la salle de concert.
            J i m : A a a h !
            L a u r a : L e s l u n d i s , m e r c r e d i s , e t v e n d r e d i s .
            Jim: M aintenant je me souviens – vous arriviez toujours en retard.
            Laura: O ui, j'avais tellement de mal à monter les marches. J'avais un appareil à la jambe - ça faisait un de ces boucans !
            Jim: J e n’ai jamais rien entendu.
            Laura: M oi, je croyais entendre un grondement de tonnerre !
            Jim: B en alors là, je n’ai même jamais remarqué.
            Laura: E t tout le monde était déjà assis quand j’entrais. Je devais passer devant tous ces gens. Mon siège était au dernier rang. Il fallait que je clopine jusqu'au fond de la salle avec tout le monde qui regardait !
            Jim : I l n'y avait pas de quoi vous sentir gênée.
            Laura: J e sais, mais c'était plus fort que moi. C’était toujours un tel soulagement quand on commençait à chanter.
            Jim :Ah,oui,çamerevientmaintenant!JevousappelaisBleueRosie.Maispourquoiest-ce que je vous appelais comme ça ?
            Laura: J 'avais été un moment absente de l'école à cause d'une pleurésie. Quand je suis revenue, vous m ' avez demandé ce qui m'était arrivé. J’ai dit que j'avais eu une pleurésie – vous avez cru que j'avais dit Bleue Rosie – et après vous m’avez toujours appelée comme ça !
            Jim : J ’espère que ça ne vous embêtait pas.
            Laura: O h, non – j’aimais bien. Vous comprenez, je ne connaissais pas – grand monde... Jim :S ijemesouviensbien,vousétiezplutôtsolitaire.
            Laura: J e – n’ai – jamais été très douée pour me faire des amis.
            Jim : J e ne vois pas ce qui vous en empêchait.
            Laura: E h bien, je – c’était plutôt mal parti.
            Jim :V ousvoulezdireàcausedevotre–
            Laura: O ui, ça faisait comme – une barrière entre moi –
            Jim : C ’est dommage !
            Laura: J e sais, mais c’était comme ça, et –
            Jim :V ousétieztimideaveclesgens!
            Laura: J ’essayais de ne pas l’être mais je n’ai jamais réussi à –
            Jim :V aincrevotretimidité?
            Laura: N on, je n’ai jamais pu !

            Jim : J 'imagine que la timidité est une chose dont on se débarrasse peu à peu. Laura: O ui – j’imagine –
            Jim : Ç a prend du temps !
            L a u r a : O u i –

            Jim : L es gens ne sont pas aussi effrayants quand on les connaît. C’est ça qu’il faut se dire ! Et tout le monde a des problèmes, pas seulement vous, presque tout le monde a des problèmes. Vous croyez être la seule à avoir des problèmes, la seule à être déçue. Mais regardez autour de vous et vous verrez qu'il y a des tas de gens tout aussi déçus que vous. Moi, par exemple, du temps du lycée, j’aurais espéré, six ans plus tard, être un peu plus avancé dans la vie que je ne le suis maintenant - Vous vous souvenez de ce merveilleux article sur moi qui est sorti dans Le Flambeau ?

            Laura: Oui!
            Jim : Il disait que j’étais fait pour réussir dans tout ce que j'entreprenais ! Ça par exemple ! Le Flambeau !
            Laura: L à, vous voilà dans Les Pirates de Penzance !
            Jim : J 'étais premier baryton dans cette opérette.
            Laura: V ous aviez – une voix merveilleuse !
            J i m : A h –
            Laura: O ui, oui – merveilleuse – merveilleuse !
            Jim :V ousêtesvenuem'écouter?
            L a u r a : L e s t r o i s f o i s !
            J i m : N o n !
            L a u r a : S i , s i !
            Jim :A uxtroisreprésentations?
            Laura: O ui.
            Jim :P ourquoi?
            Laura: J e – voulais vous demander un – autographe pour mon programme.
            Jim :P ourquoinepasl'avoirfait?
            Laura: V ous étiez toujours tellement entouré d’amis que je n'en ai jamais eu l’occasion. Jim :V ousauriezdû...
            Laura: E h bien, je – j'avais peur que vous me trouviez trop –
            Jim : Q ue je vous trouve trop - quoi ?
            L a u r a : O h –
            Jim : J 'avais la cote avec les filles en ce temps-là.
            Laura: V ous aviez un succès incroyable !
            Jim : O uais –
            Laura: V ous attiriez la – sympathie –
            Jim : J 'étais gâté au lycée.
            L a u r a : T o u t l e m o n d e – v o u s a d o r a i t !
            Jim :V ousaussi?
            Laura: M oi – oui, je – oui, moi aussi –
            Jim :B ien,bien,bien!–Donnez-moiceprogramme,Laura.Voilà–mieuxvauttardque jamais !
            Laura: O h, je – quelle – surprise !

            Jim : M a signature n'a pas bien grande valeur pour l’instant. Mais un jour – peut-être – qu'elle prendra de la valeur ! Être déçu est une chose et être découragé en est une autre. Moi, je suis déçu, mais je ne suis pas découragé. J’ai 23 ans. Quel âge avez-vous ?
            Laura: J ’aurai 24 ans en juin.

            Jim : C e n'est pas vieux !
            L a u r a : N o n , m a i s –
            Jim :V ousavezterminélelycée?
            Laura: J e n'y suis pas retournée.
            Jim :V ousvoulezdirequevousavezabandonnéencoursderoute?
            Laura: J ’ai eu de mauvaises notes à mes examens de fin d’ann&

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