Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 22/03/2017
      • LA PLACE DU PUBLIC : La Mouette (Tchekhov/Th. Perrenoud/Théâtre de la Bastille)

          • UN PLATEAU CERNÉ PAR LE PUBLIC

            La disposition de la salle était particulière : il y avait quatre ensembles de chaises et au centre un espace qui était l’espace de jeu. C’était un dispositif quadrifrontal : les comédiens sont entourés par le public. Le public se voit, il a une présence accrue dans la scénographie, il est en quelque sorte le décor, ou bien on peut considérer qu’il est sur le plateau, au même titre que les comédiens. On se sent impliqués. C’est une manière de dire que cette histoire qui se passe dans la Russie d’avant la révolution nous concerne, qu’elle est proche de nous. (Tania)

            Certaines chaises étaient réservées aux comédiens et portaient des étiquettes : « Tonton », « maman », « Simon » etc. Cela donnait une impression de représentation familiale : nous étions mélangés aux invités venus assister à cette représentation. (Théophile)

            La scène ce n’était pas juste la zone centrale : l’espace de jeu est d’une certaine manière sans limite fixe : la mise en scène joue sur le hors champ, sur ce qui se passe en coulisse (on entend les voix venues de la pièce d’à côté). Nous sommes invités à faire attention à ce qui se dit hors de scène, à mesurer le contraste entre ce qui se passe sur scène, et qui est souvent grave, et la joie des divertissements hors scène (lorsqu’ils jouent au loto à la fin par exemple). Certains comédiens se placent dans les allées pour réaliser des actions secondaires (barbecue, douche) et une partie du public seulement y assiste de près.  Cela nous donne le sentiment d’être impliqué plus fortement (Paul)

            LE THEATRE DANS LE THEATRE

            Le début de la pièce repose sur une nette mise en abyme : Constant prépare un spectacle et installe sa scénographie. Nous avons l’impression de faire doublement partie du « décor » : à la fois de la scénographie de Thibault Perrenoud le metteur en scène, et de la scénographie de Constant. Constant rejette l’idée d’un décor construit, il préfère jouer sa pièce devant le lac et sous la lumière de la lune ; d’une certaine manière, Thibaut Perrenoud répond à ce vœu : il n’y a pas de décor, il n’y a que des spectateurs. (Théophile, Lou)

            La pièce est « interactive », elle fait appel au public, brise très souvent le « quatrième mur » pour nous faire sentir que les comédiens ont conscience de notre présence, et qu’ils jouent avec nous. Cela contribue largement à la dimension comique de la mise en scène. Quand Constant fait sa représentation, il demande au public d’y participer en se tenant la main et en répétant ses paroles. Les spectateurs sont étonnés, ils sont embarrassés de se tenir la main, ils rient de la situation qui est grotesque : cela ressemble à une sorte de secte dans laquelle les gens prieraient ensemble. Ces adresses directes sont une manière de nous impliquer et de nous faire rire. (Paul)

            Nous sommes également interpellés par Constant lors de l’échec de la pièce : il nous ordonne de partir. Ensuite, le docteur nous demande si nous avons aimé la pièce ; nous sommes un peu gênés devant sa question et en même temps amusés (Paul). Le docteur demande à une personne du public de lui tendre un cendrier (Théophile), lorsqu’Irène s’en va, elle fait ses adieux aux amis, donc au public, et embrasse toutes les personnes du premier rang, c’est assez cocasse (Tania), lorsque Trigorine évoque ses inquiétudes et l’angoisse de ne pas être aimé, il mentionne des personnes du public en les décrivant physiquement (« le garçon à la capuche rouge », « le garçon qui garde son manteau sur les genoux pour montrer qu’il ne m’aime pas ») : c’est drôle, cela nous montre qu’il nous voit, cela introduit une sorte de complicité. A certains moments, nous sommes atteints par des éléments de la scénographie : lors de la représentation, Nina envoie de la terre partout, y compris sur le public. Là encore, c’est très drôle. (Vassilis)

             

            LA MOUETTE

            Constant apporte une mouette sur scène par amour pour Nina et il la pose aux pieds du public avec toutes les plumes qui tombent. C’est marquant : on a un cadavre aux pieds, une mouette concrète. Puis il expose cette mouette sur une étagère comme un trophée. Cette mouette concrète sur scène donne une image forte de la mort, de l’échec, de la fin. On ne fait que progressivement le lien avec Nina, qui est la « mouette » allégorique de la pièce (Théophile)

             

            LA TERRE

            La mise en scène est assez pauvre en termes de moyens, pourtant elle a une dimension concrète : de la terre, de l’eau, la cuisine avec ses odeurs, etc. (Tania)

            La terre arrive tôt sur le plateau : Constant verse deux ou trois sacs de terreau au centre du plateau en guise de scénographie. On pourrait le prendre pour le régisseur du plateau. C’est à la fois étonnant et drôle. Il verse un sac sur Nina costumée en buisson, c’est assez ridicule. Le spectacle qu’il prépare est d’emblée ridiculisé par cette préparation. Cette terre installée dès le début sur le plateau, c’est une métaphore de la mort de Constant, il prépare son propre enterrement en déversant cette terre sur le plateau (Emilia)

            A la fin, ils font un lit avec cette terre en la balayant et en formant un rectangle au centre du plateau. C’est Constant qui accomplit patiemment ce travail, à la fois comme un régisseur de plateau chargé de nettoyer ce que les comédiens ont fait, et comme un homme qui préparerait sa fin. Ce lit de mort, on pense qu’il est pour Pierre, l’oncle malade. Ce sera finalement le lit de mort de Constant. (Paul)

            UNE SOCIETE HAUTE EN COULEURS ET CONTRASTEE :

            Irène, la mère, se comporte de manière extrêmement possessive avec son amant Boris. Elle parle pour lui, le présente, se place systématiquement à côté de lui, pose sa main sur son genoux comme s’il lui appartenait, elle est toujours en contact physique avec lui et le contrôle comme s’il était son enfant. On sent qu’elle le surveille en permanence, qu’elle a peur de le perdre. Lorsqu’elle sent qu’il est attiré par Nina, elle se met à l’implorer de manière excessive, surjouée, elle s’accroche à lui, se met à genoux, et lorsqu’elle l’a repris en sa possession, elle se montre à nouveau dominatrice (Alice, Lorraine)

            Constant, le fils, est souvent ridicule. C’est un être passionné, qui a des réactions excessives. A la fin de la pièce, lorsqu’il a été quitté par Nina, il se promène en portant une radio qui diffuse une musique mélancolique en permanence, comme pour signaler sa tristesse, pour l’afficher et pour l’entretenir. (Sarah)

            Au milieu de la pièce, il y a un moment très intense entre Boris (Trigorine), l’écrivain à succès, et Nina, la jeune comédienne. On sent qu’ils sont progressivement attirés l’un par l’autre. Lorsqu’ils discutent ensemble, on voit les regards très directs qu’ils posent l’un sur l’autre, on sent leur proximité, on mesure que l’amour est en train de naître entre eux (Sarah)

            Ce qui crée cette tension, c’est qu’ils sont d’abord éloignés l’un de l’autre, une table les sépare, puis ils se rapprochent progressivement, jusqu’à se toucher. Il y a un interdit qui les oblige à se tenir à distance l’un de l’autre, pourtant leur attirance est la plus forte. (Camille)

            Leur attirance est empêchée par plusieurs obstacles, dont la voix d’Irina qui survient alors qu’ils étaient presque en contact l’un avec l’autre. (Lorraine)

            L’instituteur, Simon, se plaignait constamment de son salaire. Ses interventions ramenait cette pièce à des considérations prosaïques qui empêchaient la pièce de tomber dans le romantisme. Lorsque les autres personnages discutaient de leur vie, de leur art ou de leurs sentiments, il faisait le barbecue. (Thyl)

             

            LA FIN

            A la fin, on sent que le temps a passé : la scène s’est vidée, les personnages ont l’air fatigué, comme s’ils étaient moins vivants. Pierre, l’oncle, qui était si exubérant et jovial, qui refusait de faire attention à sa santé, ne bouge plus, il est cloué dans un fauteuil roulant. (Camille)

            Constant déchire son œuvre et envoie les feuilles voler à travers la salle. Lorsqu’on regarde ces feuilles répandues par terre, on découvre qu’elles contiennent un texte en russe, celui de la pièce. Constant, serait une figure de Tchekhov ? (Théophile)

             

             

            En quoi cette mise en scène met-elle en valeur les tonalités contrastées de la pièce de Tchekhov ?

            Comment cette mise en scène crée-t-elle une impression de proximité avec le drame représenté ? Comment permet-elle au public de s’approprier l’action représentée ?

            En quoi cette mise en scène accorde-t-elle une place particulière au public ? Quelle relation particulière établit-elle avec le public ?

            Quelle utilisation de l’espace propose cette mise en scène ?

            Comment cette mise en scène rend-elle sensible l’évolution des personnages au fil de l’action ?

            Quelle image des relations entre les personnages construit cette mise en scène ?

             

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