Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 26/01/2016
      • LA PURETE TOUT SEUL OU LA GLOIRE EN SE RENIANT ? UNE EXPERIENCE COLLECTIVE : Le bruit court que nous ne sommes plus en direct (Collectif l'Avantage du doute/Théâtre de la Bastille)

          • ILS SONT LÀ ET NOUS AUSSI

            Samedi soir, découverte de la dernière création du collectif "L'Avantage du doute". Une sacrée surprise, et une drôle d'expérience !

            Ce qui est intéressant d'abord, c’est que les comédiens jouent sur la frontière entre réalité et fiction : ils ont gardé leurs prénoms réels : Simon, Mélanie, Judith, Claire, et Nadir.

            Au début du spectacle, ils sont assis face à nous, ils se présentent. Ils nous parlent directement pour nous expliquer leur projet, nous donnent l’adresse du lien internet vers leur chaîne (lien qui existe peut-être !), etc. Ils installent un rapport particulier : nous sommes leurs spectateurs (de théâtre) et ils vont travailler pour des spectateurs (de télé) (Juliette)

            DANS LA CUISINE D’UN JOURNAL TÉLÉVISÉ ARTISANAL

            On les voit en « conférence de presse » : c’est assez ridicule : il n’y a pas beaucoup de chauffage, ils ont froid et se réchauffent avec des couvertures. On dirait des réfugiés. Ils se disputent beaucoup, lèvent le doigt comme des enfants à l’école pour proposer leurs sujets. Il y a de petits moments de contradiction comique : Nadir tient à son sujet sur le cercle de l’industrie mais les autres n’en veulent pas : eux aussi exercent une forme de censure. (Idir)

            Les comédiens diffusent ensuite en direct leur journal. C’est une grande source d’effets comiques, on rit énormément. L’entrée des présentateurs est très drôle : ils chantent une chanson, la comédienne qui la chante ne veut plus s’arrêter de chanter. La caméra n’est pas toujours bien placée, on sent leur amateurisme. (Arthur)

            Leur journal prend le contrepied de tout ce qu’on voit d’habitude à la télé : le journaliste « montre patte noire » c'est-à-dire qu’il va dire comment il va et montrer ce qui ne va pas pour lui. Une journaliste énumère les images choc qu’ils ne montreront pas, Nadir fait une séquence météo complètement folle où il ne dit pas le temps qu’il fait et critique notre besoin de connaître le temps trois jours à l’avance, etc. (Arthur)

            A la fin du journal télévisé, il y a soudain un grand silence. On est plongés dans le noir. C’est une interruption très forte, quelque chose qui n’arrive jamais normalement à la télévision. Une pause. Cela nous fait prendre conscience du rythme dans lequel nous vivons, du rythme de l’information, de la pression que cela exerce sur nous. Le spectateur en fait l’expérience de l’intérieur. (Bastien, Olivia)

            Le compteur que nous voyons sur scène a une vraie importance dramaturgique : il installe une tension, une progression. Ce compteur affiche le nombre de spectateurs (de « voyants » comme disent avec humour les journalistes amateurs) qui regardent le site internet d’éthique télé). AU début, il indique 60 personnes, progressivement, le nombre augmente et arrive à 20 000 spectateurs. Ils ont plus de moyens mais ils sont plus contrôlés par Gloria et par les désirs des spectateurs. Avant ils dénonçaient un système dans lequel les médias ne sont pas indépendants, à la fin, ils sont eux-mêmes soumis à ce système. On voit que quand on a de l’argent, on peut tout faire, mais on n’a plus la liberté de faire ce qu’on veut (Tania)

            PAUSES POETIQUES

            Au moment où les lumières s’éteignent à cause d’une coupure de courant, Simon allume une bougie et se met à nous raconter sa vie, à se confier à nous comme s’il était tout seul alors que les autres sont à côté de lui, dans le noir. C’est un moment très beau d’intimité et de confiance : il avoue ses faiblesses (Daria)

            Le spectacle est ponctué de moments de pause qui sont très poétiques : on est dans le noir, on voit une projection lumineuse qui rappelle les films muets, ou bien une lumière comme une constellation se détache sur le mur. On se met à rêver. Le spectacle oppose fortement le flux des images médiatiques et ces images oniriques.

            LE COUP DE MAIN DE GLORIA OU LA REPRISE EN MAIN POUR LA GLOIRE ?

            Une jeune femme prend peu à peu possession d’ « Etik TV » : le mobilier s’améliore, le chiffre des « voyants » augmente, les journalistes ont moins froids, ils s’habillent mieux, la technologie s’améliore… mais la chaîne perd en authenticité, elle se plie aux exigences des spectateurs. Cela fait penser au rachat des petites sociétés indépendantes par des grands groupes : ils perdent leur âme. (Idir)

            Gloria pousse chaque membre d’Etik TV à changer de look : les filles mettent des robes, enlèvent leur grosse polaire, se détachent les cheveux, Simon met une veste en peau, etc. On passe de tenues négligées à des tenues sensuelles. Cela entre en contraste avec leur critique de Mylène Farmer au début du spectacle. On voit qu’ils se conforment aux attentes du public, qu’ils construisent leur image, qu’ils trahissent leurs idéaux. (Marving)

            Les personnages accomplissent un trajet tout au long du spectacle :  ils sont au départ en réaction contre le système économique et médiatique. Ils se battent, mais avec l’arrivée de Gloria (au nom symbolique : la gloire), ils vont se trahir pour gagner de l’audience. C’est le dilemme entre la pureté et l’audience. Mais à la fin, ils rejettent ce qu’ils sont devenus : ils quittent le journal et se lancent dans une fête folle, ils reprennent leur indépendance (Sabrina)

            On voit les changements intérieurs de Simon par ses changements de costume : il modifie son apparence pour plaire à Gloria. Il se met à porter une veste en daim, en écho à sa période « indienne ». (Seda)

            L’une des journalistes est progressivement dépossédée d’elle-même : elle devient l’objet de Gloria qui change tout en elle et qui décide de tout : elle change de coiffure, elle ôte ses lunettes, elle est plus féminine. Symboliquement, quand elle détache ses cheveux, elle s’enchaîne elle-même ; ses cheveux sont libres mais elle est prisonnière de son image (Jenny)

            Sur scène, une des comédiennes installe un petit pont rouge. On ne sait pas trop ce qu’il représente au départ. Les comédiens le traversent lorsqu’ils changent de lieu, lorsqu’ils sortent du cercle.

            Ils deviennent ce qu’ils critiquaient au départ. Ils ont choisi sans vraiment s’en rendre compte leur camp, ils ont tranché le dilemme : celui de la pureté solitaire ou de la compromission du succès. A la fin, ils réagissent, se révoltent. C’est une sorte d’invitation à réagir pour le spectateur, une invitation à prendre conscience de notre situation (Joseph).

            LIBÉRATION ?

            Le journal télévisé de la fin est un sommet de burlesque : Nadir est déguisé en DSK de manière grossière (perruque et peignoir), Simon est en femme de chambre, il y a des décors en incrustation et cette mise en scène ridicule permet à Nadir d’expliquer le cercle de l’industrie. Ils cèdent à tout ce qu’ils critiquaient : les effets de mauvais goût, le scandale, etc. La scène finit de manière complètement délirante et en même temps émouvante : les deux amis se rendent compte de leur ridicule et tombent dans les bras l’un de l’autre. Ils n’iront pas plus loin dans la compromission.

            C’est un spectacle dans lequel il se passe plein de choses, sur scène et en nous : on rit, on est avec eux, on réfléchit aussi et on discute en sortant ! (Elian, Théophile)

          • le bruit court 3.png