Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 07/05/2017
      • LE THEATRE DANS TOUS SES ETATS : SONGES ET METAMORPHOSES (Ovide, Shakespeare / G. Vincent / Odéon)

          • Guillaume Vincent met en scène deux textes différents dans un même spectacle. Les deux pièces sont liées par un certain nombre de thèmes et de formes, mais avant tout par la présence des mêmes comédiens. A la fin de la première partie, les spectateurs, qui riaient aux éclats au début du spectacle, sortent presque traumatisés par la violence de ce qu'ils ont vu ; à la fin du spectacle, les sourires réapparaissent sur les visages, grâce à l'intervention de Puck, qui nous demande notre indulgence et assure que tout cela n'était qu'un songe.  (Dorothée) .

            LES METAMORPHOSES d’Ovide

            La première partie, consacrée aux Métamorphoses, est d’une grande drôlerie. Elle porte sur différentes Métamorphoses : Narcisse, Hermaphrodite, Myrrha, Pygmalion, Procné. A chaque fois, un lien est établi entre le mythe et l’époque contemporaine, pour nous permettre de nous approprier ces histoires venues de la mythologie.  (Laurent)

             

            1/Narcisse à l’école primaire :

            Narcisse est un jeune homme insensible à la beauté d’Echo et qui tombe amoureux de son propre reflet. Le mythe est joué par des enfants dans une école primaire, sous la direction de Monsieur Gaillard, le professeur.

            On voit un décor de théâtre très bariolé qui évoque un dessin d’enfant et rappelle les constructions maladroites des spectacles de fin d’année. (Marion)

            Les parents applaudissent le spectacle et certains viennent échanger avec le professeur. Une mère conteste le choix de ces récits.

             

            2/Hermaphrodite :

            Ce récit d’Ovide raconte qu’une nymphe tombe amoureuse d’un jeune homme. Elle l’enlace et ils deviennent indiscernables l’un de l’autre. Cet épisode se clôt par un moment très impressionnant : on voit apparaître un personnage dans la pénombre. Soudain, il ouvre son peignoir et l’on découvre qu’il est hermaphrodite : homme et femme, il a une poitrine de femme et un sexe d’homme, les cheveux longs, des hanches de femme et une barbe. C’est une vision très troublante, qui disparaît aussitôt et laisse un grand trouble. La figure mythologique, une fois incarnée de manière réaliste, nous renvoie à bien des débats de notre temps sur la notion de genre.

             

            3/Myrrha et l’atelier théâtre en lycée :

            On assiste à la préparation d'une pièce de théâtre par quatre lycéens et un professeur de théâtre, toujours Monsieur Gaillard, qui se fait chahuter par ses élèves au sujet de son enfant et de ses orientations sexuelles. Ils permettent de faire le lien entre notre époque et le mythe. Deux lycéennes ont choisi de travailler sur le mythe de Myrrha : une jeune femme amoureuse de son père et veut réaliser son fantasme : s’unir à lui. Le professeur n’est pas d’accord, une dispute s’engage. La pièce ne cesse d’emboiter les histoires les unes dans les autres et de mélanger fiction et réalité. C’est le professeur de théâtre, Monsieur Gaillard, qui joue le père de Myrrha. On peut imaginer que l’élève qui interprète Myrrha en profite pour projeter son propre fantasme sur son professeur en lui demandant de jouer ce rôle. (Bastien)

            4/Pygmalion et la troupe de comédiens professionnels :

            Nous faisons connaissance avec une troupe de comédiens professionnels en répétition, qui travaille sur les Métamorphoses. Un comédien propose une improvisation sur Pygmalion : il interprète un prisonnier qui a fabriqué la femme de ses rêves sous la forme d’une poupée. L’étrangeté vient du fait que cette poupée, qui a vraiment l’air d’être sans vie tant elle est désarticulée, est en réalité bien vivante. A la fin de cette scène, les autres comédiens critiquent celui qui a interprété la scène et le renvoient à son identité de célibataire. Tous débattent de la question du réalisme, de « l’emploi » au théâtre, c’est-à-dire du rôle pour lequel on serait défini.

            5/Procné :

            L’un des comédiens n’a pas respecté la consigne de travail qui consistait à présenter un membre de sa famille en portant l’un de ses vêtements. Une comédienne fait irruption, Emilie (qui est le vrai nom de la comédienne réelle) et s’énerve : elle refuse de jouer quelqu’un de sa famille pour travailler sur les Métamorphoses, ce n’est pas pour jouer cela qu’elle fait du théâtre. Elle est d’une grande violence verbale, elle hurle et on assiste à un affrontement entre la metteuse en scène et elle. Elle décide d’aller interroger la femme de ménage du théâtre et joue cet entretien dans un costume du XIXe siècle qui crée un décalage entre la réalité et la mise en scène. Progressivement, cette femme devient Procné dont l’histoire est transposée dans l’époque contemporaine. C’est l’histoire d’un couple sans amour, dont le mari est violent, qui vit dans le Nord et a deux enfants (Bastien)

            Une musique sombre se fait entendre, nous plongeant dans une atmosphère lourde et sinistre, marquant la fin tragique de cette métamorphose. (Marion)

            La fin de cette partie est très angoissante et sombre. Les effets sonores sont douloureux à supporter pour le spectateur (Laurent)

            L'ambiance sonore (les coups de fusils assourdissants, les cris, et les bruits divers) et l'ambiance lumineuse (clignotement lumineux, l’obscurité...) créent une atmosphère effrayante qui nous annonce la fin tragique de l’épisode. Le climat est glauque et finit par choquer le spectateur, on sort traumatisés de la première partie, alors qu’elle avait commencé de manière assez légère et grotesque. (Bastien)

             

            LE SONGE D’UNE NUIT D’ETE de Shakespeare

             

            La deuxième partie du spectacle, sans transition, nous présente la pièce de Shakespeare, qui comporte elle-même trois niveaux : les amours de Thésée, Hippolyta, et quatre jeunes gens ; la vie nocturne des fées dans la forêt, et le travail théâtral de six artisans.

             

            Les quatre amoureux qui sont victimes des jeux de l'amour et du hasard (Hermia, Héléna, Lysandre et Démétrius) sont joués par les acteurs des lycéens de la première partie. Le spectateur ne peut s’empêcher de faire un lien entre les deux parties, comme si les lycéens étaient devenus des comédiens professionnels. (Bastien)

             

            Dans la pièce de Shakespeare, il y a une mise en abyme du théâtre : en parallèle aux événements du Songe d'une nuit d'été, on observe une troupe de comédiens qui se prépare pour jouer Pyrame et Thisbé. Cette pièce sera jouée devant les personnages qui sont au cœur du Songe d'une nuit d'été (Thésée, Hippolyta, Hermia, etc.) En voyant cette mise en abyme, on comprend d’où vient la thématique du théâtre qui parcourt Les Métamorphoses : les deux spectacles sont liés par le thème du théâtre, par la pratique du jeu, par le fait d’incarner un autre personnage, de se métamorphoser. Les deux textes ne sont pas réunis par hasard : le théâtre dans le théâtre contamine les Métamorphoses et la notion de métamorphose est présente dans Le Songe d’une nuit d’été (Bottom se transforme en âne) (Bastien)

             

            Titania et Obéron sont joués par deux chanteuses qui chantent des airs de Britten et Purcell.

             Le petit elfe Puck, vêtu de noir, a quelque chose de maléfique et innocent à la fois. Il se dandine comme un enfant qui ne tient pas en place. (Bastien)

             

            Cette partie est très drôle, mais comme la première partie, elle a aussi une part de violence : Héléna est maltraitée par Démétrius, puis c’est Hermia qui est rejetée par Lysandre, les hommes (Thésée, Obéron) exercent leur pouvoir sur les femmes.

             

            Quand Lysandre et Hermia sont dans la forêt, une pluie de confettis s'abat sur eux.  Cela marque le passage au fantastique et montre qu'ils ne sont pas dans une forêt ordinaire : le lieu a quelque chose de magique. C’est une manière de métamorphoser l’espace (Marion)

             

            Pendant la dernière scène, la pièce que les comédiens amateurs jouent est une tragédie, mais ils la jouent mal et sont ridicules. Le costume du lion est absolument grotesque : il est énorme, nous ne pouvons nous arrêter de rire.  (Marion)

            Le costume du mur est grotesque, ainsi que le jeu des comédiens. On peut penser que ce sont les comédiens (de l’époque contemporaine) dont on a suivi les répétitions, les disputes, les réflexions sur le théâtre, qui jouent cette pièce : on voit le résultat grotesque de leurs efforts. C’est une manière pour les comédiens de se moquer d’eux-mêmes. En même temps, les comédiens « réels » jouent à merveille ces comédiens fictifs pour nous amuser. Le paradoxe est au cœur de cette scène, et on finit par ne plus savoir à quel niveau on se trouve (Bastien)

             

            En quoi cette mise en scène peut-elle être comprise comme un éloge du théâtre et de ses pouvoirs ?

            Comme ce spectacle explore-t-il la notion de métamorphose ?

            Comment la mise en scène joue-t-elle sur l’association de ces deux textes ? Quel sens lui donne-t-elle ?

            En quoi cette mise en scène repose-t-elle sur une esthétique du mélange, de l’hybridation, du baroque ?

            Comment cette mise en scène travaille-t-elle à créer chez le spectateur un sentiment de trouble ?

            En quoi ce spectacle se place-t-il sous le signe du rêve ?

            Quelle image du théâtre construit ce spectacle ?

            En quoi consiste l’humour de cette mise en scène ?

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