Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 13/10/2015
      • LES MAUVAIS GENRES A L'HONNEUR : Ciel ! mon placard (Nicole Génovèse ; Théâtre du Rond Point)

          • CIEL ! MON PLACARD

                     PROLOGUE EN FORME DE PARADE

            • Avant le début du spectacle, pendant que nous nous installons, un homme et une femme nous parlent de manière très directe et présentent le spectacle : on ne sait pas s'ils jouent déjà. Sommes-nous déjà dans le spectacle ? (Andrew).
            • L'homme vante les mérites de son spectacle, en fait la réclame, comme un bonimenteur qui voudrait nous vendre sa marchandise. (Nathan)
            • Une musique de fanfare résonne comme si on se trouvait au cirque. L'homme nous fait répéter le nom de l'auteure et celui du metteur en scène, à la manière d’un « Monsieur Loyal » qui voudrait « chauffer la salle » (Marie).
            • Une femme court dans tous les sens devant le rideau et se trouve sous les ordres d’un homme, comme si elle était manipulée et dirigée par les autres. Elle est déjà la « bonne » avant que le spectacle ne commence (Jenny)
            • Ses mains sont blanches, salies par de la craie comme une sorte d'institutrice. Pourtant, on ne vient pas voir Les Mains sales ! (Juliette).

            OUVERTURE EN FANFARE

            • Un deuxième homme se tient immobile, un bâton dans les mains, comme un vigile (Gabriel). Il tape les trois coups sur le sol pour marquer le début de la pièce de manière très traditionnelle. Le rideau s’ouvre. C'est une ouverture solennelle, aujourd’hui tout à fait passée de mode, qui exhibe le théâtre de manière parodique car aujourd’hui, les choses ne se passent plus du tout comme cela. C’est une ouverture à l’ancienne, qui semble naïve aujourd’hui (Julia)
            • On entend des enregistrements d'applaudissements qui soulignent les entrées des comédiens, ce qui exhibe à nouveau la situation théâtrale et rappelle aussi les sitcoms américaines : on souligne lourdement les moments où il faut rire, cela crée un effet grotesque (Marie, Zoé)

             

            SCENOGRAPHIE : UN KITCH AFFICHÉ

            • Les murs sont bleu clair, tout est couleur pastel, il y a une fausse fenêtre qui est changée à chaque changement de lieu : tout a l'air faux, en carton pâte. C’est une manière de se moquer du théâtre de boulevard qui utilise ce genre de décor fixe et pseudo-réaliste.
            • Le fameux placard est situé en plein milieu du plateau, il est grand, marron, encombrant et très laid. Tout le monde en sort à un moment ou à un autre : cette convention de l'amant dans le placard est ici démultipliée (le mari finit par habiter dans le placard !). Ce cliché théâtral est poussé jusqu'à l'absurde (Catherine)
            • Régulièrement, une cantatrice finlandaise sort de ce placard, de manière totalement artificielle. Elle ponctue le spectacle, habillée dans des tenues différentes, toutes loufoques, extravagantes, et ses chansons commentent  l'action (la naissance de l'enfant, la joie,...). On a l'impression d'entendre les pensées des personnages. (Suzanne)
            • La chanteuse et son musicien qui apparaissent ainsi de manière rapide et artificielle font penser à une boite à musique géante et grotesque. Ces intermèdes musicaux rappellent les chansons qui ponctuaient les vaudevilles au XVIIIe siècle (Laura).
            • Cette chanteuse qui a l'air extérieure à l'action finit par entrer dans la fiction : elle refuse de donner son placard. (Juliette)

             

            PARODIES TOUS AZIMUTS : DU BOULEVARD AU SPECTACLE DE CATCH EN PASSANT PAR LE POLAR

            • Les styles musicaux de la chanteuse sont aussi variés que ses styles vestimentaires, il y a un jeu sur les genres de musique : pop, rap, slam, opéra, soul, disco, rock, baroque. A chaque fois, il s'agit de parodie : on le sent surtout lors du dernier chant dont les paroles sont scatologiques alors que la musique est baroque : l’écart entre le style musical et le contenu est extrême. (Charles)
            • Le jeu des comédiens contient énormément d'adresses au public, ils surjouent le fait qu'ils sont sur une scène lors de leurs entrées : ils arrivent très sautillants sur le plateau et se font applaudir. Ils ont un côté cabotin, comme les acteurs du théâtre de boulevard (Marie)
            • Les costumes sont très contrastés : « Dada » porte une robe saumon style XIXe siècle qui évoque le vaudeville traditionnel, son mari est en habit élégant du même style (au début en tout cas !). En revanche, d'autres personnages sont vêtus de jeans et de baskets, ce qui renforce la parodie : cela exhibe le mélange des genres, ou la réécriture : on prend un genre codé et on le réécrit à partir d'aujourd'hui en s'en moquant. Ce mélange des styles vestimentaires rappelle qu’il s’agit d’une pièce de boulevard telle que des comédiens d’aujourd’hui l’envisagent : avec distance et humour (Idir) / Ce mélange n'a aucun sens, comme tout ce qui se passe dans la pièce : tout est absurde, l'action comme les dialogues ou les costumes. A aucun moment la pièce ne veut être cohérente. (Sabrina)
            • Les parodies ou les réécritures sont multiples : une scène se transforme en polar américain (prénoms  anglo-saxons : « John », cigares, lumière tamisée, voix graves), une autre en combat de catch (qui est aussi une forme de comédie !). A chaque fois, la pièce imite d’autres genres méprisés et populaires : le polar, le combat de catch, etc. On s'amuse avec les références. (Nathan)
            • Les accessoires sont volontairement absurdes : un télégramme côtoie un téléphone : les époques sont incompatibles (Hugo).
            • Le valet Jaco a une posture très raide, buste en avant, bras en arrière, à la manière d'un clown. Il n'avait pas les habits du majordome, il était en bleu de travail, en plombier, comme s’il s’était trompé de costume ou comme s’il n’y avait pas de costume adéquat dans la réserve. Là encore, cela donne une impression d’absurde. (Marving)
            • Pendant les révélations, une petite musique de suspense se fait entendre à la manière d'un film policier : on joue avec le modèle du cinéma de genre (Milena). Des musiques clichés soulignent les moments où le spectateur doit réagir, comme pour commander notre émotion de manière très soulignée : celle du couteau, de l'étonnement, etc. (Seda)
            • Des entractes avec des gags audio : publicité, message d'ordinateur... Manière de souligner le caractère commercial de ce théâtre : il faut vendre et faire vendre (Paule)
            • Une dispute entre le mari et la bonne au sujet d'un crachat joue à réécrire la pièce de Genet Les Bonnes (dans laquelle deux bonnes inventent des scènes entre elles-mêmes et « madame », notamment une scène du crachat). Ciel ! mon placard réécrit cette scène, qui était déjà une parodie chez Genet. C’est une sorte de double mise en abyme: les personnages jouent un rôle et avouent qu'ils jouent un rôle (Nathan)

             

            UN ACIDE CORROSIF : L'ABSURDE

            • Mireille, la bonne, est celle qui est condamnée à la fin, alors que c'est la seule qui raisonne à peu près correctement (Marving). Sa condamnation la laisse de glace, elle n’a aucun impact sur elle (Sabrina)
            • On voit des limites blanches au sol qui semblent définir l’espace des comédiens, un espace qu’ils n’auraient pas le droit de franchir. Mais Dada ne les respecte pas, elle passe dans la salle, elle ne respecte aucune limite ni aucune règle logique : elle s’appelle « Dada » et en bonne dadaïste, elle peut tout se permettre (Aimée)
            • La mise en scène a une dimension sexuelle appuyée : cela fait partie de la tradition du genre du vaudeville mais ici tout devient excessif, outré, délirant : un homme nu, des pratiques pédophiles, des pratiques sexuelles collectives grotesques, un homme qui accouche d’une fille (Juliette).
            • A la fin, tous les personnages ôtent leur costume et dévoilent leur vraie identité : Jaco le valet est chargé de mission au ministère, le capitaine est en fait Maurice Ravel ! etc. C’est un moment de délire complet, les identités n'ont aucun rapport avec l'action, tout est décalé, gratuit et complètement absurde. C’est cette folie qui provoque le rire (Mattéo)
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