Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 30/11/2019
      • LES MILLE ET UNE NUITS (Guillaume Vincent/Théâtre de l'Odéon)

          • LES MILLE ET UNE NUITS (mise en scène : Guillaume Vincent/théâtre de l’Odéon)

             

            Quelle image des relations hommes/femmes construit cette mise en scène des Mille et une nuits ?

            En quoi la mise en scène des Mille et une nuits joue-t-elle avec nos représentations (stéréotypées, fantasmées) de l’Orient ?

            En quoi cette mise en scène entre-t-elle en résonance avec notre époque ?

            Quelle image des femmes construit cette mise en scène des Mille et une nuits ?

            Comment la figure de la mise en abyme (caractéristique des Mille et une nuits) est-elle utilisée dans cette mise en scène ? Au service de quelles significations ?

            En quoi le mélange des tonalités orchestré par la mise en scène sert-il le propos des Mille et une nuits ?

            Comment la mise en scène des Mille et une nuits dénonce-t-elle les violences faites aux femmes ?

             

             

            Des comédiennes sont installées sur le plateau dès l’arrivée du public. Elles sont habillées en robe de mariée, elles attendent, elles sont assises, certaines se lèvent, l’une s’allonge, semble s’endormir ou s’évanouir (de peur ?) (Casey)

             

            Les sièges sur lesquels elles attendent sont des sièges de métro ou d’hôpitaux, cela rend l’attente stressante, comme avant une intervention (Pénélope).

             

            On est dans le noir, deux personnes parlent, il y a plusieurs couches sonores. Ces sons ont été enregistrés au Caire, on entend des voix, des véhicules, un appel à la mosquée. Quand Shéhérazade commence son récit, nous sommes plongés dans un imaginaire de l’Orient passé, mais progressivement, ces bruits nous font entendre un Orient contemporain (Inès).

             

            A chaque fois que les mariées entrent dans le couloir qui mène à la chambre du roi (où la nuit de noce les attend, puis la mort), elles regardent vers nous : c’est un dernier regard vers nous avant la mort, une forme d’appel à l’aide vers nous, qui ne faisons rien. (Paloma)

             

            La porte est vue par les jeunes filles comme le couloir de la mort, elles s’agitent. Derrière cette porte, on voit un couloir blanc, escalier blanc qui est progressivement recouvert de grande giclées sang. On peut imaginer leur supplice, on sait qu’elles sont décapitées (Hamet)

             

            Quand on entre dans la salle et qu’on voit les femmes sur scène, cela souligne le caractère habituel de ces massacres, ils sont effectués à la chaîne (Julie)

             

            La mise en scène nous plonge dans une ambiance inquiétante dès le début, une attente d’abord, puis une accélération, une sorte de panique, avec un rythme soutenu, du sang. C’est une esthétique qui rappelle celle des films d’horreur. (Simon)

             

            La scénographie représente un espace étrange, qui évolue au cours de la représentation et qui semble réunir plusieurs espaces. On voit un rideau au dessus de la porte, qui évoque un rideau de scène. Il y a beaucoup de couleurs vives (comme dans les décors orientaux ?). Sur le plateau, on observe un petit espace surélevé, comme un plateau, un espace de représentation. On a l’impression d’être sur une scène de music hall, ou dans un vieux cinéma des années 50, dans une salle de spectacle. (Lara, Gaïa).

             

            On voit que les comédiennes sont d’origines ethniques différentes, les robes sont différentes, les physiques sont différents : une des comédiennes est assez forte, d’autres sont très minces. Cela suggère que le roi tue toutes les femmes, sans distinction, sa vengeance est universelle. Bien sûr, on pense aux violences faites aux femmes, qui sont le coeur de notre actualité. Le metteur en scène fait résonner de manière très contemporaine (par les costumes de mariées par exemple) ces contes qui datent de l’époque médiévale. (Julie, Gaïa)

             

            Les relations homosexuelles

             

            La pièce met en scène les relations hommes/femmes sur le mode du combat, du rapport de domination ou de la souffrance amoureuse. Rien ne semble se passer de manière sereine.

             

            La pièce multiplie les portraits de femmes. Certaines sont d’une grande générosité comme Aziza. Aziza est détruite car l’homme qu’elle aime aime une autre femme : au lieu de se battre, elle concourt à sa destruction. Avec une grande douceur dans la voix, elle aide l’homme qu’elle aime à conquérir sa rivale. Tout ce qu’elle fait pour le rendre sensible à son amour c’est de lui montre son voile de mariée pour le toucher. Cela nous rappelle les mariées du début de la pièce. Cela fonctionne comme un effet d’annonce : comme les autres mariées, elle va mourir. C’est une femme qui meurt par amour. (Noa)

             

            La pièce montre un Orient qui semble éloigné des représentations que nous en avons : certaines scène nous montrent des femmes qui se dénudent son honte devant un homme (les trois femmes), certaines scènes abordent la question de l’homosexualité, on voit une femme faire de la boxe. La pièce joue donc avec nos représentations stéréotypées de l’Orient, et nous rappelle que « l’Orient » ne signifie pas grand chose car ce mot recouvre des réalités très diverses dans le temps, l’espace, et les milieux (Milla).

             

            Une scène nous montre des femmes qui se dénudent avec un grand naturel, une forme d’évidence et de liberté, car elles ne sont pas soumises au pouvoir des hommes : dans cette maison habitée par trois femmes, ce sont elles qui dominent. Elles se montrent provocantes et pleines d’humour. Leur sexe n’est plus considéré comme quelque chose de honteux qu’il faut cacher mais comme un sujet dont on peut parler et sur lequel on peut plaisanter. L’homme qu’elles ont laissé entrer cherche de manière très comique à nommer leur sexe et propose des noms d’une variété comique et poétique très riche. (Camille)

             

            Sur scène on voit des musiciens qui jouent  sur instruments de tradition orientale. L’Orient est rendu présent par les instruments. (Mattéo)

             

            A certains moments, les relations entre les hommes et les femmes sont harmonieux : dans la danse notamment, lorsqu’au voit une chorégraphie avec trois hommes et trois femmes. C’est une des rares fois où la relation est apaisée. La danse réunit les trois femmes et les trois hommes qui sont entrés chez elles. L’homme qui était là avant veut s’intégrer. Le contraste est net entre danse et violence (Noa)

             

            La première partie du spectacle contraste avec la deuxième. La première est violente et drôle, la seconde est plus douce et mélancolique. Deux musiciens jouent de la guitare et une chanteuse chante un air arabe qui signifie « il était une fois ». L’ambiance est calme, c’est comme le moment de l’endormissement après le conte du soir. (Inès)

             

            Ce spectacle, fidèle à l’esprit des Mille et une nuits, est très varié, il rassemble des épisodes différents, qui semblent ne pas aller ensemble. Grace aux histoires des borgnes il y a des histoires dramatiques, tristes, comiques ou fantastiques. (Emma)

             

            Les trois borgnes racontent à tour de rôle leur histoire, ce sont des récits dans le récit. A chaque fois, on voit qu’ils ont été sous la domination d’une femme et qu’au lieu de les tuer, les femmes ont dit à l’homme de partir. De même les trois femmes qui vivent dans la maison ont des armes et menacent les hommes qui s’introduisent chez elle ; pourtant elles les laissent partir. On comprend que tous ces récits, qui sont racontés par Shéhérazade, sont en lien avec la situation dans laquelle elle se trouve au moment où elle raconte : elle est prisonnière du pouvoir d’un homme et elle lutte pour survivre. Ses récits montrent que les femmes savent laisser la vie sauve aux hommes. Le roi saura-t-il faire de même ? En ce sens, elle utilise les histoires pour parler au roi. A la manière du roi qui écoute les histoires de Shéhérazade, les trois femmes exigent qu’on leur raconte une histoire (Paloma).

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