Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 02/04/2019
      • LES VIVANTS ET LES MORTS : Le Pays lointain (J. L Lagarce/C. Hervieu-Léger/Odéon)

          • L’espace mis en scène est un espace extérieur, froid, presque lugubre, glauque : Une sorte de parking avec une voiture abandonnée, un grand mur, une cabine téléphonique, un lampadaire. Un lieu abandonné : ce personnage est parti durant des années, il revient vers ce lieu qu’il a négligé et il redécouvre la laideur de sa ville, de sa « sorte de ville » de province dans la « diagonale du vide » (Ernesto, Mario, Malo, Marine, Héloïse, Camille). Cette froideur du décor dit quelque chose de sa relation avec la famille (Marion). C’est aussi un lieu de rencontres.

            Sur scène, on voit une voiture abandonnée, sans roue, garée sur un trottoir. Ceux qui sont en vie sont souvent  autour de cette voiture, qui symbolise à la fois le départ, mais le départ impossible : comme si les membres de la famille voulaient partir mais ne le pouvaient pas. Le père entre dans la voiture : il raconte ses sorties le week-end en voiture, son plaisir de posséder cette voiture. Pourtant il n’est jamais parti bien loin, jamais allé à Paris voir son fils. Pour cette famille, c’est Paris qui est « le pays lointain », le pays où l’on n’ira jamais. Le sens de ce titre change selon les moments de la pièce et selon les personnages auxquels on pense (Aliénor, Blandine).

            La pièce parle de l’impossibilité de partir et cette impossibilité est également présente dans la manière de parler des personnages : ils reviennent sans cesse sur ce qu’ils ont dit pour en corriger la formulation : « Histoire donc, ce que tu as dit, histoire d’un jeune homme, d’un homme jeune encore… » (Aliénor). Louis ne veut pas revenir sur ses pas, et sans cesse il est tiré vers l’arrière. Un retour malgré lui. (Aliénor)

            Cet espace associe les vivants et les morts. Les morts sont souvent assis sur le muret du fond, tous les personnages ont tendance à revenir à leur place de départ. La mère à la table attend son fils, l’amant est un peu éloigné des autres, dans son coin, il ne connaît pas les autres. Ils semblent prisonniers de leur espace, comme si Louis ne permettait pas le rapprochement entre eux. (Aliénor).

            Comme dans Les Idoles, il s’agit d’un espace mal famé, où des rencontres sont possibles : on peut y voir une allusion aux espaces urbains de rencontres homosexuelles  des années 1980.

            Mais la famille lui redonne vie en installant une table de camping, des chaises, des thermos : on peut y voir à la fois l’image de la rencontre entre l’homme urbain et la famille habituée aux sorties du week-end dans la nature ; ou une image de la famille de province un peu ringarde ou un peu ridicule avec son matériel de camping. (Marion)

            Pourquoi « Le Pays lointain » : Cela désigne peut-être un autre monde ? Ce n’est pas en termes de distance que ce pays est loin, mais en termes de temps passé. (Héloïse), en termes de distance spirituelle et affective (marine). C’est aussi un retour sur ses souvenirs, un voyage dans le temps et la mémoire. (Eugénie)

            Les comédiens sont nombreux sur scène et restent présents presque durant tout le spectacle. L’espace est entièrement occupé par les deux « familles », cela lui redonne vie.

            On observe une sorte de rivalité entre les deux familles et au sein de la famille des amants. Chacun essaie de prouver qu’il est le plus important ou que la famille amoureuse est la plus importante : une rivalité entre deux clans (Eugénie)

            Il est difficile de distinguer les vivants des morts tant ils sont proches ; un détail distingue les morts : les pieds nus (Héloïse, Eugénie). Il est également difficile de distinguer les personnages du présent de ceux qui viennent des souvenirs. Cela fait écho au texte qui joue sur des temps différents, repris, modifiés, un flou sur les temporalités (Malo). Les personnages se corrigent eux-mêmes sans cesse, ont du mal à trouver l’expression juste (Héloïse). Ils se corrigent entre eux également : la sœur corrige la manière de parler du frère (Marine)

            Les comédiens ne se parlent presque jamais les uns aux autres, l’essentiel de ce qu’ils disent est adressé au public : cela souligne la difficulté à communiquer entre eux ou avec Louis (Camille), le public fait fonction de médiateur, ils semblent avoir besoin de nous pour s’expliquer, pour se parler enfin (Marine). Louis revient pour annoncer une nouvelle tragique, et il repart sans avoir pu la formuler (Aliénor)

            Pendant l’entracte, les acteurs restent sur scène, discutent, comme s’ils n’avaient jamais commencé à jouer et que leur action se poursuivait indépendamment de la présence du public (Eugénie).

            La fin propose une entrée dans la mort de manière poétique et métaphorique : les murs s’ouvrent pour laisser apparaître la nature, le vent, la mer. Louis se dévêt pour se retrouver nu, partir comme il est arrivé, réduit à un corps. Cette image suggère une forme de liberté (Aurélien).

             

            Représentation de « deux familles qui cohabitent sur le plateau, la naturelle et la choisie » (C. Hervieu-Léger)

            Comment la cohabitation des vivants et des morts est-elle représentée sur le plateau ?

            Comment s’exprime, sur ce plateau, le sentiment de solitude qui domine les différents personnages ?

            Comment se traduit dans la mise en scène la difficulté à communiquer ?

            En quoi la rencontre de ces deux familles permet-elle aussi de faire le portrait de Louis ?

            Le théâtre comme lieu de rencontre entre vivants et morts, entre famille et amants…

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