Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 30/12/2018
      • NUIT DES ROIS (répartition du texte - fin)

          • SCENE 9 : MALVOLIO (Jules) REND L’ANNEAU d’Olivia à Césario (Lucy) ; Césario (toutes les filles) prend conscience qu’elle est aimée d’Olivia

            MALVOLIO (Jules) : Jeune homme ! Jeune homme ! Revenez. La comtesse vous rend cet anneau. Vous auriez pu m’épargner cette peine et le reprendre vous-même.

            Vous devez faire savoir à votre maître qu’elle ne veut plus de lui. C’est sans espoir.

            Vous, en revanche, vous pouvez venir lui dire comment il a pris la nouvelle. Tenez, prenez cet anneau.

            VIOLA (Lucy) : Mais non… non… je ne veux pas…

            MALVOLIO : Allez, vous le lui avez lancé insolemment, elle vous le rend de la même manière. Bon, s’il vaut la peine qu’on s’abaisse à le ramasser, il est sous vos yeux. (il sort)

            VIOLA (toutes) (ramasse l’anneau) :

            Mais je ne lui ai donné aucun anneau. Que me veut cette dame ?

            Espérons qu’elle n’est pas tombée sous le charme de mon apparence.

            Elle m’a regardé si fort, tellement fort, de tous ses yeux, à en perdre la parole.

            Phrases coupées, divagations : elle m’aime, c’est sûr.

            A travers ce pénible messager, je vois bien la ruse de sa passion : elle tente de me séduire. Elle ne veut pas de l’anneau. Mais mon maître n’en a envoyé aucun.

            Alors, c’est moi qui serais… l’homme !

            Si c’est ainsi, et c’est ainsi, alors cette pauvre princesse ferait mieux d’aimer un rêve.

            Le déguisement, c’est le mal, c’est une arme démoniaque, si habile, c’est si simple d’imprimer cette fausseté si séduisante dans le cœur d’une femme, comme dans la cire. Hélas, nous sommes exactement comme nous sommes faites,

            mais c’est notre fragilité qui est en cause, pas nous.

            A quoi va ressembler la suite ?

            Mon maître l’aime si fort, et moi, pauvre monstre, je l’aime lui, terriblement, et elle, par erreur, semble devenue folle de moi.

            Que va-t-il se passer ?

            Si je suis un homme, mon amour pour mon maître est sans espoir.

            Si je suis une femme, hélas, que d’inutiles souffrances pour la pauvre Olivia.

            C’est le temps qui démêlera tout ça, pas moi ; dénouer ce nœud n’est pas dans mes cordes.

             

            SCENE 10 : LES SERVITEURS (Marion, Lorraine) écrivent une fausse lettre pour se venger de Malvolio (texte à écrire à partir de l’improvisation)

             

            SCENE 11 : ORSINO (Léopold) QUESTIONNE CESARIO (Eugénie) sur ses amours.

            ORSINO (Léopold) : Allez, musique ! Musique ! Cher Cesario, ce morceau-là, encore !  Cette chanson d’autrefois que nous écoutions la nuit dernière. On dirait qu’elle soigne ma passion. Viens par ici, mon garçon. Je jurerais que, malgré ta jeunesse, ton œil a déjà dévisagé l’objet de son désir. Ce n’est pas faux, mon garçon ?

            VIOLA (Eugénie) : Non, si vous l’envisagez ainsi.

            ORSINO : Quel genre de femme ?

            VIOLA : Un peu le même air que vous.

            ORSINO : Alors elle ne te mérite pas. Quel âge ?

            VIOLA : A peu près le même que vous.

            ORSINO : Beaucoup trop vieille ! Une femme doit toujours prendre un homme plus âge. Elle finit par lui aller sur mesure. Mon garçon, on a beau dire, nos désirs sont vertigineux, instables, avides, tellement indécis, si vite perdus et usés. Pas ceux des femmes.

            VIOLA : Je pense exactement cela, votre Grâce.

            ORSINO : Il faut donc que ton amour soit plus jeune que toi. Une femme est une rose, et une rose fane au moment même où elle se déploie.

            VIOLA : Mourir, en pleine perfection, c’est comme ça… C’est terrible que ce soit comme ça.

            ORSINO (aux serviteurs) Laissez-nous seuls. Césario, retourne vers cette reine si cruelle. Dis-lui que mon amour est plus vaste que le monde. Va lui dire que ce qui attire mon âme, c’est sa nature.

            VIOLA : Mais si elle ne peut pas vous aimer ?

            ORSINO : Je ne peux admettre cette réponse.

            Viola : Vous le devez. Imaginons une femme – il en existe peut-être une.  Son amour pour vous est comme celui que vous éprouvez pour Olivia. Vous ne pouvez l’aimer... vous le lui dites – elle doit bien l’accepter.

            ORSINO : Aucun corps féminin ne supporterait la violence d’une telle passion – celle que l’amour me dicte. Aucune femme n’a le cœur assez grand pour en recevoir autant. Elles manquent de réserves. Malheureusement, chez elles, trop souvent, l’amour ne s’appelle que désir, bien loin du véritable organe des passions. Mon amour à moi est sans limites. Alors, ne va pas comparer l’amour qu’une femme peut concevoir pour moi à celui que je voue à Olivia.

            VIOLA : Oui, mais je connais...

            ORSINO : Qu’est-ce que tu connais ?

            VIOLA : …très bien l’amour que les femmes peuvent éprouver pour les hommes. Elles sont aussi sincères que nous. Mon père avait une fille qui aimait un homme... autant que je pourrais vous aimer moi – si j’étais une femme.

            ORSINO : Alors l’histoire ?

            VIOLA : Fin de l’histoire. Elle n’a jamais avoué son amour. Elle a fini pétrifiée dans sa mélancolie, pâle, verdâtre, on aurait dit une statue sur un monument : La Patience souriant à son chagrin. On peut appeler ça de l’amour, je pense.

            Nous, les hommes, parlons beaucoup, promettons beaucoup. Ces grands rôles sont loin de nos vrais sentiments. Grands serments, mais petites amours.

            ORSINO : Mais alors, mon garçon... Elle en est morte ?

            VIOLA : Je n’en sais rien. Dois-je aller voir votre Dame ?

            ORSINO : Voici ta mission : retrouve-la au plus vite. Donne-lui ce bijou. Dis-lui que mon amour ne cédera pas. Aucun refus ne sera toléré.

             

            SCENE 12 : MALVOLIO (Thyl) lit la lettre écrite par les serviteurs et tente de séduire Olivia (Jane) (texte à partir d’improvisations)

            MALVOLIO : Fìor mhath feasgar Olivia !

            OLIVIA : pardon ?

            MALVOLIO : C’est du gaélique écossais… (il tire brusquement son pantalon et laisse apparaître un kilt).

            OLIVIA : Qu’est-ce qui t’arrive ? ça ne va pas Malvolio ?

            MALVOLIO : ça te plait ? C’est ça que tu aimes ?

            OLIVIA : Non mais je ne vois pas du tout de quoi tu parles.

            MALVOLIO : Olivia, on est seuls, personne ne nous regarde, ne t’inquiète pas, je te comprends, moi aussi j’aime l’Ecosse.

            OLIVIA : Ecoute, je ne sais pas de quoi tu parles.

            MALVOLIO : Je fais ça pour toi tu sais.

            OLIVIA : Mais arrête de dire n’importe quoi. Enlève ce truc, c’est ridicule. On va nous voir.

            MALVOLIO : Tu sais que j’adore la cornemuse.

            OLIVIA : Ah bon ?

            MALVOLIO : Oui, c’est mon instrument préféré. Ce son, ce souffle, ça me transporte.

            OLIVIA : Ecoute Malvolio…

            MALVOLIO : Et la brume, j’adore la pluie et la brume. Pas toi ? Les vacances au soleil, je trouve ça pathétique.

            OLIVIA : Pourquoi ? Moi j’adore le soleil…

            MALVOLIO : Et l’accent, l’accent écossais ! (il imite l’accent écossais). C’est d’une noblesse ! C’est solide, ça sent la tourbe, c’est rocailleux comme du granit…

            OLIVIA : Bon, écoute Malvolio, ça suffit, je ne sais pas pourquoi tu fais ça…

            MALVOLIO : Pour toi…

            OLIVIA : Mais il faut que tu arrêtes, tu es ridicule, il y a plein de monde, rhabille-toi, tout le monde te regarde. (Elle part)

             

            SCENE 13 : CESARIO (Juliette) PLAIDE à nouveau la cause d’Orsino mais OLIVIA (Pauline) lui déclare que c’est lui qu’elle aime

            OLIVIA (Pauline) : Fermez la porte et laissez-nous seuls. Donnez-moi votre main, Monsieur.

            VIOLA (Juliette) : Les hommages, Madame, de votre respectueux serviteur.

            OLIVIA : Votre nom ?

            VIOLA : Le nom de votre serviteur est Césario.

            OLIVIA : Vous êtes surtout le serviteur du duc Orsino, jeune homme.

            VIOLA : Mais il est le vôtre et ce qui est à lui… doit être à vous.

            OLIVIA : Ecoutez, je ne pense plus du tout à lui. S’il vous plaît ne me parlez plus de cet Orsino. Parlez-moi d’autre chose, de vous par exemple ?

            VIOLA : Madame, je suis là pour détourner vos douces pensées vers lui.

            OLIVIA : Je vous en prie ! Je vous ai ordonné de ne plus jamais me parler de lui. Pardonnez-moi… vous avez créé ici, la dernière fois, un véritable enchantement et, après, j’ai… envoyé une bague à votre poursuite. Je me suis abusée, et j’ai abusé de mon serviteur et, je le crains, j’ai abusé… de vous aussi. Alors je vous écoute.

            VIOLA : Je vous plains.

            OLIVIA : Un premier degré vers l’amour !

            VIOLA : Même pas la première marche !

            OLIVIA : Pas d’inquiétude, jeune homme… je ne veux pas t’avoir. Mais quand ta jeunesse et ton esprit vont mûrir, ta femme jouira d’un homme idéal. Ta route est par là ! Plein Ouest ! Mais avant, reste. Dis-moi ce que tu penses de moi.

            VIOLA : Que vous pensez être ce que vous n’êtes pas.

            OLIVIA : Si je pense ça, je pense la même chose de vous.

            VIOLA : Vous pensez juste. Je ne suis pas ce que je suis.

            OLIVIA : Je te voudrais tel que… je voudrais que tu sois.

            VIOLA : Vous me prenez pour un idiot !

            OLIVIA à part : Oh cette expression pleine de mépris et de colère rend son dédain magnifique.  

            Cher Cesario, par toutes les roses du printemps, par virginité, honneur, vérité et tout ce que vous voulez, je t’aime… malgré ton orgueil. Rien de raisonnable ne pourra gâcher ma passion. Mais ne profite pas de cet aveu, et si je te poursuis, cela ne te dispense pas de me poursuivre aussi. Entends bien cet argument renversant : conquérir est bon, mais obtenir sans conquête est encore meilleur.

            VIOLA : Je jure en tout innocence que j’ai un cœur, une âme, une vérité inaccessibles, et aucune femme n’en sera jamais maîtresse – sauf moi. Adieu donc, Madame, plus jamais je ne ferais, devant vous, couler les larmes de mon maître.

            OLIVIA : Reviens – tu pourras peut être me faire aimer l’amour de celui que je déteste.

             

            SCENE 14 : LES NARRATEURS (Arthur, Ernesto, Aurélien) commentent la scène muette : Sébastian (Hugo) qui est le jumeau de Viola (Juliette) se fait attaquer par Malvolio (Thyl) qui le prend pour Césario. Olivia (Marine) fait irruption et le défend, le prenant aussi pour Césario ; le découvrant peu farouche, elle le séduit/l’embrasse/l’emmène. Sébastien n’a rien compris à ce qui vient de se passer mais en profite.

             

            SCENE 15 : ORSINO (Corentin) DECLARE SON AMOUR A OLIVIA (Marine) qui lui annonce qu’elle aime Césario (Juliette). (p. 185-186)

            OLIVIA : Que désire votre Grâce (hormis la chose qu’elle ne peut avoir) ? Olivia peut-elle donner l’impression de vous être utile ? Cesario, tu ne tiens pas ta promesse.

            ORSINO : Madame…

            OLIVIA : Votre Grâce, si c’est encore cette vieille rengaine non !

            ORSINO : Toujours aussi cruelle.

            OLIVIA : Toujours aussi constante.

            ORSINO : …dans ta perversité, espèce de sauvage ! Quelle ingratitude ! Quelle hostilité ! Et c’est sur cet autel que je suis venu déposer ma fidélité absolue ! Qui serait capable d’un tel attachement ? Alors… qu’est-ce que je dois faire ?

            OLIVIA : Tout ce que vous voulez, votre Grâce. Tout ce qui sera à votre… hauteur.

            ORSINO : Et pourquoi je ne le ferai pas…si j’en avais le cœur. Faire comme les bandits égyptiens à l’article de la mort : tuer tout ce qu’on aime. Une jalousie sauvage, vous me direz, ça a quelquefois une saveur féodale. Mais écoutez-moi bien, vous jetez mon âme aux oubliettes. Maintenant je sais quel est l’instrument qui m’a arraché de ma place légitime dans vos préférences. Continuez à vivre cruelle déesse, vous êtes de marbre ! Mais ce petit mignon je sais que vous l’aimez, et d’ailleurs je jure que je l’adore aussi. Je vais vous l’arracher des yeux, belle cruelle ! C’est là qu’il règne. Au grand dépit de son maître.

            (A Viola) Viens, petit, viens avec moi : je suis prêt pour le mal. Je vais sacrifier l’agneau que j’aime.

            VIOLA : Ah je suis tellement prêt à mourir, si cela vous fait du bien. (Elle suit Orsino)

            OLIVIA : Où va Cesario ?

            VIOLA : Avec lui, je l’aime. Plus que la prunelle de mes yeux, plus que ma vie même, plus que je n’aimerai aucune femme.

            OLIVIA : Ah je suis haïe…et trompée.

            VIOLA : Mais qui vous trompe ? Qui aurait l’idée de vous faire du mal ?

            OLIVIA : Mais tu t’oublies toi-même ? C’était il y a si longtemps pour toi ?

            ORSINO à Viola : Allez, partons.

            OLIVIA : Mais où, votre Grâce ? Cesario, mon mari, reste !

            ORSINO : Mari ?

            OLIVIA : Mari…oui ! Et qu’il essaye de dire le contraire.

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