Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 05/02/2018
      • PERTURBATION : QUOI MAINTENANT ? (Mayenburg/tgSTAN/Théâtre de la Bastille)

          • QUOI MAINTENANT ?

            (DORS MON PETIT ENFANT et PIECE EN PLASTIQUE)

            Collectif tgSTAN

             

            OUVERTURE INSENSIBLE :

            Lorsqu’on entre dans la salle, les comédiens sont sur scène : deux comédiens sont assis, la femme la plus petite est debout et regarde les gens s’asseoir. On ne sait pas si on est déjà dans la pièce ou pas. On ne sait pas si « ça a commencé ». Les rôles sont inversés : en général, le public attend les acteurs ; ici les acteurs attendent le public. (Corentin, Eugénie)

            A un moment, le public dit « chut » croyant que ça commence, alors que ça n’a pas vraiment commencé. Ils attendent que le public soit « prêt » (Léopold).

            Les quatre acteurs sont face au public, alignés, deux hommes et deux femmes. Une femme reste quasiment muette. Les autres discutent. Ils philosophent sur le fait d’être là où ils sont, se demandent depuis combien de temps ils y sont et combien de temps ils y resteront. C’est un échange énigmatique qui renvoie peut-être à une réflexion sur l’existence (Hugo).

            C’était à la fois complexe (des questions existentielles) et amusant (à cause de leur accent). On essaie de suivre ce qu’ils disent et en même temps on est accrochés par leurs personnalités : l’une est muette, l’autre est plutôt bavarde et maladroite, le troisième est un peu dur, et le quatrième semble pensif, peu sûr de lui. Le plus gros des quatre ne  veut pas se poser de questions, deux s’interrogent, la dernière écoute. On ne sait pas s’ils se connaissent vraiment mais ils se parlent avec naturel, comme s’ils étaient habitués les uns aux autres (Eugénie)

            C’était drôle dans la mesure où ils disaient des propos apparemment incohérents ou sans rapport avec la situation (« ça me fait penser à mes enfants ») (Ryame) Ce qui est drôle c’est qu’ils n’ont pas l’air de réaliser que c’est drôle, ils le disent avec beaucoup de sérieux. Ce décalage est source d’un effet grotesque (Hugo)

             

            CE SONT NOS QUESTIONS

            Les questions qu’ils posent au début du spectacle (« où sommes-nous ? » « combien de temps cela va-t-il durer ? ») sont les questions que se pose le public lorsqu’il entre dans une salle de théâtre. On a le sentiment que nos idées sont incarnées sur scène. C’est une manière de montrer que ce spectacle « parle » de nous, nous représente (Léopold).

            On sait que le public du théâtre de la Bastille est un public plutôt intellectuel, sensible aux questions sociales et environnementales, d’un milieu social plutôt aisé, plutôt « bobo » : les personnages mis en scène dans la 2e pièce sont donc le reflet exact du public de la salle. (Léopold)

            Ils ont l’air aussi perdus que nous lorsqu’ils arrivent. On a l’impression de se trouver face à des personnages mécaniques, robotisés, qu’on vient d’allumer. A la fin de Pièce en plastique, on a l’impression qu’ils ont été éteints. (Ulysse)

             

            NOUS SOMMES AU THEATRE

            Je me souviens qu’au début du spectacle, ils nous précisaient qu’ils allaient nous raconter une histoire, pendant la 2e pièce ils s’interrompaient parfois pour commenter l’action. A un moment, la comédienne qui interprète le rôle d’Ulrike fait un blocage sur son texte : un mot ne sortait pas. Son partenaire l’a aidée. Un peu plus tard, elle ne trouvait plus le mot français correspondant au mot flamand. Les deux autres comédiens rient de cet incident : on joue avec la situation théâtrale, sans la cacher (Eugénie)

            Le plateau joue sur les coulisses à vue : les comédiens se placent sur des chaises sur le côté du plateau, écoutent ce qui se dit, mais comme le font les spectateurs. Lorsqu’il y a eu des incidents de texte, ils ont ri comme le public. Parfois ils riaient à des moments particuliers, comme s’ils repéraient une erreur que nous ne pouvions pas percevoir. (Théophile).

            Le comédien qui joue le fils de famille, sort son devoir de maths pour le montrer à la femme de ménage et dit : « C’est mon texte ! ». (Léopold)

            Le mari est en désaccord avec sa femme et il prend à témoin le public : « vous êtes témoin ? » : c’est une manière là encore de souligner la situation théâtrale, de souligner notre présence, de montrer qu’il a conscience que nous sommes là, et que nous participons à ce qui se passe. Cela crée un sentiment de complicité (Hugo).

            Au début ils essaient de capter notre regard, ils s’adressent à nous. Pendant la pièce ils nous font des clins d’œil (Joseph) Cela crée une sincérité dans la relation avec nous, une complicité.

            Le comédien qui interprète l’artiste s’adressait particulièrement à nous, qui étions jeunes, pour parler de l’adolescence, des transformations du corps. J’étais à la fois flatté d’être vu, heureux qu’on m’adresse quelque chose, et en même temps gêné. (Paul)

            La position des chaises à l’avant scène renforçait aussi cette relation (Apolline).

            Au moment d’une dispute avec sa femme, le mari lui déclare : tu veux faire cela devant tout le monde, en jouant sur notre présence, comme si nous étions témoins. (Ulysse)

             

            PERTURBATION

            Pièce en plastique met en scène 5 personnages, joués ici par 4 acteurs : un couple de bourgeois de gauche (Ulrike et Mickaël) et leur fils Vincent (joué par un comédien adulte et massif, qui porte une grosse barbe), un artiste provocateur (Haulupa), qui est aussi le patron d’Ulrike, et Jessica Schmidt (la femme de ménage). L’arrivée de la femme de ménage va entraîner un bouleversement de la famille. Ce qui est intéressant c’est qu’on nous présente une famille libérale, moderne : la femme a une profession intéressante dans le domaine de l’art, l’homme est médecin. C’est un couple d’aujourd’hui, très occupé, politiquement de gauche, assez ouvert, le médecin veut avoir une action humanitaire, ils pensent à l’écologie… Ils engagent une femme de ménage et cela crée un malaise : ils se retrouvent patrons et ont du mal à accepter ce statut (Théophile).

            On comprend ce qui s’est passé avant : sous leurs dehors gentils et tolérants, ils ont renvoyé la précédente femme de ménage pour « protéger » leur fils des fautes de langue qu’elle commettait. On découvre l’égocentrisme cruel de ce couple et ses contradictions entre ses positions idéologiques et sa vie concrète. (Pauline)

            Les personnages font preuve d’une forme d’arrogance bourgeoise (les 20 euros qui n’ont pas le même sens pour « nous » et pour « vous », la question de l’odeur et l’hygiène, les préjugés à l’encontre des personnes moins aisées socialement (pas de douche, le niveau scolaire d’une femme de ménage), etc.)

            Le plus représentatif de cette arrogance c’est l’artiste : il semble fasciné par des actions banales qu’il découvre au sein de ce couple (la femme de ménage ramasse des aliments jetés par le mari, etc.)

            Ulrike parle à Jessica des débuts de son amour avec son mari, le texte est cru, on aborde des questions sexuelles de manière frontale (scène du vernis, accoudées sur les poubelles) (Apolline)

            On avait l’impression d’assister à un documentaire télé à la manière de « Tellement vrai » : des gens montrent leur vie, exposent leurs problèmes au public, puis vivent des tranches de vie, on est comme des journalistes qui viennent voir la manière dont vivent ces gens. Cela explique l’alternance entre des temps de vie « intime » et des temps de vie « exposée », de confession (Pauline)

            La fin est assez énigmatique. Tous les personnages tombent par terre : ils s’endorment ? Ils meurent ? La femme de ménage lit le texte que devrait dire l’artiste (s’il ne jouait pas l’enfant endormi). « Il y a eu l’idée de remplacer ces gens par des acteurs, et d’enfermer 250 personnes dans une salle pour les obliger à entendre ces conneries, etc. ») Le texte est répété : absurde, mise en abyme de la situation théâtrale (Léopold)

             

            ESPACE ET LUMIERES

            Au fond, une bâche en plastique. A un moment, elle est arrachée : on détruit sans gêne le décor. Ici, c’est le seul moment de « mise en scène » : on détruit ce qui cachait une partie de l’espace (Corentin)

            Un écran de télévision à cour avec un gros plan sur un bras est placé sur scène depuis le début. On se demande de quoi il s’agit et à quel moment cela interviendra. L’intensité lumineuse augmente pendant une partie du spectacle, une rampe de projecteurs descend jusqu’au sol, un globe lumineux Pendant l’étreinte entre Jessica et Mickaël les rampes lumineuses descendent : cela crée un nouvel espace sur scène, il n’y a plus d’adresse au public à partir de ce moment, les lumières deviennent plus froide. C’est comme un retour à quelque chose de théorique, après un temps de sincérité ou de naturel (Joseph)

            Le mouvement des lumières crée une ambiance tamisée, intime, qui est en lien avec le geste affectueux et sensuel du mari et de jessica. C’est comme un baisser de rideau, comme si ce moment de vérité prenait fin (Apolline)

             

            QUOI MAINTENANT ? LES RAISONS D’UN TITRE

            Le titre Quoi maintenant ? paraît un peu énigmatique au départ. Cela fait entendre toutes les questions que soulève la pièce : dans Dors mon petit enfant : on s’interroge sur le temps, l’espace et l’existence ; dans la 2e pièce : on se questionne sur la manière de parler à un adolescent de la sexualité, sur la manière de se comporter en société, sur la place de l’artiste (Joseph)

            Je me suis demandé si le titre était une référence au passage d’une pièce à l’autre : on se demande ce qu’on va recevoir maintenant, ce qui nous attend maintenant (Paul)

            Le titre fait aussi écho à notre étonnement quant au moment où commence la pièce : de manière insensible, on ne l’a pas vue venir (Lola)

            La première partie introduisait la 2e : la première pièce instaurait un rapport avec le public particulier, elle n’a pas de lien thématique avec l’autre pièce, mais elle installe un cadre, qui sera celui de la 2e pièce également. (Eugénie)

            A partir du moment où la 2e femme prend la parole, on entre dans la seconde pièce. On comprend que l'on passe à la 2e pièce. Sa réplique pouvait avoir deux sens : être comprise comme une conclusion de « Dors mon petit enfant » ou comme le début de l’autre pièce (Léopold).

            On avait l’impression qu’ils étaient perdus dans leur vie dans les deux pièces (Charline)

            Ce titre est une question, et, de fait, ce spectacle nous remet en question. Il n’y a pas de frontière entre les deux pièces, le début et la fin ont des frontières floues (Apolline)

            La première pièce a quelque chose d’universel, elle semble parler de tous les hommes ; la seconde est un reflet ironique de nos vies, mais très proche des problèmes que nous rencontrons (le rapport à un employé de maison, la conscience écologique, etc.) : une manière de souligner le fait qu’il est question de nous (Apolline)

             

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