Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 17/11/2015
      • QUE SE PASSE-T-IL ? : ONOMATOPEE (TgSTAN, De Koe, Dood Paard, Maatschappij Disocordia/Théatre de la Bastille)

          • Vendredi soir, nous avons fait une étrange expérience théâtrale rue de la Roquette : ONOMATOPEE !

             

            Qui communique avec qui ?

            • Face à nous, cinq comédiens silencieux, alignés sur des chaises. Ils ne font apparemment pas attention les uns aux autres, ils n’ont pas l'air d'avoir de vrais échanges entre eux, ce qui est peut-être une manière de critiquer la manière dont nous communiquons.  (Charles)
            • En même temps, les comédiens ont un rapport au public particulier : ils nous regardent frontalement et nous font bien sentir qu’ils nous voient, ils s’adressent à nous véritablement. (Andrew)
            • Au début, il ne se passe rien sur scène, ils nous regardent, disent des choses  d'abord incompréhensibles, font des bruits, des raclements de gorge (répétés), créent une ambiance, remplissent le vide, l'attente, la gêne. (Audrey)
            • Ils disent des phrases banales : « on passe un bon moment », juste pour établir le contact, même si on n'a rien à dire. C’est une manière de bousculer le langage, de montrer que parfois il ne dit rien, un peu comme le fait Ionesco dans ses pièces (Juliette)
            • Un comédien décroche son téléphone et il entre en conversation avec un ami. Il lui demande de venir, lui dit que c'est bien, que ça va commencer, il lui parle du spectacle. Cet homme n'arrive jamais (comme dans En attendant Godot!). Il se moque de nous : on n’a pas le droit de téléphoner à ses amis pendant une pièce lorsqu’on est spectateur, alors quand on est comédien ! (Léna).
            • L'équilibre des relations change complètement à un moment du spectacle : deux comédiens qui n'avaient presque pas parlé jusque-là, disent chacun un long monologue en anglais et en allemand. C’est une rupture complète. En même temps, ils parlent en anglais puis en allemand et souvent très vite, sans s’arrêter : il est difficile de les comprendre et de les suivre vraiment. La communication n’est finalement pas meilleure avec ces longs textes qu’avec les minuscules phrases vides du début. (Marving)

             

            Que se passe-t-il ?

            • Pendant 20 minutes il ne se passe rien : ils sont assis, ils nous regardent et nous les regardons comme en miroir. Il n’y a pas d'action, pas de « drame », comme dans les pièces de Beckett où les personnages se contentent d’attendre et de combler l’ennui. Là aussi, on nous fait attendre, on attend que quelque chose commence (Gabriel)
            • Ils font sans cesse les mêmes gestes, de manière répétitive, ce qui finit par être très drôle : l’un regarde sa montre alors qu’il n’en a pas, l’autre pose sa main sur le genoux du voisin, le troisième enlève cette main qui le gêne. Ce comique de répétition fait penser à Charlot ou aux Marx Brothers. C’est burlesque.
            • Ils préparent du thé à la menthe (de l’ice tea en fait !) et en parlent très longtemps. On suit cette préparation du thé, une préparation chaotique et grotesque, ils en mettent partout... (Marving).
            • Ils nous font passer de la menthe fraîche car un spectateur a voulu la sentir. Ils jouent avec les réactions du public et communiquent directement avec nous. Ils jouent vraiment avec notre présence, comme si nous étions un partenaire. (Idir)
            • Après la scène du thé, ils décident de sortir : la scène se retrouve vide pendant un moment. C’est étrange et incongru, comme si le fait que des spectateurs soient là n’avait aucune importance. On se demande combien de temps ça va durer, on est un peu gênés. (Marie)
            • Un comédien fait des bruits étranges derrière le décor : des sortes de bruits d'animaux. Pendant ce temps-là, les autres servent des plats, des produits alimentaires : lait, tête de cochon, le tout apporté de manière maladroite et brutale, comme dans un film burlesque. (Mattéo)
            • On comprend mieux à ce moment-là que ce sont des serveurs en pause, qui discutent de tout et de rien, qui sont fatigués. On était donc en train de voir « l'envers du décor » d'un restaurant, le temps de pause, le temps mort, le temps creux de leur vie, pas du tout le moment où ils sont « en représentation ». (Marving)

            Des habits sales et usés comme des personnages de Beckett

            • Les comédiens sont habillés comme des garçons de café de luxe, ou des serveurs de grand hôtel, mais leurs costumes sont sales, comme s’ils s’étaient usés au fil des spectacles ? Ces costumes usés  font penser aux personnages marginaux des pièces de Beckett. (Charles)
            • Pendant les monologues de la fin, les comédiens sont vêtus de débardeurs noirs qui contrastent avec les vestes blanches du début. De même, la lumière blanche et forte au début laisse place à une lumière tamisée, à une ambiance de clair-obscur, plus sombre comme un tableau de Rembrandt. (Laura)
            • Ils ôtent leur veste, c’est-à-dire leur costume officiel, celui de leur travail de serveur, ils quittent leur statut social et apparaissent comme des danseurs ou des gymnastes. Il n’y a rien de physique pourtant à ce moment-là, mais on assiste quand même à une performance : vocale (avec les onomatopées par exemple). (Marving).

            Le décor est tremblant, fragile

            • Le décor est constitué d’une cloison de papier, de chaises et d’une petite table : tout est tremblant, fragile, comme si le décor représentait leurs discussions : quelque chose d’instable, sans fondement (Laura)
            • A un moment du spectacle, un tableau tombe par terre. Ils décident de le raccrocher et le plateau devient un capharnaüm, tous sont emmêlés avec un câble électrique, la scène dure un temps très long, elle est grotesque, chaotique, effrayante pour les spectateurs du premier rang. On avait l'impression que tout était aléatoire, tout pouvait arriver. On redoutait la perceuse ! (Marie, Julia).
            • Un comédien fait un trou dans la cloison pour replacer le tableau, il plante un clou, puis utilise une perceuse. Le décor est complètement abîmé, en désordre, mais ils remettent tout en place à chaque fois, dans un effort dérisoire pour remettre de l’ordre dans tout cela. (Marving)

             

            Les spectateurs sont déplacés et désorientés

            • Notre place dans le théâtre est inhabituelle : on est passés par la coulisse ou l'entrée technique. On entre du côté des professionnels, comme si on faisait le fait le chemin à l'envers. On est « déplacés » par rapport à nos habitudes. On est désorientés car on va là où on n’a pas l'habitude d'aller. C’est peut-être une manière de dire qu’on nous emmène vers un théâtre nouveau, différent. (Hugo)
            • A un moment du spectacle, les comédiens détruisent tout le décor, on a l’impression d’un chaos final : ils déchirent le paravent de papier qui coupait la salle en deux et on voit apparaître des sièges de théâtre : c’est la vraie salle de théâtre qui était cachée. Ils nous font passer de l'autre côté de la salle : est-ce l’envers du décor ou la vraie salle ? On hésitait, on était surpris. Le décor était ravagé, on ne savait pas où passer. Ça coupait la pièce en deux. (Gabriel)
            • On passait totalement à autre chose : de la lumière au noir, des sièges durs aux sièges de théâtre, de l'arrière salle à la vraie salle, comme si cela allait commencer vraiment alors que c'était la fin. En même temps, on se retrouvait derrière le décor. (Julia)
            • A la fin, chaque comédien fait un monologue. Le premier fait un monologue sur le monologue idéal et il a le gros tas de feuille au début. Il nous dit que le monologue idéal serait différent de ce qu’il a dans les mains, ce serait quelque chose de léger. Puis il part. Les autres comédiens applaudissent. (Gabriel)
            • Cela crée un contraste avec le début, avec les conversations de serveurs en pause, vides, creuses, sans réel échange. Ces monologues de la fin sont, eux, vraiment écoutés par les autres, comme si au théâtre, avec un public, on écoutait vraiment, on était vraiment entendu. (Marie)
            • Le deuxième monologue, ce sont des onomatopées et cela fait écho au titre du spectacle. C’est sans doute le moment le plus drôle du spectacle. Ça parle à tout le monde. Le public participait. On était invités à répondre, à compléter. C’était un langage enfantin, qui n’avait pas de sens, mais qui était en même temps très clair (Gabriel).

             

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