Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 19/03/2017
      • RAVAGES DU SILENCE : MAYDAY (D. Zumstein/Julie Duclos/Théâtre de la Colline)

          • UN CHAMP DE RUINES : UNE MAISON, UN QUARTIER, UNE FAMILLE, UNE ENFANCE, UNE VIE

            Le plateau est immense, profond, il contient beaucoup de choses, beaucoup d’espaces différents, qui sont utilisés de manières diverses. A jardin, une maison en ruine. Au centre, un salon. A cour, le noir. Il y a aussi à cour une petite pièce qu’on ne voit pas au début et qui apparaît lorsqu’elle est éclairée, qui devient tantôt une cuisine, tantôt un train (Tania)

            Les ruines sont à la fois les ruines des maisons abandonnées où joue Marie, puis elles deviennent une boîte de nuit underground, plus tard, elles deviennent la maison de la mère de Marie, Betty (Paul, Tania)

            La maison en ruines est une image forte : on peut y voir un symbole de cette famille et des relations qu’entretiennent ses membres. Ces rapports sont violents, ils ont dévasté cette famille qui est en morceaux. La relation incestueuse a tout détruit, tout ravagé (Arthur)

            Ces ruines sont aussi une évocation de l’état des quartiers et de la société dans ces zones périurbaines pauvres et reléguées dans le nord du Royaume Uni, ici Scotswood (Vassilis)

            Les ruines, c’est aussi une métaphore de cette enfance détruite, de la vie entière de Mary Burns qui est abîmée (Leah)

            Ce sont aussi les vies abîmées de ces enfants pauvres que l’on voit jouer dans des zones dangereuses et qui vivent dans des conditions difficiles.

             

            ENTREE DES SPECTRES

            Au début de la pièce, on voit un salon très réaliste : canapé, télévision allumée, tasse de thé, téléphone, cigarettes, tricot, lampe de chevet, etc. On se croirait dans une sitcom, un feuilleton américain. C’est d’ailleurs le type d’émission que Mary Burns est en train d’écouter, on entend les rires automatiques du public. C’est une scène d’intimité, la lumière est resserrée autour d’elle. Puis, progressivement, les ruines vont être éclairées (Théophile)

            On a le sentiment que cette femme vit dans des conditions difficiles et que l’argent est difficile à gagner (elle tricote une layette pour la vendre). Plus tard, avec le journaliste, elle évoque son désir que sa fille fasse des études et l’importance de pouvoir les lui payer (Vassilis)

            On comprend que cette femme est hantée par quelque chose : le feuilleton évoque l’enterrement du cadavre d’un chien, la voix se déforme, devient étrange, on entend un bruit d’aspiration, la lumière change, devient oppressante, on comprend qu’elle plonge dans son souvenir ou sa hantise (Dan)

            Elle est au téléphone, on entend quelqu’un frapper à la porte, elle y va, puis revient et répond au téléphone en déclarant qu’elle va accepter l’interview. Elle se met à raconter qui était à la porte : cette petite fille en rouge, le rêve de sa douleur au bras, etc. Tout ce que nous venons de voir n’était sans doute que son rêve. (Paul, Dan)

            Cette enfant arrivait de la cour, où l’on distingue un vaste espace noir et vide, une sorte de zone d’ombre inquiétante, qui est comme le symbole des secrets obscurs et menaçants qui règnent sur cette famille. (Tania)

            Cette femme est en quelque sorte hantée par elle-même : la vision de la petite fille en rouge réactive son souvenir, cette petite fille, c’était elle, lorsqu’elle est venue questionner les familles en deuil pour savoir ce que cela faisait de perdre un enfant, pour voir la souffrance d’une mère. (Vassilis)

             

            L’INTERVIEW : LIBERATION DE LA PAROLE

            Tout à coup, un rideau de fer se lève à cour, on voit l’envers du théâtre, l’espace technique des coulisses. Une équipe de tournage entre sur le plateau : on ne sait pas trop s’il s’agit de régisseurs de plateau ou des caméramans de l’interview (Paul)

            L'organisation du plateau est bouleversée : le canapé disparaît, les régisseurs installent des chaises, des projecteurs. Mary s'assoit en face de nous, sur une chaise et témoigne. L'interviewer est de dos, dans notre position. On a le sentiment qu'elle se confie  à lui, mais aussi à nous, à nous tous, que sa parole est vraiment publique. Elle veut témoigner pour d'autres enfants, pour éviter que cela ne se reproduise (Alice, Marion)

            Lorsque Mary est interviewée, on ne voit pas vraiment son visage, mais on entend sa voix tremblante. Son visage est filmé et projeté sur un grand écran au dessus d'elle et on voit qu'elle est abîmée, qu'elle a souffert, qu'elle souffre encore. L'écran donne l'impression qu'elle passe à la télévision, qu'il s'agit de l'émission consacrée à sa vie, dont nous sommes les téléspectateurs (Alice)

            A un moment de la pièce, elle revient s'assoir face au public pour raconter le meurtre des enfants. A côté d'elle la jeune mary s'assoit aussi. On sent l'écart de point de vue entre les deux : celle qui regrette, et celle qui n'a pas conscience de son crime. On sent que Marie enfant n'a pas conscience du crime par le ton de sa voix, qui est léger, insouciant, elle parle de ce qu'elle a fait comme d'un jeu (Marion).

             

            UN PASSÉ - PRÉSENT

            On voit entrer sur scène une adolescente, c’est Mary enfant. Elle est seule : on la voit sur les toits des maisons en ruines. Elle parle seule. Elle chante une musique, puis on entend cette musique très fort et elle se met à danser avec beaucoup d'énergie, ou à courir très vite, comme si elle voulait s'enfuir de cet endroit, de cette famille, comme si elle voulait se vider la tête (Alice)

            A un moment elle parle d'un carnet noir auquel sa mère tient beaucoup, elle aimerait faire disparaître ce carnet et elle court et se jette contre un mur en disant : "comme ça, elle m'aimera peut-être". On comprend à quel point elle est malheureuse, désespérée. Ce mur, c'est cette famille contre laquelle elle se cogne et qui l'empêche de vivre normalement (Marion)

            La mère, Betty : Elle porte une jupe très courte, elle est maquillée de manière vulgaire : on sent que c'est quelqu'un de vivant, de libre, qui ne veut pas qu'on la bloque. Elle est un peu comme sa fille dans son énergie. Il y a quelque chose de commun entre elles, dans leur manière d'être, en plus de leur beauté, dans leur manière de danser, de courir, de ne pas rester en place. (Marion) Elles sont seules toutes les deux, le cahier noir est une obsession pour les deux, toutes les deux sont rejetées par leur mère (Marion, Alice)

            La grand-mère, Alice : On voit la grand-mère dans un espace clos, de taille réduite, où elle est filmée : c'est un confessionnal. Lorsqu'elle est sur les ruines, elle hurle sur sa fille, elle s'énerve, elle est violente. Dans ce confessionnal, on la voit au contraire brisée, triste, détruite. (Marion)

             

            EN FINIR AVEC LE PASSÉ ?

            Mary âgée et Mary jeune se trouvent côte à côté. Mary âgée parle d'un ton sombre, Mary parle d'un ton enjoué. Elle parle de ce qu'elle a vécu par la suite. Elle parle de sa fille. Alors que les médias l'ont retrouvée et la harcèlent, et font d'elle un personnage diabolique qui ne peut pas avoir changé et qu'il faut poursuivre, elle raconte qu'elle a quitté la maison avec sa fille et que dans la voiture de police, elle a tout raconté de son passé à sa fille. Sa fille lui pardonne : elle lui explique qu'elle n'était qu'une enfant. On comprend que la malédiction de cette famille prend fin : Mary a vécu dans une famille où tout était tenu secret (l'inceste, l'identité du père), et elle décide de parler. Elle n'a pas été aimée, et elle aime sa fille. (Marion)

            D'une certaine manière, cette fin crée un retournement ou une inversion : Mary a raconté ses souvenirs du procès qu'elle a subi : elle ne comprenait rien, sa mère la bousculait, elle était jugée et considérée comme un monstre. Ici, elle échappe au jugement de sa fille, et une relation d'amour est possible (Jules).

            Les quatre femmes sont sur scène, enfin réunies. Les adultes s'en vont. Mary enfant revient sur ses pas, nous regarde en silence et fait : "Bouh !"  Certaines personnes ont sursauté. Puis tout le monde a ri. Nous étions très tendus après cette pièce qui aborde des questions terribles. Elle nous surprend. Elle joue à nous faire peur. A un moment de la pièce, elle raconte qu'elle a été longtemps présentée comme un monstre, quelqu'un qui viendrait tuer les enfants s'ils ne sont pas sages. En faisant ce bruit, elle se moque de nous, de notre peur, elle ridiculise notre peur (Jules, Marion)

             

            Comment cette mise en scène donne-t-elle vie au passé ? Quelle image en donne-t-elle ?

            Quelle image de ces trois femmes propose cette mise en scène ?

            Quelle utilisation de l’espace ?

            Comment cette mise en scène fait-elle naître le sentiment d’une grande solitude de ces trois femmes ?

            Comment la mise en scène suggère-t-elle la violence des rapports qui unissent les personnages ?

            En quoi cette mise en scène travaille-t-elle à suggérer la violence qui s’exerce sur les personnages ?

            En quoi cette mise en scène interroge-t-elle à la fois la parole et le silence ?

             

             

             

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