Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 06/01/2015
      • RENCONTRE AVEC MARC LAINE, metteur en scène de Spleenorama

          • A la suite de notre venue au Théâtre de la Bastille pour Spleenorama,

            Marc Lainé a accepté de nous rencontrer au lycée Montaigne pour répondre à nos questions sur son parcours, sur l'écriture de son spectacle et sur sa mise en scène :

             

            Oriane : Le théâtre n’est pas votre formation de départ. Comment êtes-vous devenu metteur en scène ?

            Marc Lainé : A l’origine, je suis plasticien, j'ai fait les Arts Déco de Paris : je n’imaginais pas faire de la scénographie de théâtre mais j’ai rencontré des acteurs au Conservatoire et je me suis retrouvé à faire du théâtre, ce qui, au départ, me faisait peur en raison du caractère à la fois éphémère et archaïque du théâtre. Le théâtre, c’est un geste artistique radical, c’est comme prendre une poignée de sable dans la main et la regarder couler. J’ai rencontré un metteur en scène au Conservatoire, Jacques Lassalle, qui m’a demandé d’être assistant et scénographe. J’ai travaillé pendant dix ans la scénographie au théâtre et à l’opéra. Le théâtre laisse évidemment plus de marges de manœuvre : je peux modifier le décor au fur et à mesure du travail quelque chose s’invente au plateau, alors qu’à l’opéra, les scénographies sont définies un an à l’avance

            Damon : Ce n’est pas votre premier travail avec un chanteur ou un groupe. D’où vous vient ce goût ?

            Marc Lainé : J’ai toujours aimé travailler sur la culture populaire, la BD, le cinéma ou le rock et la pop qui sont des musiques regardées de haut par la musique savante. J’ai fait un spectacle sur des patineuses artistiques, un autre sur des super-héros. Après avoir travaillé sur la BD, j’avais envie de travailler sur la musique, de m'inspirer d' un album pour concevoir un spectacle. C’est l’origine de mon travail avec le groupe Moriarty. Je me suis demandé quelle histoire se cachait dans la succession des pistes. Peut-on relier par un fil narratif les chansons qui composent un album ? Dans Memories from the missing room, mon spectacle avec les Moriarty tout se déroulait dans une chambre d’hôtel, placée sur une tournette qui faisait apparaître et disparaître le groupe. Il y avait une sorte de « tuilage » entre les chansons et les scènes jouées. Un dessinateur de BD intervenait en direct...

            Louise : Comment est né ce projet ? Pouvez-vous nous expliquer les étapes de l’écriture de Spleenorama ?

            Marc Lainé : Comment naissent les projets ? Les projets naissent en une seconde, c'est comme une épiphanie. Ils t'apparaissent soudain dans toute leur complexité puis ils disparaissent aussitôt. Après, l'écriture et les répétitions ressemblent à un travail d'archéologue : Les projets sont comme une architecture ensevelie sous le sable. Il faut creuser pour faire apparaître les principaux volumes, puis délicatement épousseter le sable pour révéler peu à peu les détails de cette architecture...

            Un album de Bertrand Belin m’a inspiré : Hypernuit. L'image récurrente dans cet album d’un homme qui revient dans une maison. Ce sont en particulier deux chansons qui m’ont inspiré. Avec ces deux chansons j'avais le début et la fin de mon spectacle. Il restait à imaginer le trajet entre les deux...

            Je commence par la scénographie : je conçois un lieu et je me demande ce qu’il s’y passe. C’est un lieu métaphorique, un lieu qui en contient plusieurs. Tout se passe dans cette boîte-là...

            J’ai toujours un casque avec de la musique quand j’écris. Souvent, les auteurs boivent  pour ne pas avoir peur ; moi j'ai écoute de la musique au volume maximum! C'est terrifiant d’écrire.

            Arsène : Comment avez-vous travaillé les flash-back ? C’est un procédé habituel au cinéma, mais pas au théâtre. 

            Marc Lainé : Effectivement, c’est un effet très simple au cinéma : on prend un acteur de 40 ans, un acteur de 17 ans, et le tour est joué. Au théâtre, c’est très différent. Je me suis dit qu’il fallait faire confiance aux acteurs. On s’est amusés à créer des ruptures. Rien n’est linéaire dans ce spectacle, la construction est assez complexe. Je savais qu’il y aurait un fantôme et des vivants. Je crois aux fantômes : ce sont des bouffées de nostalgie. Cette nuit devait être hantée par les souvenirs.

            Juliette : Est-ce que ce spectacle adopte la même tonalité que les autres ?

            Marc Lainé : Spleenorama est un travail très différent de ce que je fais d’habitude : ici, on a cherché à rendre une forme de déliquescence, alors que je crée en général des spectacles très rythmés des spectacles plus « topés ». Soit on laisse les acteurs libres de leur rythme, soit la machinerie prend le dessus. Ici, la technique suit les acteurs. Pour ce spectacle, je voulais revenir à la psychologie, la narration, une forme de réalisme. C’était une manière de repartir à zéro pour raconter une histoire sans plaquer une forme. D’habitude, il y a dans mes spectacles une dimension plus ironique. De fait, il y a une espèce d’ironie mordante dans le théâtre actuel. Mais là je voulais faire un pas de côté par rapport à ce qu’on propose aujourd'hui, en accord avec ce que Bertrand Belin apporte : il développe quelque chose de délicat, de lent. Cette fable, c’est une manière pour moi de dire qu’il faut arrêter de rire de tout, qu’il y a un rire dangereux qui nivelle la pensée et nous insensibilise.

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