Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 07/02/2016
      • RETROUVAILLES ACIDES : Le Retour au désert (Koltès/Arnaud Meunier/Théâtre de la Ville)

          • RETROUVAILLES ACIDES

            Dès le début, on entend des phrases en arabe. Elles sont traduites en français, projetées sur le mur de la maison, comme si on était dans un film sous-titré. Ce qui importe, c'est de faire entendre une autre langue, la différence, de faire entendre le fait qu'on ne comprend pas cette langue. (Marving, Laura)

            L'utilisation de l'arabe crée un effet comique liée à l'étonnement d'Aziz : il parle en arabe pour ne pas être compris, il critique son maître, et Mathilde, la maîtresse, lui répond en arabe (Théophile)

             

            Au début, il y a une arrivée : Mathilde et ses enfants arrivent avec leurs bagages, très simplement, les enfants attendent en tenant leurs valises, comme s’ils n'étaient pas encore autorisés à les poser, jusqu'à l'ordre de Mathilde : ils s'assoient alors sur leurs valises, de manière assez comique. (Rose)

            Une scène comique de duel entre Adrien et mathilde : l'humour vient de la brusquerie des retrouvailles, de leur méchanceté (Adrien lui annonce qu'elle va repartir) et des tentatives pour que que cela se passe mieux. Physiquement, ils exagèrent dans leur jeu.

             

            Le contraste est net entre le calme de Mathilde et l'agacement d'Adrien. (Théophile). Les réactions hypocrites d'Adrien font rire : il accuse sa soeur de s'énerver alors que c’est lui qui perd son sang-froid, qui est dérangé dans son quotidien. (Joseph)

            Un frère et une sœur se retrouvent après des années, avec leurs enfants qui sont comme étrangers voire hostiles les uns aux autres car ils ne se connaissent pas (Léna). Ils sont séparés par des différences d'éducation, de connaissance du monde, etc.

             

            Certains sont comme en décalage par rapport à leurs origines : Aziz, qui est algérien, n'a pas de souvenirs de son pays, Mathilde, qui est française, semble plus proche de l’Algérie que de sa ville natale. (Sabrina)

             

            Par les retrouvailles de la famille, ce sont deux mondes, deux cultures différentes, qui se réunissent dans la maison. Certains portent des chaussures, d’autres non. Et Mathilde, qui ne sait pas vraiment d’où elle vient, car, dit-elle, la France lui manque quand elle est en Algérie, et elle ne rêve que d’Algérie quand elle est en France, porte ainsi pendant toute une scène une seule chaussure à son pied. On peut voir là l’idée d’union de ces deux mondes différents et l’absurdité de les séparer. Dans cette même idée, les musiques utilisées entre deux scènes sont tantôt très occidentales (clarinette et piano), tantôt orientales.  (Marie)

             

            ESPACES, LIMITES, FRONTIERES

            L’essentiel de l’action tourne autour d’une maison, la maison d’enfance qui est aussi le symbole de l’héritage et de l’ancrage dans une Histoire. C’est une maison moderne avec de grandes baies vitrées qui donnent l’impression que tout ce qui se passe entre les personnages est lié, visible, connu des uns et des autres. Il n’y a pas de véritable intimité. (Laura)

            La maison est de forme rectangulaire. Pendant certaines scènes, les personnages semblent enfermés dans une boîte à chaussure plus que dans une maison (le mobilier est d’ailleurs assez pauvre). C’est par exemple le cas lorsque Aziz et la bonne se retrouvent seuls à boire du café. Le sentiment d’enfermement, de fermeture face au monde extérieur et de repli sur soi-même s’en trouve renforcé. (Marie)

            Cette maison se modifie tout au long de la pièce : elle se transforme littéralement en mur, elle devient l'instrument de la séparation au sein de la famille (Bastien)

             

            La pelouse figure le jardin, l'espace qui entoure la maison. Cette pelouse c'est pour Mathieu le monde entier, un petit univers ridicule. (Joseph) A l’inverse, Adrien considère sa maison comme le centre du monde.  La pièce se moque de cet esprit étroit qui consiste à n'accorder de l'importance qu'à ce qu'on connaît, ce qui est proche. (Sabrina).

             

            La scénographie joue entre intériorité et extériorité, entre la maison et le jardin, qui ne forment qu’un seul espace, et plus généralement entre la propriété et le reste du monde, effrayant pour Adrien.  Cette peur de l’extérieur, de l’Autre, est matérialisée par un immense mur noir, que l’on ne voit que dans certaines scènes et qui entoure le jardin. On voit les personnages descendre  ce mur avec une grande échelle, comme s’il n’y avait pas de porte pour sortir de la propriété coupée du monde. (Marie)

             

            La maison devient un écran sur lequel des feuilles sont projetées : d’une certaine manière la maison devient le jardin, l'intérieur devient l'extérieur et l'idée rassurante qu'on est protégé à l'intérieur est détruite : le militaire arrive dans la maison sans qu'on sache comment. (Perla)

            On voit des silhouettes passer derrière les rideaux tirés, comme sur un théâtre d'ombre : on voit la vie de la maison par transparence (Théophile).

             

            Les lumières sont froides, sombres. Associées à cette maison dont le style géométrique fait penser à celui des années 1950, avec cette grande baie vitrée, les lumières font penser à celles des tableaux de Hopper (Nighthawks par exemple), des scènes calmes qui donnent une impression de mélancolie et de solitude. (Bastien)

             

            APPARITIONS / DISPARITIONS

            Marthe, la femme d'Adrien est un personnage totalement ridicule, qui a des visions, qui est illuminée, qui est méprisée par tout le monde (Bastien).

            Son double, c’est Marie, la morte, le spectre, communique avec Fatima. Sa voix est amère, méchante, agressive. Cela contraste complètement avec le discours de mathilde qui la décrit comme une sainte au départ, cette différence nous trouble : on ne sait plus quoi penser de ce que les personnages disent les uns des autres. (Dan) Marie apparaît à plusieurs reprises mais on ne la voit qu'à la fin par une projection sur la maison qui donne une impression angoissante. Mais alors on se met à voir Fatima d'un autre oeil : sa vision a une réalité tout à coup.

            Edouard apparaît sur le toit : c’est un des rares moments poétiques de la pièce, un moment onirique, qui fait entendre un discours pseudo scientifique sur la vitesse de rotation de la terre et le désir de quitter le monde. Les trois enfants chacun à leur manière, rêvent d'ailleurs de quitter ce monde, cette société restreinte, méchante, raciste (même s’ils le disent de manière ridicule parfois : Mathieu veut partir faire la guerre, Fatima a des visions, Edouart veut s'envoler). Or il s'envole !

            VIOLENCE ET GROTESQUE

            La guerre d’Algérie, c’est le fond sur lequel se déroule la pièce. On en sent la présence à différents moments, notamment au sujet de l'attentat lorsqu’Adrien complote avec des notables locaux. On voit leur lâcheté, l’absence de solidarité. L'un d'eux veut fuir (OAS).

            Mathieu et Edouard reviennent ensanglantés / Aziz est mort. Il y a une présence concrète de la violence dans la pièce même si les actes sont effectués hors de scène.

            La violence, on la sent aussi dans les rapports, par exemple lors de la scène de Mathieu et Aziz dans la cuisine : Aziz fait le ménage avec une serpillière / mathieu est assis et veut être écouté. Il se confie, demande des conseils, se pose en ami, en victime mais à un moment il hurle : "arrête de travailler" ! il reste le maître, l'exploiteur. (Joseph, Théophile).

             

            Des histoires de pieds : Adrien est constamment pieds nus (sauf au moment de son départ), il marche dans l'herbe pieds nus, alors que les autres sont chaussés, ce qui a un effet comique : il est différent. Il y a quelque chose de grotesque à se promener pieds nus sur scène et à parler de ses pieds plats comme si c’était une fierté, quelque chose de très important. (Gaëlle)

            Edouard est énergique par rapport à Mathieu : le contraste est comique entre les deux. Il y a le grand benêt et le petit sec et nerveux. Le plus ridicule des deux (Mathieu) se moque de l'autre (joseph)

             

            A deux moments la salle s'allume. Pour le premier, Mathilde vient à l’avant scène : on se voit, elle nous voit, c’est un moment d'échange étrange. Elle expose une théorie sur le mensonge : il y a un contraste entre l'adresse très directe et le discours sur le mensonge. A un autre moment, Adrien déclare que sa soeur le prend pour un singe. Il en fait le point de départ d’une étrange réflexion sur l’homme et le singe. (Théophile)

             

             

             

             

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