Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 28/12/2018
      • SAISON 1 (Florence Minder/Théâtre de la Bastille)

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            EPISODE 1

            Lorsqu’on entre dans la salle, la comédienne est déjà sur scène. Elle nous regarde, nous apostrophe, semble nous connaître. L’effet est comique. Elle est à mi-chemin de son rôle de comédienne et de personnage (Ondine). Cela crée une impression de proximité, de convivialité. Elle établit un contact direct avec le spectateur. On se sent observés. On est gênés pour elle. A un moment, le public s’est tu, et elle nous a demandé de continuer à parler. Antoine lui a fait un signe et elle a répondu. Elle indiquait les places restantes. C’est un début placé sous le signe du contact (Clara, Jeanne, Solerine, Apolline).

            Au début du spectacle, on voit une femme en tenue à paillettes, à haut talons, qui ressemble à une présentatrice de télévision, blonde, aux cheveux permanentés. Elle est assise au milieu du plateau devant un ordinateur. Elle a des habits plutôt simples mais cette veste à paillettes la met en avant, elle devient l’objet du spectacle, la scène est vide et noire. Elle parle au micro au public. Elle décrit la situation théâtrale, elle en explique le fonctionnement, les codes (elle explique qu’elle présente une série théâtrale, qu’il y aura des épisodes, etc.). Ce dispositif dure très longtemps : la présentatrice ou narratrice nous lit un récit d’enlèvement sur son ordinateur (qu’elle modifie parfois). Le spectateur se demande si la pièce entière sera comme cela. On a peur de s’ennuyer, puis arrive l’épisode 2 qui introduit une rupture, un changement, une progression (Armelle).

            Ce récit, qu’elle raconte, semble être déconstruit : on commence par la prise d’otages, puis on revient à l’histoire de l’hôtel, etc. C’est une manière de nous accrocher par un récit violent et sexuel. (Apolline)

            Le récit est très violent et elle le lit d’une manière très détachée qui produit une impression étrange, gênante pour le public. Le personnage dont elle raconte l’histoire (elle-même ?) semble très détaché de ce qu’elle vit. Elle raconte ce qui lui arrive comme si cela ne la concernait pas (Jeanne)

            Elle racontait de manière comique et faisait rire la salle. Mais progressivement, sa description très crue a commencé à gêner la salle et tout le monde s’est tu, comme devant une blague de mauvais goût. (Jade)

            A un moment, un téléphone a sonné et la comédienne a fait une remarque sur ce bruit, l’intégrant au spectacle et commentant : « ça prouve qu’on n’est pas au cinéma ». Etait-ce prévu ? Etait-ce involontaire ? (Maya)

            Son récit est à la première personne et en même temps très détaché ce qui sonne très artificiel (Jade). Est-ce un moyen de garder une distance avec ce qu’elle raconte ? (Taïna)

            Le moment où elle tue des gens n’entraine chez elle aucune empathie aucune réaction sérieuse : la mort est déréalisée, comme dans un film de guerre ou un jeu vidéo. Une sorte de déshumanisation (Apolline, jeanne) Nous sommes mis à distance. Ce récit est stéréotypé, il raconte une histoire de dépossession, une femme qui ne s’appartient pas. On passe d’un récit structuré, avec beaucoup d’actions (épisode 1), à des épisodes beaucoup plus flous, déstructurés (Grégoire)

             

            EPISODE 2 :

            Alors qu’on n’y croit plus, qu’on pense être devant une performance solitaire, une actrice fait irruption. Elle a un visage assez masculin, de grands yeux globuleux, elle a une démarche particulière et se plante devant nous en « faisant les gros yeux ». Le public rit beaucoup et en même temps elle est effrayante (Jade)

            Elle est comme une allégorie de l’artificialité (une serveuse habillée comme dans une série américaine) et en même temps elle est une sorte de hantise lorsqu’elle raconte des horreurs sur les insectes, sur la putréfaction etc. (Jeanne) Un être très ambivalent. Elle est issue de l’imagination d’Irène. Son costume est très artificiel, il ressemble à celui des séries des années 1960.

            Elle prend un poids très concret lorsqu’elle se met au micro (Janet).

            La comédienne fait confiance au spectateur : nous sommes perdus, mais finalement nous construisons du sens.

            On sent une fascination de la part d’Irène qui l’observe avec attention (Maya)

            On commence par un récit à la manière des séries (catastrophe, suspense, etc.) puis dans l’épisode 2 le personnage d’Irène est confuse : elle confond réalité et fiction, elle délire.

            A la fin de l’épisode 2, on oublie qu’elle est une hallucination : elle se pose en actrice. (Léa)

            On est face à une parole qui évolue : au départ elle cherche l’efficacité, elle passe par des discours stéréotypés ; ensuite elle devient une sorte de délire, elle n’obéit plus à la raison ; à la fin, elle devient une parole libérée mais il faut qu’elle parle (bataille autour du nombre de répliques). A la fin, elle parle avec son corps.

            Dans l’épisode 3, on s’efforce de dire son expérience de manière plus personnelle, différente, sans passer par des récits stéréotypes qui cherchent l’efficacité. On accepte une parole plus personnelle. Elle essaie de s’exprimer avec son corps plus qu’avec la parole. (Aliénor)

             

            EPISODE 3

            Dans l’épisode 3, un troisième comédien entre en scène. Irène rencontre un homme qui a, selon elle, « sa propre fiction ». Il ne parle pas. Il danse une sorte de danse contemporaine. C’est par son corps qu’il s’exprime. Ses mouvements disent des choses : un nuage, la souffrance… Il dit quelques mots à la demande d’Irène, puis il semble traduire les paroles d’Irène. Ils ont une manière particulière d’être ensemble : cela nous montre une autre manière d’écouter, de comprendre, une manière poétique et physique, incarnée. Ce spectacle nous rappelle que la société a tendance à nous imposer des places, des cases, et nous demande de ne pas en sortir. Ici, Irène décide d’en sortir. L’homme se place derrière les micros, Irène est devant et elle fait des gestes que l’homme reproduit, il y a une inversion par rapport à ce qui se passait jusque-là. C’est un message d’espoir : elle dit qu’elle est « ici », qu’elle est elle-même. Elle réaffirme la possibilité de choisir qui on est, et où l’on est. (Ondine).

            C’est un homme qui danse, et non une femme : le spectacle joue sur les stéréotypes et leur inversion. (Aliénor)

             

            PROGRESSION :

            La scénographie passe par différentes étapes : d’abord une table de conférence avec un micro, puis une 2e. Derrière ces tables on voit une vaste forme noire recouverte d’un tissu satiné noir. Les changements de scénographie se font « à vue ». Les deux comédiennes se glissent sous le tissu, on voit un mouvement vague, on se demande ce qui va arriver et on découvre une forêt de micros. (Janet)

            Au départ, tout est noir et blanc ; dans l’épisode 2, on voit du rose et du rouge ; dans l’épisode 3, elle porte un pull vert et les micros sont de toutes les couleurs. Elle se libère des codes du début. Le trajet est vraiment celui d’une libération.

             

            Comment cette mise en scène questionne-t-elle notre manière de nous raconter ?

            Quel trajet, quelles étapes construit Saison 1 ?

            En quelle mesure le spectacle de Florence Minder donne-t-il à voir une libération ? (des stéréotypes, des apparences, du storytelling, des discours, etc.)

            Comment la pièce parvient-elle à faire naître le trouble chez le spectateur ?

            Quel type de progression propose Saison 1 ?

            En quoi ce spectacle déjoue-t-il nos attentes ?

            Comment Saison 1 articule-t-il l'humour, le trouble et la poésie ?

            Réalité et fiction : quelle place, quelle articulation dans Saison 1 ?

             

             

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