Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 28/12/2017
      • TROIS SOEURS : Acte III (distribution)

          • ACTE III : NUIT DE L’INCENDIE (3h du matin, maison en désordre)

             

            9. OLGA BLESSEE PAR NATACHA

             

            OLGA : Tania  NATACHA : Jade

            OLGA (sortant les habits de l’armoire, à Irina) : Tiens, prends celle-là, et celle-ci encore. Et la veste aussi prends-là. Je n’en reviens pas, c’est allé si vite, des flammes jusqu’au toit des maisons, deux rues entières détruites ! Tiens, prends aussi les chemises, donne tout à la nourrice, elle les portera aux familles, nous on n’a besoin de rien. Je suis épuisée… Je n’en peux plus… On ne peut pas laisser les Verchinine à la rue, on mettra sa femme et ses filles en bas, et Alexandre pourra dormir dans le salon.

            NATACHA (entre et crie vers la coulisse, à la bonne) : Tu vas te dépêcher oui ? Tu crois qu’on te paie à ne rien faire ? (à Olga) Oh la la, on ne peut plus mettre un pied devant l’autre, la maison est pleine à craquer. Heureusement Bobik et Sophie dorment bien tranquillement. Pourquoi tu la gardes, cette vieille, je ne comprends pas !

            OLGA (sidérée) : Pardon ? Moi non plus je ne comprends pas.

            NATACHA : Elle ne sert à rien ici, elle est trop vieille. Qu’est-ce que c’est que ce gaspillage ! (Elle lui caresse la joue) Ma pauvre petite, tu es fatiguée ! Elle est fatiguée notre directrice. Quand Sophie ira au lycée, tu sais que j’aurai peur de toi.

            OLGA : Mais je ne serai pas directrice. Je refuserai. Je n’ai pas la force. (Elle boit de l’eau). Tu as été si grossière avec la nourrice. Excuse-moi mais tu as été si grossière avec la nourrice… Pour moi, c’est insupportable d’entendre ça. Tu comprends, ça me rend malade.

            NATACHA : Oh pardon, pardon (elle l’embrasse).

            OLGA : Quand j’entends des paroles agressives, ou grossières, quand je sens que les gens manquent de délicatesse, ça me bouleverse…

            NATACHA : D’accord, d’accord, j’y suis allée un peu fort, mais reconnais qu’elle n’est plus bonne à rien. Elle reste assise toute la journée.

            OLGA : Eh bien qu’elle reste assise.

            NATACHA : Comment qu’elle reste assise ? Mais c’est une domestique !

            OLGA : Cette nuit, j’ai vieilli de dix ans.

            NATACHA : Ecoute Olga, il faut qu’on mette les choses au point, une bonne fois pour toutes. A toi le lycée, à moi la maison. Si je dis quelque chose sur les domestiques, je sais ce que je dis. Je sais ce que je dis ! Je ne veux plus la voir ici ! J’en ai assez qu’on me contredise ! (Elle se reprend) Tu sais, tant que tu n’auras pas déménagé en bas, nous serons sans cesse comme chien et chat. (Elle sort)

             

            10. LES SECRETS

             

            MACHA :  Eloïse ; OLGA : Capucine ; IRINA : Lucy

            KOULIGUINE : Macha tu es là ? Il faut qu’on rentre, la maison est pleine à craquer.

            IRINA : Elle n’en peut plus, laisse-la se reposer.

            KOULIGUINE : Bon, bon, je m’en vais tout de suite. Ma gentille Macha que j’aime (Il rit) Vraiment, elle est étonnante. Ça fait sept ans que je t’ai épousée et j’ai l’impression que c’était hier. Je suis content.

            MACHA : J’en ai assez, assez, assez… (Elle se reprend). Je ne peux pas m’ôter ça de la tête… C’est révoltant, je ne peux pas me taire. André, je veux dire. Il a hypothéqué cette maison.  Mais cette maison, elle n’est pas qu’à lui, elle est à nous quatre.

            KOULIGUINE : A quoi ça sert Macha ? Il a des dettes et nous, nous ne sommes pas pauvres, toi et moi, on a de quoi vivre.

            MACHA : Je n’ai besoin de rien, mais c’est l’injustice qui me révolte. (Pause). Va-t’en s’il te plaît.

            KOULIGUINE : Tu es fatiguée, repose-toi, je reviendrai te chercher. Je suis content tu sais. (il sort)

             

            IRINA : C’est vrai, ce qu’il est devenu mesquin et creux, notre André, ce qu’il a vieilli à côté de cette femme. Pendant l’incendie, tout le monde se démenait, et lui, il est resté chez lui, dans sa chambre, comme si de rien n’était. (A bout de nerfs). Je n’en peux plus ! Je ne peux plus le supporter ! Je n’en peux plus.

            OLGA : Mais qu’est-ce qui t’arrive ?

            IRINA : J’oublie tout, j’oublie jour après jour, et la vie s’en va, jamais plus elle ne reviendra, et jamais nous ne partirons à Moscou. Je vois bien que nous ne partirons pas.

            OLGA : Irina, ma chérie…

            IRINA : J’ai déjà 24 ans, ça fait longtemps que je travaille maintenant, et mon cerveau s’est desséché, j’ai enlaidi, vieilli, et rien, pas de plaisir, et toujours cette impression que le temps s’en va, que je m’éloigne de la vraie vie…

            OLGA : Irina, ne pleure pas, ça me fait mal…

            IRINA : Je ne pleure pas, je ne pleure plus, ça suffit. Ça suffit !

            OLGA : Ma chérie, je te le dis en sœur, si tu veux un conseil : marie-toi avec Nicolas. Tu le respectes, tu l’estimes. C’est vrai qu’il n’est pas beau, mais il est honnête, il est pur.

            IRINA : J’attendais toujours : on s’installe à Moscou, et là bas, je le rencontre, celui que j’aimerai vraiment. Mais ça n’arrivera jamais…

            OLGA : Ma chérie, ma sœur merveilleuse, je te comprends tu sais. Quand Nicolas a quitté l’armée et qu’il est venu nous voir en civil, je l’ai trouvé tellement laid que j’en ai pleuré. Mais s’il t’épousait, je serais heureuse.

            (Natacha traverse la scène, une lampe à la main).

            MACHA : Elle marche comme si c’était elle qui avait mis le feu.

            OLGA : Macha, tu es bête. La plus bête de notre famille, c’est toi. Excuse-moi. (Pause)

            MACHA : J’ai besoin de me confesser, mes sœurs chéries, ça me ronge le cœur. Je vais vous le dire, et puis à plus personne, jamais. Voilà… je le dis. (Pause). J’aime, j’aime… j’aime cet homme. Vous venez de le voir. Enfin, bon, oui, Verchinine. J’aime Alexandre.

            OLGA (se bouche les oreilles) : De toute façon, je n’entends pas.

            MACHA : Au début, il m’a semblé étrange, après, je l’ai plaint, après… je l’ai aimé, je l’ai aimé avec sa voix, ses paroles, ses malheurs, ses petites filles…

            OLGA : Je n’entends pas. Tu peux dire toutes les bêtises que tu veux, je n’entends pas.

            MACHA : Tu me fais rire Olga. J’aime, c’est mon destin, c’est tout. Et lui aussi il m’aime. Ça n’est pas bien hein ? (Elle tire Irina par le bras, l’attire à elle). Irina, ma chérie… Comment est-ce que nous allons vivre ? Qu’est-ce qui va nous arriver ? Quand on lit un roman, on a l’impression que tout ça, c’est vieux, et que tout est si facile à comprendre. Mais quand c’est toi qui aimes, alors tu vois que personne ne sait rien, que chacun doit décider tout seul… Mes sœurs chéries, je vous ai tout avoué, à présent, je me tais.

             

            11. ANDREI AVOUE L’HYPOTHEQUE DE LA MAISON

             

            ANDREI  (entre): J’en ai assez, maintenant je veux qu’on me laisse tranquille ! Où est Olga ? Ah ! Olga, je te cherchai : donne-moi la clé de l’armoire, j’ai perdu la mienne. (Olga lui tend la clé sans un mot. Pause). Il m’a énervé, l’autre imbécile. Bon, le feu commence à se calmer. Les gens vont rentrer chez eux (Pause). Pourquoi ne dis-tu rien Olga ? Qu’est-ce que tu as à bouder comme ça ? Qu’est-ce que vous avez toutes les trois à faire la tête ? Qu’est-ce que vous avez contre moi ? Hein ?

            OLGA : Laisse Andrei, on t’expliquera demain, là on est épuisées.

            ANDREI : Non, je veux savoir maintenant. Vous êtes là toutes les trois, c’est l’occasion de vider votre sac. Allez-y.

            MACHA (se levant et allant embrasser Irina) : Andréi, va-t-en, elles n’en peuvent plus. Tu t’expliqueras demain…

            ANDREI : Non, pas demain, tout de suite. Je le dis, simplement, et je m’en vais. Tout de suite… Premièrement, vous en voulez à Natacha, ma femme. Je l’ai remarqué depuis le jour de notre mariage. Si vous tenez à le savoir, Natacha est un être extraordinaire, droit, franc, et noble. C’est ma femme, je la respecte et j’exige que les autres la respectent aussi.

            Deuxièmement, on dirait que vous m’en voulez de ne pas avoir consacré ma vie à la science. Je suis conseiller municipal, ce qui est tout aussi noble, et j’en suis fier.

            Troisièmement, j’ai encore quelque chose à dire… J’ai hypothéqué la maison sans vous demander votre autorisation. Là, je suis coupable, c’est vrai. Et je vous en demande pardon. C’est à cause de mes dettes.

            KOULIGUINE (par la porte) : Macha n’est pas là ? Mais où est-ce qu’elle est ? (il sort).

            ANDREI : Natacha est un être admirable, un être droit. (Il marche en silence, puis s’arrête). Quand me je suis marié, je croyais que nous serions heureux… tous heureux. Mais… (il pleure). Mes sœurs chéries, ne me croyez pas, ne croyez pas ce que je dis… (Il sort).

            KOULIGUINE (par la porte) : Macha n’est pas là ? C’est bizarre.


             

            9. OLGA BLESSEE PAR NATACHA

             

            OLGA : Tania  NATACHA : Jade

            OLGA (sortant les habits de l’armoire, à Irina) : Tiens, prends celle-là, et celle-ci encore. Et la veste aussi prends-là. Je n’en reviens pas, c’est allé si vite, des flammes jusqu’au toit des maisons, deux rues entières détruites ! Tiens, prends aussi les chemises, donne tout à la nourrice, elle les portera aux familles, nous on n’a besoin de rien. Je suis épuisée… Je n’en peux plus… On ne peut pas laisser les Verchinine à la rue, on mettra sa femme et ses filles en bas, et Alexandre pourra dormir dans le salon.

            NATACHA (entre et crie vers la coulisse, à la bonne) : Tu vas te dépêcher oui ? Tu crois qu’on te paie à ne rien faire ? (à Olga) Oh la la, on ne peut plus mettre un pied devant l’autre, la maison est pleine à craquer. Heureusement Bobik et Sophie dorment bien tranquillement. Pourquoi tu la gardes, cette vieille, je ne comprends pas !

            OLGA (sidérée) : Pardon ? Moi non plus je ne comprends pas.

            NATACHA : Elle ne sert à rien ici, elle est trop vieille. Qu’est-ce que c’est que ce gaspillage ! (Elle lui caresse la joue) Ma pauvre petite, tu es fatiguée ! Elle est fatiguée notre directrice. Quand Sophie ira au lycée, tu sais que j’aurai peur de toi.

            OLGA : Mais je ne serai pas directrice. Je refuserai. Je n’ai pas la force. (Elle boit de l’eau). Tu as été si grossière avec la nourrice. Excuse-moi mais tu as été si grossière avec la nourrice… Pour moi, c’est insupportable d’entendre ça. Tu comprends, ça me rend malade.

            NATACHA : Oh pardon, pardon (elle l’embrasse).

            OLGA : Quand j’entends des paroles agressives, ou grossières, quand je sens que les gens manquent de délicatesse, ça me bouleverse…

            NATACHA : D’accord, d’accord, j’y suis allée un peu fort, mais reconnais qu’elle n’est plus bonne à rien. Elle reste assise toute la journée.

            OLGA : Eh bien qu’elle reste assise.

            NATACHA : Comment qu’elle reste assise ? Mais c’est une domestique !

            OLGA : Cette nuit, j’ai vieilli de dix ans.

            NATACHA : Ecoute Olga, il faut qu’on mette les choses au point, une bonne fois pour toutes. A toi le lycée, à moi la maison. Si je dis quelque chose sur les domestiques, je sais ce que je dis. Je sais ce que je dis ! Je ne veux plus la voir ici ! J’en ai assez qu’on me contredise ! (Elle se reprend) Tu sais, tant que tu n’auras pas déménagé en bas, nous serons sans cesse comme chien et chat. (Elle sort)

             

            10. LES SECRETS

             

            MACHA :  Eloïse ; OLGA :

            KOULIGUINE : Macha tu es là ? Il faut qu’on rentre, la maison est pleine à craquer.

            IRINA : Elle n’en peut plus, laisse-la se reposer.

            KOULIGUINE : Bon, bon, je m’en vais tout de suite. Ma gentille Macha que j’aime (Il rit) Vraiment, elle est étonnante. Ça fait sept ans que je t’ai épousée et j’ai l’impression que c’était hier. Je suis content.

            MACHA : J’en ai assez, assez, assez… (Elle se reprend). Je ne peux pas m’ôter ça de la tête… C’est révoltant, je ne peux pas me taire. André, je veux dire. Il a hypothéqué cette maison.  Mais cette maison, elle n’est pas qu’à lui, elle est à nous quatre.

            KOULIGUINE : A quoi ça sert Macha ? Il a des dettes et nous, nous ne sommes pas pauvres, toi et moi, on a de quoi vivre.

            MACHA : Je n’ai besoin de rien, mais c’est l’injustice qui me révolte. (Pause). Va-t’en s’il te plaît.

            KOULIGUINE : Tu es fatiguée, repose-toi, je reviendrai te chercher. Je suis content tu sais. (il sort)

             

            IRINA : C’est vrai, ce qu’il est devenu mesquin et creux, notre André, ce qu’il a vieilli à côté de cette femme. Pendant l’incendie, tout le monde se démenait, et lui, il est resté chez lui, dans sa chambre, comme si de rien n’était. (A bout de nerfs). Je n’en peux plus ! Je ne peux plus le supporter ! Je n’en peux plus.

            OLGA : Mais qu’est-ce qui t’arrive ?

            IRINA : J’oublie tout, j’oublie jour après jour, et la vie s’en va, jamais plus elle ne reviendra, et jamais nous ne partirons à Moscou. Je vois bien que nous ne partirons pas.

            OLGA : Irina, ma chérie…

            IRINA : J’ai déjà 24 ans, ça fait longtemps que je travaille maintenant, et mon cerveau s’est desséché, j’ai enlaidi, vieilli, et rien, pas de plaisir, et toujours cette impression que le temps s’en va, que je m’éloigne de la vraie vie…

            OLGA : Irina, ne pleure pas, ça me fait mal…

            IRINA : Je ne pleure pas, je ne pleure plus, ça suffit. Ça suffit !

            OLGA : Ma chérie, je te le dis en sœur, si tu veux un conseil : marie-toi avec Nicolas. Tu le respectes, tu l’estimes. C’est vrai qu’il n’est pas beau, mais il est honnête, il est pur.

            IRINA : J’attendais toujours : on s’installe à Moscou, et là bas, je le rencontre, celui que j’aimerai vraiment. Mais ça n’arrivera jamais…

            OLGA : Ma chérie, ma sœur merveilleuse, je te comprends tu sais. Quand Nicolas a quitté l’armée et qu’il est venu nous voir en civil, je l’ai trouvé tellement laid que j’en ai pleuré. Mais s’il t’épousait, je serais heureuse.

            (Natacha traverse la scène, une lampe à la main).

            MACHA : Elle marche comme si c’était elle qui avait mis le feu.

            OLGA : Macha, tu es bête. La plus bête de notre famille, c’est toi. Excuse-moi. (Pause)

            MACHA : J’ai besoin de me confesser, mes sœurs chéries, ça me ronge le cœur. Je vais vous le dire, et puis à plus personne, jamais. Voilà… je le dis. (Pause). J’aime, j’aime… j’aime cet homme. Vous venez de le voir. Enfin, bon, oui, Verchinine. J’aime Alexandre.

            OLGA (se bouche les oreilles) : De toute façon, je n’entends pas.

            MACHA : Au début, il m’a semblé étrange, après, je l’ai plaint, après… je l’ai aimé, je l’ai aimé avec sa voix, ses paroles, ses malheurs, ses petites filles…

            OLGA : Je n’entends pas. Tu peux dire toutes les bêtises que tu veux, je n’entends pas.

            MACHA : Tu me fais rire Olga. J’aime, c’est mon destin, c’est tout. Et lui aussi il m’aime. Ça n’est pas bien hein ? (Elle tire Irina par le bras, l’attire à elle). Irina, ma chérie… Comment est-ce que nous allons vivre ? Qu’est-ce qui va nous arriver ? Quand on lit un roman, on a l’impression que tout ça, c’est vieux, et que tout est si facile à comprendre. Mais quand c’est toi qui aimes, alors tu vois que personne ne sait rien, que chacun doit décider tout seul… Mes sœurs chéries, je vous ai tout avoué, à présent, je me tais.

             

            11. ANDREI AVOUE L’HYPOTHEQUE DE LA MAISON

             

            ANDREI  (entre): J’en ai assez, maintenant je veux qu’on me laisse tranquille ! Où est Olga ? Ah ! Olga, je te cherchai : donne-moi la clé de l’armoire, j’ai perdu la mienne. (Olga lui tend la clé sans un mot. Pause). Il m’a énervé, l’autre imbécile. Bon, le feu commence à se calmer. Les gens vont rentrer chez eux (Pause). Pourquoi ne dis-tu rien Olga ? Qu’est-ce que tu as à bouder comme ça ? Qu’est-ce que vous avez toutes les trois à faire la tête ? Qu’est-ce que vous avez contre moi ? Hein ?

            OLGA : Laisse Andrei, on t’expliquera demain, là on est épuisées.

            ANDREI : Non, je veux savoir maintenant. Vous êtes là toutes les trois, c’est l’occasion de vider votre sac. Allez-y.

            MACHA (se levant et allant embrasser Irina) : Andréi, va-t-en, elles n’en peuvent plus. Tu t’expliqueras demain…

            ANDREI : Non, pas demain, tout de suite. Je le dis, simplement, et je m’en vais. Tout de suite… Premièrement, vous en voulez à Natacha, ma femme. Je l’ai remarqué depuis le jour de notre mariage. Si vous tenez à le savoir, Natacha est un être extraordinaire, droit, franc, et noble. C’est ma femme, je la respecte et j’exige que les autres la respectent aussi.

            Deuxièmement, on dirait que vous m’en voulez de ne pas avoir consacré ma vie à la science. Je suis conseiller municipal, ce qui est tout aussi noble, et j’en suis fier.

            Troisièmement, j’ai encore quelque chose à dire… J’ai hypothéqué la maison sans vous demander votre autorisation. Là, je suis coupable, c’est vrai. Et je vous en demande pardon. C’est à cause de mes dettes.

            KOULIGUINE (par la porte) : Macha n’est pas là ? Mais où est-ce qu’elle est ? (il sort).

            ANDREI : Natacha est un être admirable, un être droit. (Il marche en silence, puis s’arrête). Quand me je suis marié, je croyais que nous serions heureux… tous heureux. Mais… (il pleure). Mes sœurs chéries, ne me croyez pas, ne croyez pas ce que je dis… (Il sort).

            KOULIGUINE (par la porte) : Macha n’est pas là ? C’est bizarre.