Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 16/01/2017
      • UNE EXPLORATION DES POSSIBLES : Le Temps et la Chambre (Botho Strauss/Alain Françon/Théâtre de la Colline)

          • LE TEMPS ET LA CHAMBRE (Botho Strauss/Alain Françon/Théâtre de la Colline)

             

            OUVERTURE

            Ca commence lentement. Un noir. De la musique électronique forte assez marquante. Lumière : on découvre une grande pièce avec deux fauteuils, une table basse, trois grandes fenêtres. Deux hommes, Olaf et Julius sont dans cette pièce. Julius est debout à la fenêtre. Olaf est assis. Julius décrit ce qu'il voit par la fenêtre (Laurent).

            Olaf ne parle pas du tout au début de la pièce. On a l'impression que Julius est chargé de l'extérieur, et qu'Olaf est chargé de l'intérieur de la chambre. (Thyl). On sent que Julius est méprisant avec les autres. Il voit le monde de haut. Tandis qu’Olaf semble plus simple, au départ en tout cas. (Marion)

            Alors que la pièce commence de manière réaliste (deux hommes dans un salon, l'un regarde vers l'extérieur et dit ce qu'il voit, l'autre l'écoute parler d'une femme dans la rue), tout à coup, tout bascule : la femme entre et dit qu'elle les a entendus et qu'ils parlent d'elle. On a l'impression que tout devient fantastique (Marion). On hésite entre l'idée que l'action est fantastique ou bien que les personnages sont fous, par exemple lors de la conversation avec la colonne (Marion)

            LA CHAMBRE : QUELLE CHAMBRE ?

            L’espace est très grand, très vide (juste une colonne, une petite table, deux fauteuils) : cet espace donne une impression de solitude. C’est un espace assez austère (Farah, David)

            On est dans un espace privé pourtant, la frontière avec l’espace public n’est pas si nette. Des gens entrent comme ils veulent, comme à l'hôtel. En arrière plan on voit une ouverture sur une sorte de salle de bains. Il y a une porte près de cette ouverture. A chaque fois que quelqu'un ouvre cette porte, le décor de cette pièce cachée change. (Sarah)

            Tout se passe dans des espaces intérieurs, la première partie se passe dans un même lieu, pourtant, il y a un jeu très riche entre intérieur et extérieur La rue existe, le hors scène existe grâce aux entrées des personnages mais aussi par les bruits. Les effets sonores sont très précis. (Laurent) On a l'impression que si Marie tombe de la fenêtre, elle mourra, comme si le vide était réel (Thyl)

             

            LE TEMPS : QUEL TEMPS ?

            Les comédiens créent des lumières variées en jouant avec les stores. Cela permet de ressentir les différents moments de la journée. Cela insiste sur le temps (Cassandre, David).

            Il y a une coupure dans la pièce, très nette : un noir, une musique forte qui rappelle celle du début. Marie arrive avec ses valises. On a le sentiment que c’est une autre version de sa vie, elle fait ce qu’elle n’a pas fait ou pas pu faire dans la première partie, par exemple, elle prend son taxi. Dans la première partie, le chauffeur lui dit qu’elle a manqué quelque chose en prenant un autre chauffeur que lui : cela donne l’idée de vies possibles. (Cassandre)

            A un moment la colonne parle, elle s’adresse à Marie. Elle a la voix de la comédienne Anouk Grinberg, fille de Michel Vinaver qui est le traducteur de la pièce. Elle a interprété  le rôle de Marie plusieurs années auparavant : c’est une manière de faire dialoguer le personnage avec son passé (ici avec l’actrice qui a incarné ce rôle avant elle), de faire dialoguer les mises en scène entre elles (David). La colonne est une image de l’architecture antique : elle symbolise peut-être le dialogue du passé dialogue avec le présent ?

            Alors qu’au début, on ne voit aucun lien entre les différentes scènes, progressivement, on a le sentiment de pouvoir retracer ou recomposer le parcours de Marie Stauber :

            -la dispute avec Médée et Jason serait le début. On imagine qu’elle divorce

            -elle loue son appartement à un homme, Olaf, qui vient s’installer chez elle. Ils tombent amoureux.

            -Elle cherche à avoir un « job » en séduisant un homme.

            -On la voit ensuite au bureau

            -A la fin de la pièce, Olaf parle de Marie comme de son ex-femme.

            Finalement, cette histoire aurait bien un sens, une continuité, mais l’auteur a déconstruit les étapes pour les reconstruire de manière subjective ou aléatoire pour que chacun ait sa propre vision de l’histoire. (Farah)

            DES PERSONNAGES OU DES SITUATIONS ?

            Le comportement de Marie est très contradictoire, plein de revirements, marqué par l’instabilité. Lorsqu’elle loue son appartement à un inconnu, elle a l’air pressée, elle déplace des valises, elle court, elle est essoufflée, elle parle vite, bégaie. Pourtant, elle finit par s’assoir et discuter avec Olaf. Quelque chose se passe entre eux. Elle semble indécise. Elle a l’air instable. (Cassandre)

            Marie est souvent à la fenêtre, elle se penche en passant son corps complètement à l’extérieur : on a l’impression qu’elle va sauter. Les autres personnages la retiennent. Elle semble imprévisible, un peu égarée. (David)

            « L’homme sans montre » entre brusquement dans la pièce. Il arpente la chambre l’air préoccupé, il ne s’adresse pas aux autres personnages, il les fait se déplacer, se lever de leurs fauteuils pour regarder sous leurs fesses : la situation est grotesque. On comprend seulement au bout d’un certain temps qu’il cherche sa montre (Théophile).

            « L’impatiente » entre à son tour dans la pièce, elle reconnaît l’homme sans montre. Elle donne l’impression qu’elle le connaît bien, et affirme qu’ils se seraient séduits la veille, qu’il aurait été très entreprenant. Lui donne l’impression de ne pas du tout avoir eu ce comportement. La situation est comme inversée : c’est la femme qui se montre entreprenante. L’effet est à nouveau comique (Thelma)

            « L’homme sans montre » et Marie Steuber sortent de la pièce du fond en se rhabillant : on comprend qu’ils viennent de faire l’amour ensemble : c’est très humiliant pour la femme pressée.

            Un homme entre dans la pièce, il déplace un fauteuil. Un deuxième homme et déplace son fauteuil. Il s’éloigne du premier pour s’assoir, comme s’il occupait une position stratégique. Un troisième homme entre. Il ne trouve pas de fauteuil pour lui et finit par ressortir. Il rentre en suite triomphalement avec une chaise ! On dirait un film burlesque. On ne comprend pas du tout les raisons de leur présence au départ. Ce n’est que lorsque le dialogue commence que l’on comprend qu’ils viennent pour un entretien d’embauche : il est question de hiérarchie, de compétition (Flavien)

             

            HYPOTHESES :

            Lien et dispersion : On l'impression qu'il n'y a pas de lien entre les différents épisodes qui nous sont représentés Pourtant, il y a un lien : tous connaissent Marie Steuber (Sarah). Cette pièce est une sorte de métaphore de notre vie : il y a très peu de lien entre les épisodes de notre vie, comme il y a très peu de liens évidents entre ces différentes scènes, pourtant, tout est lié, soit par le lieu, soit par la présence d’un personnage. (Marion)

            Ordre et désordre : Cette pièce nous donne peut-être à voir différents moments de la vie de Marie Steuber placés dans le désordre : c'est à nous de faire le tri. Par exemple, quand elle rencontre la personne qui va occuper son appartement, c'est un moment qu'on pourrait situer au milieu de l'action. Le début de la pièce devrait donc être situé après ce moment-là : comme si elle revenait parce qu'elle avait entendu Olaf parler d'elle (Inès). On a le sentiment que les scènes sont à l'envers : marie laisse sont appartement à Olaf dans la deuxième partie, et ce qu'on a vu au début, c'est ce qui se passe en réalité après : elle revient dans son appartement et y retrouve Olaf qui a invité des gens. (Hindou)

            Un cerveau ou une mémoire : Cela donne l'impression qu'on est dans la boite crânienne de quelqu'un : ce qu'il voit dans le monde pénètre son cerveau, dans sa conscience, comme Marie Steuber et les autres personnages entrent dans la pièce. (Sarah) C’est comme si les fenêtres étaient les yeux, tout ce qui est vu par la fenêtre finit par entrer dans la conscience, donc dans la pièce (Paul). On a le sentiment de voir l’histoire de cette femme telle qu’elle est dans sa mémoire : des moments marquants, éclatés, sans ordre. (David)

            Folie ? Le personnage qui réapparait sans cesse, Marie, a l'air ivre ou déséquilibrée. On a l'impression d'être dans sa tête, dans la tête d’un fou. (Paul)

            Les limbes : Cet espace pourrait être l'espace de la mort, les limbes. On y pense lorsque Marie regarde par la fenêtre et annonce ce qui va se passer (Dan)

            Un rêve : La pièce pourrait être comprise comme le rêve de la jeune femme nue qui est portée dans la pièce endormie. On serait après l'incendie et cette jeune femme se souviendrait de différents moments de sa vie (Théophile).

            Imagination et possibles : Les mêmes personnes se rencontrent plusieurs fois et à chaque fois, on a l'impression que c'est la première : ce serait donc plusieurs réalités possibles (Ulysse) Le deuxième acte présente peut-être la vie de Marie alors que le premier représente son imagination : elle y revoie tous les êtres qu'elle a connus dans sa vie (Dan). Ou au contraire : Marie rencontre d'abord une série de personnages, puis elle imagine des scènes entre elle et eux. (Paul) On nous représente en quelques sortes toutes les vies possibles de Marie Steuber. (Laurent)

             

            Comment la mise en scène associe-t-elle forme d’étrangeté et une forme d’humour ?

            Comment la mise en scène questionne-t-elle la notion de temps, de mémoire ?

            Comment cette mise en scène met-elle en question la notion d’espace ?

            Comment cette mise en scène représente-t-elle les relations de couple ?

             

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