Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 07/02/2019
      • UNE PARTIE DE CLUEDO SUR LE TITANIC : ARCTIQUE (Anne-Cécile Vandalem/théâtre de l'Odéon)

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            Arctique repose sur une action très compliquée à suivre. En sortant, nous nous sommes demandés les uns aux autres des explications tant certains personnages nous étaient demeurés énigmatiques. Voici comment on pourrait résumer l’action : L’action est censée se passer dans un futur proche. Plusieurs personnes ont reçu une lettre leur demandant de rejoindre un bateau qui fut endommagé lors de son inauguration. Ils sont introduits par des passeurs (un vieil homme et une jeune femme russe). Ils se retrouvent tous dans une pièce obscure, un vaste salon. Le bateau est alors tiré par un remorqueur en pleine mer en direction du Groenland. On s’interroge sur ces étranges « migrants » : vont-ils chercher un autre climat ? de l’air pur ? Il est question de réchauffement climatique…

             

            Tout à coup, le remorqueur disparaît en les abandonnant, le passeur a disparu et la jeune femme russe revient le visage en sang. Les passagers se retrouvent coincés sur ce bateau immobilisé en pleine mer près du Groenland, avec très peu de vivres et d’eau.  Parmi eux, un journaliste qui veut écrire un documentaire, une femme riche, bourgeoise et veuve d’un homme d’affaires dont elle transporte les cendres (il était l’invité de la lettre et elle est venue à sa place), une vieille femme, Lucia, une femme mystérieuse qui dissimule son visage (ancienne ministre qui inaugura le bateau). Il est aussi question d’un fantôme, celui d’une activiste écologique qui serait morte sur le bateau lors de l’inauguration et de l’accident. Finalement, tout le monde se soupçonne. D’autres personnages apparaissent.

            On découvre finalement que la femme mystérieuse est une ministre qui a permis l’exploitation industrielle de ressources fossiles au Groenland et l’expropriation des habitants du Groenland, en échange du don de ce bateau, on apprend que Lucia, la vieille femme, était en réalité femme de chambre sur ce bateau, que le journaliste a pris des photos de l’inauguration du bateau, et que l’activiste écologiste qui voulait faire des révélations a été enfermée dans sa chambre lors de l’accident et y est morte. Son enfant était présente. Quelques années après, c’est cette enfant qui a décidé de se venger en conduisant à leur perte ces personnes, et en mourant avec elles. (Sarah)

             

            Sur le plateau, au centre, on voit une petite scène, une sorte de scène sur la scène. On y voit des musiciens qui jouent en live. Ils sont cachés par des rideaux et on les découvre assez tard dans le spectacle. Il y a un côté cabaret avec ces tables, cette scène et ce groupe. (Hugo) Cela renforce l'idée qu'il y a un fantôme, comme s'ils se rejouaient la musique qu'il y avait lors de l'accident. On a l'impression d'un retour des fantômes, les personnages n'ont pas conscience de cette présence musicale, elle existe uniquement pour les spectateurs. Ce sont d’une certaine façon les fantômes du bateau (Eugénie, Sarah).

            De nombreuses actions se passent hors de scène. A cour et à jardin se trouvent deux portes à hublots qui permettent l'accès au hors-scène (couloirs) : la vidéo assure la jonction entre ces deux espaces. Tantôt, nous sommes concentrés sur ce qui se passe sur scène, tantôt nous suivons l’action qui a lieu dans les couloirs ou sur le pont. La vidéo permet d'introduire une forme de trouble : certaines scènes projetées sont présentées comme réelles puis horribles et fantastiques et l'on comprend seulement à la fin qu'il s'agissait du rêve d’un personnage endormi sur le plateau. Par exemple : lorsque Lucia est sur le ponton, elle va voir deux des personnages et tout à coup ses mains se transforment en sardines sanglantes, un cri et on revient à la réalité : elle vient de rêver (Corentin) Cela nous conduit à ne plus être sûrs de la réalité de ce que nous voyons à l’écran (Hugo)

             

            La vidéo, parce qu’elle nous permet de voir certaines scènes qui ont lieu à d'autres endroits (la scène de l'ours qui mange Eleonor), nous permet de sortir d'un cadre restreint, de gagner en profondeur, de dépasser les limites du théâtre (Marine, Lucy, Eugénie).

             

            Le spectacle entretient l'angoisse du spectateur. Tout au long de la pièce on cherche à savoir pourquoi les personnages se sont retrouvés sur le bateau. Le soupçon porte sur chacun d'eux tour à tour. Ce suspense est mis en place par plusieurs éléments : la lumière qui est souvent tamisée ou franchement sombre, parfois intermittente. L'absence d'électricité au début permet une découverte par étape de l'espace du bateau à l'aide de lampes torches, on découvre à tâtons le bateau (Eugénie, Marine) La musique contribue aussi à ce climat : elle est oppressante, joue dans les graves, elle fait naître l'angoisse. A la manière d'un thriller. (Eugénie, Lucy)

             

            La pièce semble jouer avec différents modèles romanesques, cinématographiques ou ludiques : Jusqu'à la fin on se demande pourquoi ils sont là comme on le ferait dans un roman policier (Agatha Christie Dix petits nègres), d’un film (Ozon : Huit femmes), ou d'un jeu (le cluedo). Certaines scènes relèvent du film d'épouvante (Shinning). (Lucy). On retrouve les personnages-types des films de genre : la blonde idiote, le personnage mystérieux (ici une ministre énigmatique), le journaliste entreprenant. (Corentin). On pense au cluedo parce que nous sommes face à des personnages stéréotypés et parce que nous élaborons des hypothèses (pistolet, radio) (Lucy). Le film fonctionne aussi comme un palimpseste de Titanic : les couteaux qui se plantent dans le corps si on plonge dans l’eau glacée sont évoqués au début (réplique tirée du film), la femme enfermée dans sa cabine et qui s’y trouve en danger de mort rappelle le naufrage du Titanic et le personnage du héros menotté à un pilier, le titre Arctique joue aussi avec celui de Titanic, etc.

             

            L’histoire d’Arctique est rocambolesque, elle est difficile à suivre et à croire. Elle a une forte dimension parodique, qui est soulignée par les passages comiques ou grotesques (marche maladroite en sac de couchage, commentaires sur l’œuf que mange le journaliste, etc.) Ce journaliste commente l'action au fil de son déroulement ce qui crée un effet de distance comique (il parle de « la bourgeoise », ou de « la jeune prostituée » devant elles). Il a un rôle de contrepoint par rapport au climat de la scène (Eugénie) Le personnage d’Eleonor a une dimension comique affirmée. C’est un personnage qui se conduit de manière burlesque : elle porte les cendres de son mari dans une boite à biscuits. Elle est d’un égoïsme, d’un sans-gêne, d’un racisme qui finissent par être drôles à force d’être formulés sans complexe. Sa voie stridente contribue également à la ridiculiser (Marine)

             

            Spatialement, il s’agit d’un huis clos : l’espace est limité au bateau. Les personnages sont enfermés, confrontés à leur destin. L'idée du lieu est intéressante : cela rappelle une ambiance d'escape game (Arthur). Sur le plan dramaturgique, on peut y voir une métaphore de notre situation, avec le réchauffement climatique, l’épuisement des ressources en eau potable, etc. La vidéo permet de sortir des limites de la scène, mais on reste enfermé malgré tout dans la surface du bateau (couloirs, pont).

             

            Sous sa dimension parodique, la pièce possède pourtant une importante dimension politique : elle aborde la question des problèmes climatiques liés au réchauffement, des conséquences de l'exploitation des ressources naturelles, des conséquences sur l'expropriation des Inuits, de la critique des responsables politiques. (Corentin)

             

            A la fin, la jeune Sila se suicide en se jetant à la mer. Plus tard, on la retrouve sur scène, vêtue de la robe rouge de sa mère, et elle chante une chanson émouvante, accompagnée par l’orchestre. La chanson évoque le réchauffement climatique. Elle devient elle aussi un fantôme (Sarah)

             

             

            En quoi cette mise en scène joue-t-elle avec les codes du cinéma de genre ? (policier, horreur, fantastique, etc.)

            En quoi cette pièce est-elle à la fois politique et parodique ? Et quel est l’intérêt de cette association ?

            Quel est l’intérêt de l’utilisation de la vidéo dans la mise en scène d’Arctique ?

            En quoi la question de l’espace est-elle au cœur de cette mise en scène (comme thématique et comme forme) ?

            Quel est l’intérêt du mélange des tons que propose Arctique ?

            Que permet l’’utilisation de la musique dans cette mise en scène ?

            Quels sont les enjeux de l’articulation entre la scène et le hors scène dans cette mise en scène ?

            En quoi les costumes sont-ils un élément-clé de la dramaturgie d’Arctique ?

             

            PERSONNAGES :

            Ula TUPILAK

            Sila THURING

            Lucia LUDVIGSEN

            Niels ANDERSEN

            Eleanor OMEROD

            Bent ROSBACH

             

             

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