Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 02/04/2019
      • UNE PIECE HYBRIDE : Fêlures (D' de Kabal/Théâtre national de la Colline)

          • Scénographie : La scène est coupée en deux parties par une ligne diagonale : une partie représente un salon/bureau. Un homme et une femme vivent dans cette pièce, ils suivent une routine, leurs gestes se répètent et dessinent les contours d’un quotidien : l’homme travaille sur sa console audio, il fait des enregistrements, la femme s’installe au bureau, écrit. Ils semblent être dans un bureau, une sorte d’open space design. Ils seraient collègues. Mais par la suite, la femme ôte ses bottines, se place sur un fauteuil, écoute de la musique : elle est manifestement chez elle, ou revenue chez elle. Il s’agirait donc d’un couple ? Si c’est le cas, c’est un couple sans saveur, sans amour, sans passion. Un couple installé dans le confort. Tout semble mécanique, vidé de sa substance. (Noha, Ondine, Zoé, Victoria). Ce couple est aisé, l’intérieur est confortable, des lampes et une table design… (Arthur) Leurs habits sont dans les mêmes tons de couleurs : beiges, marron… Des couleurs simples, chics et monotones. Ce couple ne semble pas très heureux : ils ne se parlent quasiment pas. Ils sont muets pendant toute la première partie de la pièce. Lorsqu’ils se parlent, ils le font d’une manière étrange, mécanique, sans émotion. (Lorraine) Au fur et à mesure de la pièce, ils sortent de cette routine.

            Ils sont silencieux, ne communiquent que par post-it. Pourquoi ce mode de communication ? Ce ne sont plus des mots d’amour, ils sont jetés dans une boîte à post-it, l’échange se réduit à peu de choses (Noha, Ondine, Zoé, Victoria)

             

            On se demande quel est le rapport entre les deux parties du plateau : un couple bobo silencieux d’un côté ; un homme qui parle du rapport des hommes à la sexualité, de la conception du masculin, de la violence sexuelle.  A priori, aucun rapport. Le spectateur se pose la question.  A jardin, un homme seul se place devant un ordinateur futuriste qui semble fait pour enregistrer les plaintes de victimes d’agressions sexuelles. (Héloïse). On assiste à une sorte de dialogue entre cet homme et cet ordinateur.  On a le sentiment de voir un immeuble coupé  en deux appartements : l’un où vit un couple confortablement, l’autre où un homme dit sa souffrance. Cela montre l’indifférence de la société à l’égard des agressions sexuelles. Le silence, le tabou sur ces questions (Lorraine).

            Cet homme découvre le programme lancé par le gouvernement : il l’accueille avec optimisme. Mais au fur et à mesure de sa découverte de la nature de l’enregistrement il est déçu, voire furieux, car les questions posées excluent du champ du viol une partie des agressions et renvoient au silence les victimes. Tout tourne autour du critère de la pénétration, comme si cela était la seule forme de viol. Le viol serait « genré » selon ce système informatique. Les questions jettent également le discrédit sur certaines orientations sexuelles. Un mot est forgé : « érectocentrisme »

            On pense à 1984 de G. Orwell : quelqu’un parle sur le plateau et observe ce qui se passe, à la manière de cet écran décrit par Orwell et de Big brother (Ernesto)

            Ce personnage situé à jardin est une image de notre futur : il prend la parole, il montre qu’il faudrait le faire sur ces questions pour briser les tabous ; tandis qu’à cour, le couple ne parle pas et semble vivre dans un perpétuel silence (Héloïse). La femme semble insatisfaite de cette relation. Au moment où le mari lit le journal intime de la femme, une prise de conscience s’opère.

            Le lien entre les deux espaces est énigmatique : durant toute la première partie, on s’interroge sur la nature de la violence qui existe à Cour. Le fait de mettre en scène un couple riche et éduqué, et qui a l’air de vivre harmonieusement, sans cris, remet en question le stéréotype du viol situé dans la ruelle sombre par un inconnu. Ici, c’est au cœur de l’intimité que cela se produit. (Zoé)

             

            A un moment de la pièce, un nouveau personnage arrive, vêtu étrangement, d’une manière androgyne ou non genré : une longue jupe marron fendue, un T-shirt brodé dans le dos, un collant beige. Il a les cheveux longs. Il concentre donc des attributs traditionnellement liés à la masculinité et à la féminité.  Il a une démarche lente, presque animale. Il se met à danser de dos. Il ne parle pas mais des projections racontent son histoire, une histoire de dos supplicié. Il caresse ou griffe son dos, un mélange d’amour et de violence, une image de viol ? Il raconte un parcours de souffrance, puis de silence, de difficulté à formuler la souffrance. Son dos a été supplicié et il attend un contact physique pour soigner cette blessure, sans pouvoir le formuler. Il aborde la question du rapport stéréotypé entre hommes et femmes. (Zoé, Victoria, Noha, Ondine)

             

            Silence, parole, et musique dans Fêlures

            De quelle manière la mise en scène de Fêlures questionne-t-elle les notions de stéréotypes, de tabous et de violence ?

            Que raconte la scénographie de Fêlures ?

            En quoi la mise en scène de Fêlures interroge-t-elle la capacité du théâtre à être un espace de parole politique ?

            Comment la mise en scène de Fêlures traduit-elle la solitude des personnages ?

            Fêlures : une pièce hybride ? (théâtre, slam, musique, discours)

             

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