Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 02/04/2015
      • UNE SALLE D'ATTENTE : SCHITZ (Hanoch Levin/David Strosberg/Théâtre de la Bastille)

          • Sur scène, trois chaises, comme dans une salle d'attente. Une salle d'attente pour attendre quoi ? Un mari ? Un gendre ? Un amant ?

            Un jeune homme entouré d'instruments, vêtu d’un costume élégant, nous regarde. Il est plutôt beau, plutôt attirant, plutôt comme il faut être aujourd’hui : mince et chic, avec des belles chaussures. Puis il se met à négocier le plus possible pour avoir le plus de biens possibles : dès qu'il y a de l'argent en jeu, les gens deviennent comme des "sauvages".

            Une jeune femme passe la tête par une entrée étroite, puis on découvre son corps, obèse. Sa démarche est lente et ronde, comique. Sa mère, obèse aussi, a des chaussures extrêmement fines et hautes. Elle marche avec difficulté comme si elle n’arrivait pas à se porter elle-même. Elle est ridicule. Ses petites chaussures si fines et si peu adaptées à son volume montrent qu’elle se ment à elle-même sur son physique.

             

            Un homme passe la porte avec difficulté, il est énorme, marche lentement, s’assoit lourdement. Il est comme échoué sur sa chaise. Un gros clown sans expression, amoureux de son saucisson.

            Ils attendent encore. Mais personne d’autre ne vient. Leur vie est une attente, elle se réduit à attendre. Attendre de posséder un mari, de posséder un petit-fils, de posséder plus d’argent.

            Cette famille nous regarde, comme si nous étions aussi dans la salle d’attente. Comme si nous étions l’écran de leur télévision. Comme s’ils aimaient être vus, se mettre en scène, comme s’ils n’avaient aucune pudeur, aucun scrupule.

            Le père dit qu’il a deux camions : un rouge et un rose. On voit sa femme habillée en rouge, et sa fille habillée en rose : ses deux camions, ses possessions.

            De la violence, grotesque et crue : un homme tente de tuer un autre homme, un mari se satisfait brutalement sur le dos de sa femme qui s’ennuie, qui n’éprouve pas de plaisir, qui est crispée. Il considère sa femme comme un instrument, l’utilise sans gêne, avec mépris, l’écrase.

            De la nourriture : saucisson, cacahouètes. Les épluchures par terre, le saucisson recraché, une nourriture qui salit, qui écoeure, qui fait enfler les personnages, qui les étouffe.

            Des personnages incroyablement seuls, enfermés dans leur égoïsme, qui veulent profiter des autres, ne rien donner, ne rien lâcher et qui meurent sans que personne les regrette. Le seul moment d’union, ce sont les chansons.

            C’est terrible. Mais on rit beaucoup.

            Sophie, Oriane, Jenny

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