Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 16/12/2013
      • UNE VOIX OMNIPRESENTE : Les Marchands (J. Pommerat - Théâtre de l'Odéon)

          • Par Hanna Blakowski

            Dans Les Marchands, Joël Pommerat parle du monde du travail et de notre rapport avec lui, au travers de l’histoire d’une usine qui ferme, d’une femme sans travail et des événements tragiques qui en découlent. Comme souvent, J. Pommerat a choisi de travailler avec ses comédiens habituels, mais sur un texte qui l’est beaucoup moins. Des personnages anonymes et quasiment muets, une voix off plutôt que des dialogues : comment mettre en scène cette écriture ?

             

            Il est toujours intéressant d’étudier les scénographies de Joël Pommerat. Dans Les Marchands, nous retrouvons encore et toujours son obsession pour le vide, déjà omniprésente dans des pièces telles que Cendrillon ou le très beau La réunification des deux Corées. Dès le début, le spectateur est frappé par l’immensité qui s’offre à lui dans l’appartement désert de « mon amie ». L’appartement fait la taille du plateau, et n’a pour meuble qu’une télévision, une table, et une chaise, tous de petite taille ce qui accentue encore le vide sur scène. Un vide qui s’explique de façon matérielle, puisque la narratrice nous apprend que son amie sans travail et couverte de dettes vit dans le besoin. Le vide de son appartement est donc aussi une métaphore du vide de sa vie car pour tous les autres personnages de la pièce le travail semble être la raison même de leur existence. Dès que l’usine ferme ou qu’ils ne peuvent plus s’y rendre, ils se sentent inutiles, mal à l’aise, perdent toute confiance. Ils n’ont l’impression d’exister que par leur emploi. Ainsi, l’amie de la narratrice se retrouve seule toute la journée, sans occupation, dans cet appartement désert qui par sa taille et son espace vide renforce également la solitude du personnage.

             

            Je savais peu de chose de ce spectacle, sinon qu’il traitait du rapport des hommes à leur travail. La pièce m’a complètement déroutée. En effet elle est écrite de façon particulière puisque tout est raconté par une voix off pendant que les acteurs presque muets jouent. J’ai mis du temps à accepter ce dispositif. Il me semble que le déclic s’est fait au moment où la pièce a pris une tournure plus dramatique avec la fermeture de l’usine et surtout avec la chute de l’enfant poussé par sa mère. La folie de ce personnage m’a aidée à me plonger pour de bon dans la pièce, et j’ai alors réellement été touchée par l’histoire.

             

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