Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 12/10/2016
      • URGENCE DU DON : Réparer les vivants (E. Noblet/Théâtre du Rond Point)

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            NAISSANCE :

            Au début, nous sommes plongés dans le noir. Une voix off dit la première phrase du roman : « ce qu’est le coeur de Simon Limbres… ». On entend des battements de cœur dans le noir. C’est la naissance d’une histoire. C’est la vie qui commence. On songe à l’enfant dans le ventre de la mère : il est dans le noir, il entend le bruit d’un cœur (Arthur)

            On voit l’heure apparaître et entend une sonnerie : c’est le réveil, comme si on entrait dans la réalité. (Janet)

            PERSONNAGE ET NARRATEUR

            On entend le bruit de la mer, quelqu’un entre sur scène avec une planche de surf, la pose par terre, se met dessus. Il commence à parler de Simon Limbres. C’est étrange : il joue ce que le personnage est censé faire, mais il parle de lui à la troisième personne, il y a une sorte d’écart : il est à la fois personnage et narrateur. Progressivement, cet écart devient naturel pour le spectateur, nous nous habituons au va-et-vient entre le récit et les scènes incarnées, les moments de dialogue (Dan)

            Le comédien joue comme un être omniscient qui s’amuserait à imiter les personnages, à jouer avec eux : il les décrit, et il joue avec humour avec leur manière d’être. (Ulysse)

            Il ne joue pas tous les personnages il en fait exister certains autrement que par son corps : par exemple, sur la scène de rencontre avec les parents, il place deux chaises et s’assoit sur l’une, face à l’autre. Des voix off répondent à ses questions et font exister le personnage de la mère. Il quitte le carré de lumière pour commenter l’échange ou pour traduire les pensées du médecin. (Elian)

            LA MER, LA MORT

            Il s’allonge sur la planche puis fait des gestes de crawl puis se lève en équilibre sur la planche, tout en décrivant ses sensations. On voit sur le cyclo des taches bleues lumineuses : le reflet de la lune sur la mer. La mer existe pour nous par cette lumière, cette planche et ce bruit (Paul et Arthur)

            On voit l’indication de l’heure sur le cyclo : cela crée une forme de tension, une urgence, alors que les taches lumineuses apaisent, rappellent la mer. (Flavien)

            Ces taches lumineuses réapparaitront juste avant l’opération du cœur : au moment où l’infirmier fait entendre au corps de Simon une musique liéee à la mer. Sur le drap de la table d’opération, la mer réapparaît avec ces taches lumineuses et mobiles. Cela suggère une forme de nostalgie : ce corps ne connaîtra plus la mer, c’est aussi comme si la boucle était bouclée. C’est enfin une image de la mort, de l’infini, du cycle de la vie (Arthur, Paul, Janet, Flavien)

            La scène de l’accident n’est pas représentée : on  a l’impression d’une coupure. Le comédien dit qu’il rentre dans la voiture puis on a l’après de l’accident : les ambulances, la sortie des corps. Un noir suffit à dire la mort, nous comprenons très bien le sens de cette ellipse, elle dit aussi quelque chose de la rapidité avec laquelle survient l’accident : on ne le voit pas venir. (Paul)

            LE MILIEU HOSPITALIER : LA VIE, LA MORT, L’ATTENTE, LE DON

            Nouvelle coupure : on découvre le médecin Révol, l’hôpital et le service de réanimation. Révol se tient très droit, il fait de grandes enjambées. Il a toujours sa blouse flottant dans l’air : le comédien compare cela aux ailes d’un oiseau. Cette image est amusante : le moment est dramatique pour Simon, mais nous rions (Théophile)

            On annonce que Révol est né en 1959 et c’est une nouvelle rupture : on assiste à une sorte de présentation de cette année. On entend une musique de jazz : c’est un morceau extrait de Kind of blue de Miles Davis, paru en 1959. Le comédien s’amuse sur cette musique : il joue de la basse, de la trompette, du saxophone, il danse. Le cyclo est bleu, on y voit des sortes de ramifications lumineuses abstraites. C’est un moment un peu irréel et léger.  (Janet)

            On apprend que 1959 est une année révolutionnaire car c’est l’année où deux professeurs ont totalement modifié notre conception de la mort : avant 1959, on considérait qu’un homme était mort quand son cœur ne battait plus ; après les études de ces deux professeurs, la mort est liée à l’arrêt des fonctions cérébrales. On comprend que les ramifications bleues projetées sur le cyclo sont des veines, qu’elles représentent l’irrigation du cerveau. (Arthur)

            Au début on voit des formes imprécises : une tête en coupe de profil avec une masse noire au milieu qui doit représenter le cerveau. Une tache rouge envahit peu à peu le cerveau : une hémorragie ? Progressivement, on voit la tache noire se résorber comme si le cerveau disparaissait ou comme si la boite crânienne se refermait sur son mystère.  (Paul)

            Une multitude de personnages apparaissent, tous liés à l’hôpital, que le comédien fait exister de manière variée. Lorsque le médecin est à Jardin, une voix off se fait entendre : il se retourne et on a l’impression que quelqu’un lui fait face (Manuel)

            Thomas Rémige, l'infirmier spécialisé dans le don d'organes, apparaît de dos, il chante ou s’échauffe. On est d’abord surpris, on ne comprend pas vraiment ce qu’il se passe au début.  Puis le comédien s’écarte et on voit sur le cyclorama son image qui continue à chanter  (Jules) Cela montre deux facettes de sa personnalité : sa vie privée et sa vie professionnelle (Lorraine) Le chant a permis à Thomas Remige de se redécouvrir, de découvrir son corps (Jules) Cette projection permet le dédoublement du comédien avec d’un côté le narrateur et de l’autre, le personnage dont il parle (Camille)

            VOIX OFF

            Les voix off rendent présents certains personnages. Celles des parents sont frappantes : leur ton est triste, ils sont choqués, abasourdis. Au début, ils ne comprennent pas (ou n’ont pas envie de comprendre). On ressent tous leurs sentiments uniquement par leur voix car ils n’ont pas de présence physique sur scène (Camille) Cela permet au spectateur de s’identifier à eux. (Laurène)

            La voix du père manifeste une certaine agressivité : il veut défendre son fils, n’accepte pas cette perte (Lorraine) Comme si le prélèvement d’organes allait aggraver sa mort, le faire mourir davantage (Camille)

            Un retournement de situation s’opère à la fin de l’entretien, un retournement à la fois surprenant et émouvant : lorsque le père, qui était très agressif, donne finalement son accord, alors que tout laissait penser qu’il allait refuser (Alice)

            Au moment du dialogue avec les parents, on voit sur le cyclo des inscriptions relatives au don d’organes. On y lit d’abord une information sur le refus d’une famille pour des questions religieuses, mais la phrase suivante nous apprend que l’église catholique est favorable au don d’organes. On est conduits à réfléchir. On sort alors de l’histoire précise de Simon pour passer à une question de société, et même pour se poser à soi-même la question : et moi ? comment est-ce que je me situe par rapport à cette question du don ?(Lorraine)

            TRAGIQUE – COMIQUE : UN EQUILIBRE

            Cette histoire tragique est ponctuée de moments drôles, qui allègent l’atmosphère pour le spectateur, qui introduisent une forme de légèreté. C’est le cas de l’’infirmière qui revoit son ancien amant : le comédien joue cette scène sexuelle seul, hors scène, en se caressant le corps de dos et en donnant des coups contre la porte. C’est très drôle et cela fait apparaître le corps pas seulement comme quelque chose qu’on soigne et qui peut mourir mais comme une source de vie et de désir. (Ulysse)

            Le personnage du chirurgien italien est également très drôle, très haut en couleurs : il le décrit avec ses qualités, puis il ajoute : « c’est vrai » avec ses lunettes et son accent italien, comme si le personnage avait entendu la présentation qu’on venait de faire de lui. Il y a un jeu entre la narration et l’action, comme si elles entraient en collision de manière comique (Manuel)

            L’OPERATION

            Il suffit de deux chaises et d’un drap d’hôpital percé d’un trou pour donner corps à toute l’opération : dans ce drap percé, on voit le corps de Simon Limbres, sa cage thoracique, son coeur. (Leah)

            Le chirurgien cardiaque Emilio Brava a un accent italien assez marqué, il porte des lunettes que le comédien met et ôte dès qu’il joue ce rôle. Il n’a pas l’air très sérieux dans son travail : quand on est chirurgien, on ne plaisante pas ! (Alice)

            Ce personnage de chirurgien joue une sorte de personnage en voulant être drôle : il veut dédramatiser la situation ou montrer qu’il la maîtrise (Lorraine) Mais quand il opère il est sérieux, il n’a plus ses lunettes de séducteur, il est concentré, on entend sa voix calme, amplifiée par les micros. (Aurélien)

            Ses geste sont très lents, très précis. Il ôte le cœur, plus tard, il le replacera. C’est la lenteur et la précision de ses gestes qui fait naître l’image pour nous (Janet)

            Le comédien nous montre ce cœur avec ses deux mains : l’une le soutient l’autre le maintient. Lorsqu’il retire le cœur, ses deux mains forment pour nous le volume du coeur (Paul, Joseph)

            L’intensité de l’opération, la concentration de l’équipe hospitalière, sont perceptibles au changement vocal : le comédien chuchote, sa voix est amplifiée par un micro. Cela crée un effet d’intimité important (Vassilis)

            A différents moments, on entend le battement d’un cœur : c’est une manière de créer une tension, de faire sentir la vie du jeune homme, l’urgence de la situation, la fragilité du cœur mais aussi sa force. (Allyssia)

            Ces battements n’ont jamais le même rythme : on voit Simon Limbres faire du surf, le rythme est rapide, on entend à d’autres moments un rythme calme, lorsqu’il embrasse Juliette, le rythme augmente avec l’émotion : on perçoit toute la vie du cœur. (Pauline)

            Les lumières font exister les espaces et les atmosphères : la mer est figurée par des petits éclats de lumière dans un ensemble sombre, à l’inverse dans l’hôpital, la lumière est forte, froide, aveuglante. (Tania)

             

            FIN ET COMMENCEMENT

            A la fin, alors qu’on pense le spectacle achevé, le comédien revient sur ses pas et raconte que Thomas Rémige, l’infirmier spécialiste du don d’organe, a un jour lu une citation dans un journal, une citation qui l’a marqué. C’est une phrase de Tchekhov tirée de Platonov : « Que faire Nikolaï ? Enterrer les morts et réparer les vivants ». C’est cette phrase qui a été à l’origine du livre. C’est elle qui termine la pièce, comme pour la boucler sur elle-même, comme pour donner un sens nouveau à cette phrase après tout ce que nous avons vu et entendu, tout ce dont nous avons pris conscience en voyant ce spectacle (Joseph)

            Cette fin est très forte : cette phrase de Tchekhov nous fait penser à la question du don d’organes : on voit le lien, qui n’est pas toujours un lien d’opposition, entre le fait de mourir et de vivre : la mort de certains a permis à d’autres de vivre grâce au don d’organes. (Alice)

            J'AI AIME CE SPECTACLE...

            J’ai adoré ce spectacle car il est très vivant alors qu’il aborde un thème pourtant sombre, il introduit de l’humour au milieu de cette tragédie : c’est une image de la vie, durant laquelle tout se mélange, le drame côtoie le bonheur (Alice)

            J’ai aimé ce spectacle car il était touchant mais aussi parce que l’acteur joue seul, il a conçu le spectacle presque tout seul, et il a su trouver la théâtralité dans ce roman pourtant touffu. (Camille)

            Ce que j’ai aimé, c’est avant tout l’écriture de Maylis de Kerangal : c’est un texte original, et le fait de le transposer au théâtre crée une pièce originale, qui alterne narration et dialogue (Aurélien)

            Tout est si précis, si complet ! La performance est incroyable : à la fois dans l’écriture (raconter tant de choses en 24h) et dans le jeu (interpréter tous ces personnages, faire vivre ces voix off) (Jules)

             

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