Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 07/02/2019
      • WHEN THE MUSIC IS OVER : LES IDOLES (Christophe Honoré/Odéon)

          • Les Idoles

             

            En ouverture, comme dans une sorte de prologue, une enceinte est installée sur scène et nous entendons la voix du metteur en scène qui s’adresse à nous et nous explique l’origine de ce spectacle : lorsqu’il avait 20 ans, les artistes et les intellectuels qu’il admirait sont tous morts du SIDA. C’est un enregistrement, on ne voit pas son corps, cela pourrait être une archive, comme s’il était mort. En revanche, les morts qu’il évoque vont apparaître sur scène. C’est une manière de renverser les présences. On le sentiment que ce spectacle est aussi la réalisation d’un fantasme : celui de côtoyer enfin ses idoles.

            Le début commence de manière politique : sur l’écrivain Renaud Camus, qui fut un intellectuel homosexuel, qui survécut aux années SIDA et qui est à présent un écrivain d’extrême droite. La question que pose Jean-Luc Lagarce est : ont-ils eu raison de mourir ? Sont-ils devenus des « dieux », des « idoles » parce qu’ils sont morts jeunes ? Que seraient-ils devenus ? (Grégoire)

             

            Au tout début du spectacle, il y a un très beau moment de danse, très simple, qui évoque une sorte d’envol. Les comédiens marchent en rythme sur une chanson des Doors et agitent lentement leurs bras, comme des oiseaux. Comme s’ils revenaient de la mort. C’est une image de liberté. Ce sont peut-être des anges ? C’est une libération ? Une permission ? Un retour pour régler ce qu’il faut régler ? (Alice, Clémentine, Baptiste)

             

            Le plateau est constitué d’un grand espace vide, presque sans mobilier. On voit une enceinte sur roulettes côté cour, côté jardin il y avait une sorte d’alcôve avec une affiche comme dans le métro, en fond de scène un abribus avec des chaises plastiques. Des piliers en béton. Quelques marches. C’est un espace extérieur (abribus), ou souterrain (métro), parking (piliers). Cela évoque des lieux publics glauques. Ces lieux évoquent des espaces où rôdent les fantômes, des lieux abandonnés. Ce sont les lieux de rencontres gays des années 80-90. Un lieu pour les âmes errantes ? Un enfer ?

             

            C’était étrange : le personnage de Jean-Luc Lagarce s’adresse à nous, nous interpelle, nous parle à partir d’aujourd’hui, alors qu’il est mort. Il nous parle depuis la mort et pourtant, l’impression qui domine le spectacle c’est l’humour, quelque chose de jovial, de vivant, de l’autodérision, un humour noir mais plein d’énergie (Baptiste) Cyril Collard était le plus vivant sur scène, le plus amoureux de ce sursis, à la fin il a envie de prolonger la vie, il est en colère contre le SIDA. (Baptiste)

             

            Une scène relève de la performance : la comédienne qui incarne Jacques Demy dit qu’elle peut déplacer une énorme enceinte et l’emmène au milieu de la scène. Il/elle danse sur une musique des Demoiselles de Rochefort. C’est drôle car il/elle nous a dit auparavant qu’il était discret et timide alors que cette danse est tout le contraire : elle fait de grands mouvements, elle se montre, on voit ses seins, on voit son entrejambe. Il/elle assume son corps, un corps un peu gras, qui n’est pas conforme aux canons de la minceur. (Janet) Elle semble à l’aise par rapport à son corps. Elle est nue sous un manteau de fourrure, comme une prostituée. Est-ce une manière de nous montrer sa versatilité ? Ses contradictions ? Est-ce un changement de personnalité ? (Baptiste) Or, le vrai Jacques Demy était marié, avait une famille, on n’a pas su qu’il était mort du SIDA. Au début du spectacle il n’assume pas sa maladie. Les autres l’accusent de ne pas reconnaître publiquement son homosexualité (d’être ce qu’on appelle une « closet queen », un homosexuel qui se cache) et de ne pas se battre publiquement contre le SIDA (Zoé). Mais ensuite la danse est une forme de libération.  (Alice). Ce qui était amusant et qui ressemblait à la façon de faire de Shakespare c’était l’équilibre entre les passages dramatiques, émouvants et les moments drôles. On passe d’une émotion intense à un moment très comique. (Léa)

             

            Ce qui m’a marqué, c’est la façon de raconter les vies, les épisodes dramatiques, par exemple sur Rock Hudson. On nous dit qu’il fait un malaise, qu’il va à l’hôpital, et à chaque fait, il y a comme un coup de tambour, une scansion, une rupture, comme les étapes d’une descente aux enfers. Chaque nouvelle étape aggrave la situation (Grégoire)

             

            Chacun raconte à un moment du spectacle son histoire personnelle de manière très émouvante. Par exemple : Hervé Guibert raconte la mort de son compagnon le philosophe Michel Foucauld (prénommé Musil dans le roman de Guibert intitulé A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie), Jacques Demy danse, etc. mais ensuite une autre personne lui offre un cadeau  qui est un cadeau de vie : une musique, une danse, une séquence de film fantasmé (John Travolta). (Zoé) On assiste à des monologues marquants, longs et émouvants. Dans celui qui décrit la fin de Michel Foucault, le récit nous permettait d’imaginer la scène de manière très concrète. Son émotion allait croissant. (léa)

            Ce spectacle leur permet de réaliser certains de leurs rêves : un film avec John Travolta (Koltès), embrasser un être qu’on admire (Koltès/Collard), recevoir les césars de son vivant. Cyril Collard s’adresse au public en expliquant qu’il aimerait vivre cette scène. Il descend dans le public, demande à une femme de monter sur scène et de lire un papier (« le césar est attribué à Cyril Collard… »), il est dans le public, monte sur scène, fait un discours. Puis raconte les racontars sur lui après sa mort. (Zoé).

             

            La vidéo est utilisée sur scène de manière particulière : Cyril Collard tient une caméra et filme une scène. On a l’impression que c’est en direct et en même temps parfois l’image ne correspond pas à ce qui se passe sur scène. (Youna) Cette scène filmée passe au moment où un autre personnage parle (Serge Daney qui parle du cinéma) et notre attention est captée par l’image plus que par le discours. Les différences entre le film et les comédiens en direct font penser à ce qui est dit de Cyril Collard : il revendique un écart entre ce qu’il filme et ce qu’il est (Jeanne). Le fait de ne pas diffuser toutes les images en direct permet aussi de garder une certaine intimité, que ce ne soit pas un spectacle qui expose de manière trop crue l’intimité des personnages, c’est une forme de protection (Eliot)

             

            Il y a un moment dans le spectacle où les lumières diminuent en intensité, il y a un temps de silence et les comédiens baissent leur pantalon, s’assoient sur des seaux. C’est un moment intime qui évoque la maladie, les diarrhées liées au SIDA. On voit leur souffrance, leur corps qui lâche, et à d’autres moments, on voit leur vitalité, leur sensualité, leur énergie (Clara)

             

            Il y a aussi un jeu entre les micros et la voix nue. Cela m’a fait penser qu’avec les micros ils portent une parole plus affirmée, plus publique, lorsqu’ils parlent sans micro ils expriment leurs idées de manière plus proche, intime. (Youna)

             

            Dans tout le spectacle, on a le sentiment que ces six personnages ont pour but de libérer une parole qu’ils n’ont pas pu prononcer de leur vivant. Surtout Cyril Collard qui fait croire pendant toute la pièce que ce n’est pas grave d’avoir le SIDA et qui craque à la fin (« J’en ai marre d’avoir le SIDA !) (Léa).

             

            La distribution est intrigante : Pourquoi avoir choisi des femmes pour incarner ces deux personnages ? Il y a d’emblée une forme de liberté dans le fait de confier des rôles d’hommes à des femmes. Jacques Demy est interprété par une femme de forte corpulence qui porte un manteau de fourrure. Elle tranche par rapport aux autres, par son physique et par son costume. C’est sans doute en lien avec la position particulière de Demy à l’égard de son homosexualité. Elle porte une fourrure comme pour se couvrir, se cacher. Pourtant, elle est nue dessous ce qui permet une révélation plus directe par la scène de danse (Grégoire) Marina Foïs interprète le rôle de l’écrivain Hervé Guibert. C’est une comédienne qui a un physique plutôt sec, mince, elle se maquille peu, elle a peu de formes, elle est assez androgyne. Cela joue sur la manière d’être homme ou femme, sur le trouble du genre, etc. Cela permet de suggérer la part de féminité du personnage ? (Alice, Baptiste)

             

            Au début du spectacle on a vu l’entrée dansée de Cyril Collard, très énergique, qui entre par la cour. A la fin du spectacle, c’est lui qui part en dernier, sur la même danse mais abattu, en reprenant le chemin emprunté à son entrée. La séquence se boucle sur elle-même (Julien) When the music is over… : la musique des Doors qu’on entend au début et à la fin a du sens : elle ouvre et ferme cet intervalle. (Baptiste)

            Je me suis dit que toutes les musiques du spectacle avaient un lien entre elles : elles parlent de l’amour, du goût de la vie, et puis de la fin. Plusieurs chansons sont tirées des films de jacques Demy (Les Demoiselles de Rochefort « Aimer la vie… »). Au moment de l’arrivée du « Bambi love », les artistes tombent par terre les uns après les autres, puis Koltès chante  seul une chanson de Bob Marley (« Is this love… ») : comme si c’était l’amour qui les avait contaminés, comme s’ils étaient tous fatigués (Guibert, Koltès, Lagarce). (Armelle)

             

            A la fin, Cyril Collard danse sur une musique très récente : « Despacito », le tube de l’été, comme s’il voulait revenir dans l’époque actuelle. En voulant à revenir à Porto Rico, il veut revenir à la vie. (Clémentine) Il est le dernier sur scène, il ne veut pas partir, il veut retrouver la vie, la jeunesse, la sensualité (avec la fixation sur le short en jeans, symbole de la jeunesse et du désir) (Zoé).

             

             

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