Collège Lycée Montaigne Paris Ministère éducation nationale
      • Le 06/12/2015
      • "ON CREE UNE OEUVRE QUI NOUS RESSEMBLE ET ON ESPERE QUE çA VA VOUS PLAIRE" : Rencontre avec Ronan Rivière

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            La classe a rencontré le metteur en scène du Révizor, Ronan Rivière, le mardi 3 novembre 2015. Ce dernier est metteur en scène et joue le personnage de Khlestakov. La pièce a été vue par notre classe au théâtre du Lucernaire. M. Rivière nous a fait remarquer que la pièce a été jouée 120 fois et que chaque personne faisant partie de la troupe a un parcours différent. Nous avons parlé de deux grands thèmes : le théâtre en lui-même et le travail réalisé autour de la pièce Le Révizor.

             

                        Le théâtre est « la représentation d’une histoire vivante, incarnée et racontée à un public ». Chaque pièce est donc jouée différemment à chaque représentation, à chaque fois, le jeu des acteurs se modifie un peu. Le metteur en scène nous a demandé si on préférait le théâtre ou le cinéma. Tous les élèves ont répondu le cinéma, en justifiant leur choix par le fait qu’au cinéma, les scènes sont perfectionnées pour qu’il n’y ait pas d’erreur, et que l’ambiance dans laquelle on regarde un film peut aussi changer notre vision face à celui-ci. « Le théâtre est justement un divertissement avec des imperfections et des fulgurances » a répondu Ronan Rivière. Les pièces, parce qu’elles sont jouées plusieurs fois, sont autant un test qu’un aboutissement des répétitions. C’est le moment où les comédiens peuvent voir quand le public rit, avec quel élément jouer (mimiques ou intonations). C’est ce lien entre l’acteur et le public qui n’existe pas au cinéma. Il y a aussi « l’écart poétique », la texture du texte, le travail des mots pensé avec un certain style, qui est absent du cinéma. On peut d’ailleurs distinguer deux types d’œuvres : les œuvres d’art et les œuvres industrielles. Une œuvre d’art touche à la sensibilité du spectateur. Pour M. Rivière, une œuvre industrielle est une œuvre ayant des critères qui reviennent et qui touchent le public. On cible un public. Au théâtre, « on crée une œuvre qui nous ressemble et on espère que ça va vous plaire. » L’œuvre artistique a donc un caractère unique contrairement aux œuvres industrielles ayant des caractéristiques communes redondantes.

             

                        Au théâtre, il y a différents métiers : le costumier, le créateur lumière, le scénographe, la maquilleuse, les traducteurs, le machiniste (qui déplace les décors), le régisseur, les comédiens, les assistants, parfois un script qui note les pistes pendant les répétitions, la production, la communication, les relations publiques qui s’occupent des groupes scolaires, les attachés de presse, et le metteur en scène.

            La mise en scène, c’est essayer de trouver une cohérence de groupe et un style de jeu tout en laissant aux acteurs la liberté d’innover à chaque représentation. La direction d’acteur, c’est trouver les mots justes pour parler au comédien. Si on lui dit : « tu dois jouer la bêtise », on obtient quelque chose de caricatural, alors que si on suggère la complexité, le résultat est plus intéressant. Tous ces gens forment une troupe et créent de la vie. Au cinéma, il y a aussi beaucoup de métiers, et l’acteur est en fait la dernière roue du carrosse. On peut être acteur de cinéma sans formation, mais pas acteur de théâtre.

                        Pour mettre en scène le Révizor, il a fallu travailler et retravailler différents aspects. Le texte de 2h30 a été raccourci. La pièce dure maintenant 1h20. Les 15 rôles sont réduits à 6 + un pianiste. Un des élèves de la classe a dit que le décor expressionniste était adapté car il rendait compte de l’absurdité du monde représenté dans la pièce. M. Rivière a lu tout Gogol. Il a raconté que « le diable l’emporte » était l’expression la plus souvent utilisée dans la pièce, que Gogol était fou, qu’il pensait être poursuivi par le diable, et qu’il est d’ailleurs mort obsédé par cette idée. C’est lui qui, avec ses Nouvelles de Petersbourg ouvre le champ du fantastique en Russie. Pour revenir à la mise en scène, il a choisi une scénographie qui s’adapte à toutes les salles. Il s’est inspiré du Cabinet du docteur Caligari, un film expressionniste des années 20, sans budget avec des décors en carton et bois découpé, où le décor est penché. Il a fait le choix de ne pas souligner l’interprétation pour laisser le public se faire son idée. Par exemple, il a seulement suggéré que Khlestakov pouvait être une figure du diable. La fenêtre est une ouverture sur l’extérieur, car chez Gogol, plusieurs personnages racontent ce qui se passe dehors : toute la ville est là. Le peuple est en quelque sorte le personnage principal. Le monologue d’Ossip et celui de Khlestakov montrent une histoire sous deux angles, autre élément typique de Gogol : une réalité aux multiples facettes. Nous sommes transportés ailleurs, en Russie, tout en reconnaissant des échos de notre réalité, ce qui nous laisse la liberté d’interpréter la pièce. Une mise en scène modernisant le contexte fermerait le champ d’interprétation au lieu de l’ouvrir. Pour finir, des personnages comme Bobtchinski et Dobtchinski sont un duo « à la Laurel et Hardy » qui s’opposent dans leur caractère. L’un veut être calife à la place du calife, l’autre est fluet, fragile, féminin.       

                        Pour conclure, cette pièce reflète l’esprit d’un théâtre vivant qui nécessite tout un travail en amont. C’est un projet collectif porté par une énergie de groupe. Au cinéma, le groupe est trop gros pour créer une telle énergie. Imaginons la troupe de Molière, en caravane sur les routes de France !

            Claire GAMI, 1ère ES3

             

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